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Après que [la Conquête] eût arraché de ce sol la souveraineté inconsolable de la France, les ’Français canadiens’ sont convaincus qu’après le siècle d’oppression qui suivit pour eux la conquête anglaise, un second siècle écoulé sous le système défini par l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867 ne leur a pas assuré, dans leur propre pays, la liberté, l’égalité et la fraternité... - Charles de Gaulle - juillet 1967
             
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De l’effarante naïveté politique des Montréalais francophones
Les conséquences de la minorisation des francophones ne se feront plus attendre longtemps
Christian Gagnon (ing.)
Tribune libre de Vigile
lundi 28 janvier 2008      423 visites      5 messages


C’est une constante dans l’histoire de l’Humanité et ce l’est encore davantage dans le monde démocratique : outre sa richesse et la grosseur de son armée, c’est par le nombre qu’un groupe ou une nation fait sentir son influence. Si entre 1840 et 1930, la pauvreté n’avait pas poussé 1,2 million de Québécois ruraux à l’exode vers les villes de Nouvelle-Angleterre, la population du Québec serait le double de ce qu’elle est maintenant et son rapport de force serait infiniment plus grand que ce qu’il est dans le Canada d’aujourd’hui. Voilà pourquoi ceux qui, toute la semaine dernière, nous ont dit et écrit sur tous les tons que la minorisation des francophones à Montréal était un faux problème sont dans l’erreur.

Alors que des démographes et mathématiciens experts en démolinguistique reconnus et respectés, tels Charles Castonguay, Marc Termote et Michel Paillé nous signalent de façon très scientifique que le français perd du terrain à Montréal, les André Pratte, Yves Boisvert, Lysiane Gagnon et autres Alain Dubuc nous servent tous en substance le même message prétentieux : « N’écoutez pas ses chercheurs universitaires excités car nous, chroniqueurs et éditorialistes de La Presse en possession de la science infuse, connaissons ça bien mieux qu’eux. Rassurez-vous, tout va bien. Évidemment, le français sera toujours dans une situation précaire en Amérique du Nord. À la rigueur, restons vigilants mais, de grâce, ne faisons rien. » Sans surprise, l’éditorial de The Gazette de ce samedi qualifie quant à lui les inquiétudes soulevées par la question d’« ethnic nationalism ».

***

Dans les faits, tout le monde sait pourtant très bien ce qui arrive aux minoritaires lorsqu’on passe au vote. Supposons que six hommes et cinq femmes sont attablés et se délectent d’un copieux repas. Si au moment du café, l’un des hommes propose qu’on vote pour savoir si ce sont les hommes ou les femmes qui feront la vaisselle, on soupçonne aisément que les hommes recueilleront la majorité des suffrages. Les femmes auront beau protester que cette façon de faire est une vacherie, les hommes pourront toujours se réfugier, sourire en coin, derrière la « démocratie ».

Déjà à Montréal, les francophones de langue maternelle ne formaient plus que 49,8% de la population au moment du recensement 2006, quinze ans plus tôt que prévu par le scénario le plus pessimiste de Marc Termote. Quant aux Montréalais parlant français à la maison, donc incluant ceux d’origines très diverses que la loi 101 a intégrés à la communauté francophone, ils étaient 52,6% en 2006 et seront bientôt minoritaires eux aussi.

À cela, nos bien-pensants dénégateurs opposent que partout dans le monde occidental, il est dans la normalité des choses que la diversité ethnolinguistique des grandes villes soit sans cesse croissante. Mais ce qu’ils ne disent pas, c’est que même si, par exemple, les immigrants originaires d’Afrique du Nord sont nombreux en France, la langue arabe n’en fait pas pour autant peser une menace sur le français dans ce pays, pour la simple raison que les immigrants d’origine indienne, polonaise, chinoise et autres ne s’y mettent pas à parler arabe entre eux. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la situation de l’anglais au Québec est très différente.

Les conséquences de la minorisation des francophones ne se feront plus attendre longtemps. D’abord, le comportement électoral quasi-monolithique des Montréalais anglophones ne surprend plus personne. Ajoutez à ce contingent tous les allophones qui, bien qu’ils n’aient eu d’autre choix que d’apprendre le français en fréquentant les écoles primaires et secondaires françaises, n’en ont pas moins adopté les opinions politiques de la communauté anglophone au terme de leurs études au « Dawson College » puis à la « Concordia University » ou à la « McGill University ».

Additionnez-y également tous ces autres allophones moins scolarisés qui, dès leur arrivée sur le marché du travail montréalais, constatent que la langue anglaise leur y réserve un meilleur sort et agissent en conséquence, comme l’a démontré Charles Castonguay devant la Commission Bouchard-Taylor.

