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Nous tous, souverainistes, pensons qu’il est temps que les Québécois soient responsables d’eux-mêmes. Le petit groupe de francophones d’Amérique que nous formons a une vitalité culturelle étonnante, veut vivre ensemble, en Amérique et dans le monde [...] - Jacques Parizeau
             
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Identité québécoise
De la difficulté de Pauline à trouver l’identité nationale
Pauline Marois vient d’enfourcher un cheval qui risque de l’amener là où elle ne veut pas aller.
Nestor Turcotte
Tribune libre de Vigile
mardi 23 octobre 2007      307 visites


Texte publié en partie dans Le Soleil du dimanche 28 octobre 2007 sous le titre "L’identité québécoise... Athènes, Rome et Jérusalem nous l’ont léguée"

Pauline Marois vient d’enfourcher un cheval qui risque de l’amener là où elle ne veut pas aller. Le cheval identitaire est une créature spécifique et chaque peuple se doit de bien la définir afin de comprendre les éléments qui l’universalisent et les éléments qui la particularisent. Sinon, on risque de se retrouver devant une réalité déformée, quelque chose qui repousse plus qu’il ne réunit.

Toute identité réfère à l’essence ou à l’être de la personne, à l’essence ou l’être d’une nation. L’identité « canadienne-française », devenue par la suite « l’identité québécoise », est le produit de plusieurs éléments conjugués. En oublier un, démontre la méconnaissance de ce qu’est une identité nationale ou signifie une forme d’ignorance qui n’est pas à la gloire de celui qui la véhicule. Notre civilisation occidentale a été bâtie avec le concours de la sagesse des philosophes grecs, avec la justesse du droit romain et avec l’avènement du Transcendant s’incarnant dans l’histoire humaine pour en expliquer à la fois l’origine et la finalité absolue. Ces éléments ont forgé l’identité de plusieurs peuples européens et, par voie de conséquence, du peuple québécois. Qu’on aime ou pas, la réalité est ainsi !

Un penseur contemporain a dit que toute notre faculté de raisonnement, toute notre pensée, toute notre conception du monde sont plus ou moins marquées par la philosophie grecque selon laquelle la noblesse de l’homme consiste à agir selon la raison et à en donner constamment la primauté. L’Antiquité romaine donna ensuite à l’Occident les notions de justice et de droit qui structurent toute notre vie publique. Enfin, le christianisme est venu illuminer cet héritage par la foi et toute la tradition de la sagesse biblique. Il apporta une vraie conception de l’homme comme personne libre, responsable, insistant sur sa dignité, sa relation avec Dieu et son salut. De plus, le christianisme apporta une réelle distinction entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel. Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.

Athènes, Rome et Jérusalem symbolisent toujours la sagesse de l’Occident. Certains la rejettent du revers de la main pour des raisons qui sont difficiles à comprendre. Redisons encore. Athènes a affirmé que la raison est la mesure de toutes choses. Rome a permis de retenir les règles du vivre ensemble. Jérusalem enseigna l’amour de Dieu pour tous les hommes. Pour connaître l’essence de notre être occidental, notre raison d’être comme Québécois, il faut nécessairement renouer avec ce passé glorieux. C’est là où se trouve l’identité de notre culture. On peut bien la nier, mais cela ne change pas les faits historiques.

Dans sa chanson, Le plus beau voyage, Claude Gauthier, poète et chansonnier québécois, redit à sa manière ce que je viens d’écrire.

J’ai revu mes appartenances./ Je suis de lacs et de rivières. /Je suis de gibier, de poissons./ Je suis de sucre et d’eau d’érable. /De Pater Noster, de Credo/, Je suis d’Amérique et de France (...)/ Je suis Québec, mort ou vivant.

Pauline Marois parle d’identité québécoise mais ne semble pas trop savoir de quoi il s’agit. Afin de préciser certaines notions qui lui échappent de toute évidence, elle devrait s’adjoindre un bon professeur d’histoire, un juriste chevronné, un philosophe qui lui expliquera l’avènement de la rationalité en Occident. Comme potentiel chef d’État, elle doit constamment, si elle veut faire sérieux, faire référence à l’héritage spirituel et intellectuel qui a façonné l’identité du peuple québécois. Les valeurs fondamentales de notre identité ou de notre civilisation se résument ainsi : dignité de la personne humaine, caractère sacré de la vie, importance d’une solide et bonne instruction, apprentissage de la langue commune, rôle central de la famille, liberté de pensée, liberté de parole et profession de ses propres convictions, y compris ses propres convictions religieuses. Encore : protection légale des individus et des groupes, collaboration de tous les citoyens en vue du bien commun, travail accompli avec assiduité et générosité, respect de l’autorité, particulièrement celle de l’État exprimée par des lois justes et soumises à la raison. Voilà l’identité québécoise. Qui nous l’a donnée ? Athènes, Rome et Jérusalem. Ça peut déplaire à certains de l’entendre dire. Ça ne change rien aux faits.

