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C’est bien beau proclamer « je me souviens » (comme nous y invitent nos plaques minéralogiques), mais de quoi au juste ? D’où l’on vient, tout simplement, en tant que peuple. Le rappel nous permettra de mieux nous rendre compte que les raisons que l’on a aujourd’hui de se battre pour manifester, aux yeux du monde, notre différence, sont assez semblables au fond à celles qui ont mobilisé les générations successives qui nous ont précédés dans le temps. L’exercice pourra aussi nous permettre de mieux définir les contours de l’avenir que l’on veut se donner collectivement.
À cette fin, voici l’extrait d’un livre de John Bristed, America and her
resources, publié à Londres, en 1818, dans lequel il est question de nous,
les Québécois francophones, qui doivent à l’aveuglement de leurs
conquérants anglais l’autorisation de cultiver cette différence. On y
découvre que nous sommes des empêcheurs de tourner en rond - qui plus est,
de la graine de rebelles et de traîtres. Curieusement, il y est question
aussi d’un sujet qui devrait attirer l’attention de la commission bicéphale
et itinérante qui parcourt ces temps-ci le Québec, je veux dire le contrôle
de l’émigration. Comme quoi il y a des sujets inépuisables dans l’actualité
qui résistent à l’usure du temps et réapparaissent avec toujours plus de
vigueur. Je l’ai trouvé en feuilletant un numéro du Blackwood Edinburgh
Magazine de février 1838 à l’Université McGill (auquel un « High flown Tory
» de la trempe de Conrad Black, sorte de Citizen Kane déchu version
canadian, a dû s’abreuver jusqu’à sa disparition dans les années 1970) :
« The unwise act of Lord Grenville, passed through Parliament in the year 1784, permitting the people of Lower Canada to conduct their pleadings and promulgate their laws in the French language, has prevented them from ever becoming British, and so far weakened the colony as an outwork of the mother country. It has always been the policy of able conquerors, as soon as possible, to incorporate their vanquished subjects with their own citizens, by giving them their own language and laws, and not suffering them to retain those of their pristine dominion. These were among the most efficient means by which ancient Rome built up and established her empire over the whole world ; and these were the most efficient aids by which modern France spread her dominion so rapidly over the continent of Europe. While Lower Canada continues to be French in language, religion, laws, habits, and manners, it is obvious that her people will not make good British subjects ; and Britain may most assuredly look to the speedy loss of her North American colonies, unless she immediately sets about the establishment of an able statesmanship government there, and the direction thitherward of that tide of emigration from her own loins, which now swells the strength and resources of the United States. » (page 245).
Ceux qui veulent en savoir plus peuvent consulter American librairies sur le net.
François Deschamps
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