Complétez enfin le tableau avec tous ces francophones qui confondent encore la richesse du bilinguisme individuel avec la calamité du bilinguisme institutionnel et collectif. Passez alors au vote, et tombez des nues en découvrant soudain que chaque fois qu’un débat municipal polarisera la population en fonction des intérêts linguistiques de chacun, les francophones seront assurés de perdre.

Cela signifie aussi que d’ici un certain temps – à supposer que ce ne soit pas déjà le cas –, tous les maires de Montréal et tous les partis qui prendront le pouvoir à l’Hôtel-de-ville seront ceux que la communauté anglophone aura choisis. Point à la ligne. Bien connu des francophones hors-Québec, cet état d’impuissance porte un nom : la marginalité. Et compte tenu des tendances démographiques, plus le temps fera son œuvre, plus ce qui précède sera vrai.

Ceux qui en doutent n’ont qu’à se rappeler la composition du Conseil exécutif de Montréal et la distribution géographique des conseillers du parti du maire à l’époque récente ou la métropole fut brièvement « une île, une ville » incluant le « West Island » profond. Véritable voyage dans le futur, cet épisode nous donne une bonne idée du Montréal politique de demain : d’une part, l’ouest et le centre composés d’anglophones et d’anglophiles unis et au pouvoir pour toujours et, d’autre part, l’est, fait de francophones divisés et condamnés à l’opposition à perpétuité.

Ce que commande cette perspective, c’est l’intervention vigoureuse d’un gouvernement du Québec déterminé. Mais puisqu’il faudrait alors s’attendre à une guérilla juridique sans fin à grands coups d’article 23 de la Charte canadienne et de Constitution de 1982 que la Cour suprême du Canada trancherait dans le sens qu’on devine, autant s’épargner 20 ans de déclin et opter dès maintenant pour la souveraineté du Québec.

Christian Gagnon
Montréal

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Vos commentaires:
  • De l’effarante naïveté politique des Montréalais francophones
    28 janvier 2008, par Serge Gingras
    Pan ! Dans le mille.
  • De l’effarante naïveté politique des Montréalais francophones
    28 janvier 2008, par Claude Jodoin

    Enfin un autre ingénieur ! Ça nous change de la gent (très Plateau) des politicologues, sociologues, ethno-psychologues, ethnologues tout court, et autres tenants des "sciences" au mieux qualitatives. Quant au fond du baril, vous nous le détaillez en nommant la coterie de Gesca.

    Je plains les mathématiciens pris au piège de l’assermentation. Mais, pourquoi risquer sa carrière, après tout. Merci, cher collègue,

    Claude Jodoin Ing., Boca Raton, É.-U.


  • De l’effarante naïveté politique des Montréalais francophones
    28 janvier 2008, par Ouille !

    Monsieur Jodoin,

    Cette missive de Boca Raton se veut approbatrice, on n’en doute pas, mais, quel but vise cette note divisive et superfoetatoire des diverses qualités des défenseurs de la CAUSE ?


  • Bravo !
    28 janvier 2008, par Patrick Andries

    Il faut insister sur les chiffres et sur l’histoire des minorités.

    Il n’y a pas trente-six solutions : il faut plus de francophones de naissance pour s’assurer même des acquis comme la loi 101.

    Il faut donc :

    — une politique nataliste (1,5 enfant/femme comme moyenne des Québécois et moins encore pour les francophones comme le rappelait Marc Termotte, c’est catastrophique, pas un "petit baby-boom" !)

    — moins d’immigrants non francophones

    — des lois plus dures (mais ce n’est pas une panacée, il faut aussi avoir une forte démographie francophone pour que ces lois soient appliquées en partie par pression populaire).


  • De l’effarante naïveté politique des Montréalais francophones
    28 janvier 2008, par Claude Jodoin

    Touché ! Tout d’abord, madame/monsieur Ouille !, je vous félicite quant à la qualité exemplaire de votre langage. Vous connaîssez mon nom - véritable - ma profession et mon lieu de résidence. 1] Faites-en de même, 2] la Tribune Libre de Vigile n’est pas un forum propre à la discussion acrimonieuse qui s’annonce, 3] il y a des forums indépendantistes propres à des échanges de ce genre ; vous m’y trouverez sans doute. Bien à vous,

    Claude Jodoin Ing., Boca Raton, É.-U.

    P.S. : LA CAUSE, j’y crois. Beaucoup plus que de nombreux expatriés que je ne fréquente d’ailleurs plus. ... Et sans cesse "expliquer le Québec" à des États- uniens, un à la fois, c’est un défi que j’accepte, chaque jour.









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