A la lumière du discours offert par Pauline Marois le 15 mai dernier, alors qu’elle annonçait officiellement son entrée dans la course au leadership du Parti québécois, l’aspirante au poste de direction de ce parti a clairement établi, dans les grandes lignes, la manière dont elle entend faire les choses.
Dans les rangs péquistes, que ce soit dans la députation ou dans les instances, une assez grande cohésion des troupes derrière l’aspirante chef semble vouloir prendre forme, du moins publiquement. Ailleurs dans le mouvement souverainiste, à tort ou à raison, des inquiétudes se font entendre.
Au-delà des mots que Pauline Marois a prononcés dans ce discours du 15 mai, il devient primordial de se livrer un tant soit peu à l’exégèse du texte, au ton du discours et du contexte politique et social dans lequel la substance des idées de ce discours prend forme. Et il faut entendre « exégèse » dans le sens de ce qui fut dit, comme ce qui ne l’a pas été, ou si vous préférez, les sous-entendus et l’effort de compréhension de tout ce qui se situe entre les lignes.
Peut-être est-ce une question de pure perception des choses, mais il n’y a rien qui puisse m’alarmer dans les propos de Pauline Marois, et voici pourquoi.
Plus je relis ce discours de Pauline Marois, plus il m’apparaît comme une évidence qu’elle cherche à dessiner un nouveau cadre stratégique à propos de l’apologie de l’indépendance nationale du Québec tout comme la ou les manières d’y parvenir.
Pour être en mesure de redessiner ce cadre stratégique, la première chose que l’on doit faire, c’est de placer toutes les pièces du puzzle sur la table et de porter notre attention aux moindres détails de chacune des pièces et de les mémoriser autant que faire se peut.
La pièce maîtresse de ce casse-tête est le recentrage de l’action politique du PQ sur l’idée de l’indépendance du Québec, tout comme la social-démocratie. Les autres pièces : refus de l’idée de la non acceptation de la gouverne d’un Québec province canadienne ; mise au rancart de l’échéancier référendaire ; cesser de débattre publiquement sur la mécanique d’accession à la souveraineté du Québec ; le nécessaire renouvellement de la social-démocratie à l’exemple de plusieurs pays occidentaux ; refus de considérer comme antonyme prospérité économique et création de la richesse par rapport à la justice sociale et la solidarité, elles en seraient au contraire des conditions ; puis au cœur de la proposition politique de Pauline Marois, nous retrouvons les thèmes de la famille comme pilier central de la société, l’éducation, la culture et les préoccupations d’ordre environnemental.
Dans ce qui n’est pas dit et/ou les sous-entendu (compréhension très subjective, bien sûr, mais je les propose tout de même) : la mise au rancart de l’échéancier référendaire signifie-t-il nécessairement ne pas tenir de référendum ? Ce n’est surtout pas ce que je peux y comprendre. Replacer la question de la souveraineté du Québec au centre du programme du PQ signifie-t-il nécessairement qu’on doit demeurer les bras croisés jusqu’au jour où le grand miracle de l’appel du peuple à un référendum se fasse entendre ? Ce n’est surtout pas cela que j’entends non plus dans ce discours de Pauline Marois. Est-ce que refuser de radicaliser le discours souverainiste en rejetant la gouverne d’un Québec province veut nécessairement dire que l’on ne doit pas démontrer que ce Québec province, actuellement dans le cadre fédératif canadien étouffant, est ingérable ? Je n’en suis pas si sûr non plus.
Une première analyse ce discours de Pauline Marois montre qu’il y a beaucoup de place à l’imagination pour qui veut s’en donner la peine. Pauline Marois invite les souverainistes à resserrer les rangs autour et avec elle, et surtout savoir-faire preuve d’innovation. Il y a un espace très grand pour le faire, et c’est à nous les militants de lui démontrer que nous pouvons nous relever les manches, se cracher dans les mains (pour reprendre l’expression consacrée par Jacques Parizeau) et de prêter main-forte à ce projet que l’on veut proposer à ce peuple québécois.
***
Pour espérer atteindre et dépasser le 50%+1 d’une majorité à un Oui pour l’accession du Québec à son indépendance politique, il va falloir trouver le moyen de créer un momentum dans la population, visant à susciter un large consensus social. D’ici à ce « grand soir » il y a quelques étapes à franchir : celles de la reprise du pouvoir par le PQ, avec au cœur de son programme et plate-forme la souveraineté, qui fait le pivot comme solution authentique des grandes problématiques et défis du Québec actuel, et Dieu sait qu’ils sont nombreux et lourds. Et plus important encore, du moment que Pauline Marois devient chef du PQ, ce momentum dans la population, que je viens d’évoquer, ne peut se créer de manière isolée en une campagne électorale et une campagne référendaire. Il faut que ce soit un mouvement continu, comme un grand crescendo musical, portant le son orchestral du pianissimo au fortissimo, culminant en une intense finale.
Une première étape en un tel mouvement serait la convocation d’États généraux que Gilbert Paquette a récemment évoquée dans Le Devoir. Ce serait un moment formidable pour créer un « happening » et revigorer les forces souverainistes tout en ressoudant des liens rompus. Le PQ ne pourra à lui seul réussir sa mission de l’indépendance nationale du Québec sans qu’au préalable le mouvement souverainiste y retrouve ce lieu commun d’action qu’il fut dans les premières années de son existence. Il me semble que l’idée d’États généraux deviendrait, dans cette optique, une véritable chiquenaude d’un mouvement ascendant et inspirant pour le reste de la population québécoise. Cette idée doit être explorée sous toutes ses coutures avec le potentiel formidable qu’elle représente pour l’avenir du militantisme de l’indépendance du Québec.