Ces valeurs représentent tout le trésor des devanciers. Il revient à chacun, enraciné en cette terre française, d’affirmer ce qu’il est et de le dire haut et fort à l’immigrant qui foule ce sol français d’Amérique. Certains travaillent de toutes leurs forces à faire disparaître la mémoire historique de notre peuple. Ils usent de subterfuges, d’une philosophie du nivellement, d’une attitude qui réclame amnésie et oublis volontaires.

On n’est pas libre vis-à-vis du passé. Les trois racines qui font encore tenir debout la nation québécoise s’enracinent dans le terroir de nos ancêtres. On ne peut sacrifier le tout du passé au profit d’une des parties. Ces références demeurent fondamentales. Ne pas en tenir compte, c’est tenter de bâtir l’avenir sur le sable d’une certaine contingence. Certains tentent de faire comprendre le Québec à partir de la Révolution tranquille. Ils essaient d’identifier notre peuple à une partie de son histoire. Ils ne remontent pas suffisamment loin dans le passé pour saisir plus que ce que certains évènements plus récents ne font que pressentir.

En ce sens, la dernière bataille autour du « nous » est bien significative. C’est, selon certains chantres, ce nouveau « compendium cosmopolite » qui formerait la nouvelle identité nationale. La culture qui « nous » a forgés comme nation doit-elle maintenant disparaître dans le bassin multiforme des races, des cultures, des religions admises sur un même pied d’égalité » au point, « d’avoir une propension à l’effacement de soi-même par le refus de soi-même » ? Je pose la question.

Dans son ouvrage Quand le jugement fout le camp, le sociologue Jacques Grand’Maison affirme que la négation et la disqualification du passé accroissent la confusion des repères. Là-dessus, nous avons fort à apprendre de certains immigrants qui relèvent le défi de l’intégration de nouveaux modes de vivre, de nouvelles valeurs, mais sans renier leurs racines ni leurs origines.

Demandant à ses étudiants qui fréquentaient ses cours à l’université d’exposer leur point de vue sur ce point, Jacques Grand’Maison rapporte une anecdote que je ne peux passer sous silence et qui est pleine de leçons pour notre peuple en perte d’identité. L’étudiante dont il parle est Vietnamienne.

Depuis mon départ du Vietnam, j’ai vécu quelques années en Europe avant de m’installer au Québec. Je pense m’y être bien intégrée. Mais à quel prix ! Il y a des choses que j’ai beaucoup de difficulté à comprendre : vous méprisez la seule histoire que vous avez en propre, la culture et la religion que vous avez en propre. Vous avez décidé de recommencer à zéro. Dans mon itinéraire d’immigrante, il ne me viendrait jamais à l’esprit de vouer au néant tout mon passé qui lui aussi fait partie de mon identité. La psychanalyse nous a montré le caractère illusoire et même mortifère de ce genre de rupture. N’avons-nous pas tout à décanter nos propres héritages dans ce qu’ils ont de bon, moins bon et pas bon du tout ?

Une rivière a besoin d’un lit profond, pour accueillir de nouveaux affluents, sinon elle est inondée, ne sachant plus sa source, son tracé, son débouché. A tort ou à raison, je me demande si ce n’est pas votre cas (au Québec). Ce n’est pas la xénophobie qui vous menace. C’est être partout et nulle part. Ce qui me frappe particulièrement dans le monde de l’éducation, c’est que vous ne savez plus quoi transmettre. Pire encore, la moindre transmission d’un quelconque sens vous apparaît comme une imposition à l’autre, aux autres. Chacun doit s’autoenfanter, s’autoéduquer, s’inventer sans mémoire, sans conscience historique. S’agit-il du passé, il ne reste que le ressentiment d’une grande noirceur.

Je constate cela très souvent. Je me demande si vos indécisions collectives ne viennent pas de l’absence d’un véritable socle historique, et de pratiques de tous ordres qui n’ont jamais le temps de mûrir. Et que dire de vos liens éphémères presque dans tous les domaines. Nous, les immigrants, on ne sait plus à qui, à quoi s’intégrer, au-delà de la langue. Une langue que vous massacrez à qui mieux mieux (lire les pp. 86 et suivantes ).

Pauline devrait lire le livre de Grand’Maison. Avis : Jacques Grand’Maison est un chanoine et au pays du Québec, il est interdit de croire qu’un curé puisse produire une réflexion objective sur des sujets qui préoccupent l’ensemble de la collectivité.

Nestor Turcotte
philosophe

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

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