Elle aura beau hurler qu’elle ne cherchait pas à ratatiner l’État qu’elle représente, reste que l’intervention de la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, lors des Jeux Olympiques, a parfaitement résumé la pensée fédéraliste qu’elle fait sienne.
Aussitôt qu’un événement est susceptible de souligner la différence québécoise ou de la favoriser au détriment de l’unité canadienne, les fédéralistes québécois s’empressent toujours d’en évacuer tout sens politique.
On l’a vu dans le dossier du 400e anniversaire de la ville de Québec, tout comme durant la grande fête sportive organisée par la Chine. Les arguments qui sont brandis s’avèrent toujours les mêmes : toujours aussi navrants intellectuellement. Prétendre en effet qu’il ne faut pas encourager de réflexion politique dans ces deux exemples, sous prétexte que l’objectif premier d’une fête est de se réjouir, est d’un ridicule consommé. D’autant plus que les fédéralistes ne se sont absolument pas privés de faire l’éloge sans retenue de leur pays, tout au long de ces événements ! Comment les Québécois ont-ils pu accepter d’avaler pareille couleuvre ?
Dès qu’il est question de montrer le bout d’une fleur de lys, on accuse les auteurs de cette initiative de défendre une idée farfelue de pays ou de nation bidon. De voir ces derniers se tenir debout dérange. Cela perturbe des gens habitués à s’écraser devant le gouvernement canadien. Des complexés qui tremblent à l’idée de contrarier Ottawa en voulant poser des gestes susceptibles de préserver l’identité québécoise. En évoquant une « chicane de guenille », la ministre Courchesne a tout simplement décrit ce qu’elle pense d’elle et des siens, hors de la tutelle canadian. Sans celle-ci pour s’occuper de nos affaires ; nous ne sommes rien ! Notre esprit n’a pas le dynamisme nécessaire pour veiller adéquatement à toutes les responsabilités nécessaires pour assurer l’épanouissement de notre nation, comme les autres peuvent le faire. De la guenille, voilà ce que nous avons entre les oreilles ! Il faut cacher cet handicap collectif qui gêne la ministre et ses collègues fédéralistes. Attirer l’attention sur le peuple québécois, le rendre véritablement distinct en lui donnant l’indépendance, exposera davantage sa mollesse et son impotence ! Dilué dans la fédération canadienne, forcé d’obéir aux directives d’Ottawa, il est néanmoins possible de cacher ce peuple de guenille. Voilà pourquoi la ministre Courchesne, ainsi que son patron, s’accrochent désespérément à leur option politique.
Il n’en fallait pas plus pour que le député péquiste de la circonscription de Rousseau, François Legault, tombe dans le piège. Assurément, l’homme ne croit pas que les Québécois sont des guenilles. Néanmoins, sa récente intervention publique témoigne qu’il croit que les siens n’ont pas confiance en eux, ni en ceux qui les représentent à l’Assemblée nationale. Voilà une déclaration très maladroite puisque le Parti québécois auquel il appartient est indépendantiste. Le PQ croit que le Québec possède tout ce qu’il faut pour faire lui-même sa place dans le monde et lui dire qu’il existe. Proposer de mettre en veilleuse cet objectif qui est au cœur de cette formation politique, n’a fait qu’accroître le scepticisme des Québécois, celui qu’il dit vouloir combattre, de manière à rétablir le lien de confiance qui est affaibli.
Car c’est le manque de confiance en eux, qui empoisonne plus que jamais les Québécois. Une absence d’assurance que les médias s’assurent d’entretenir soigneusement, avec la bénédiction de ceux qui forment les gouvernements à Québec et à Ottawa. Quelques belles réalisations sont à l’occasion habilement soulignées, histoire d’éviter de trop peindre en noir le portrait collectif des Québécois. Certains pourraient en effet finir par croire que l’avenir serait meilleur, hors de la fédération canadienne !
Les Québécois sont donc la cible d’un calcul politique efficace de la part des fédéralistes, appuyés d’une machine médiatique colossale. Les résultats sont probants : le Parti conservateur pourrait en effet multiplier les gains au Québec lors du prochain scrutin qui approche, au grand dam du Bloc québécois qui veut pourtant neutraliser les mesures politiques fédérales totalement étrangères aux besoins des Québécois ! Un scénario sans queue ni tête pour l’étranger qui s’intéresse le moindrement à la situation politique du Québec !
C’est à se demander si la guenille de madame Courchesne n’est pas imbibée de chloroforme. Le peuple québécois somnole dangereusement et risque de contribuer à l’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire. Seule une solide campagne médiatique cherchant à les sortir de leur torpeur pourra éviter ce cauchemar. Encore faut-il pour cela trouver les bons mots pour susciter la fierté que nous apporte notre différence. Une différence pour l’instant qu’on cherche à banaliser, voire mépriser.
Patrice Boileau

