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Justement, la souveraineté du Québec est, de toutes les options, la seule qui n’a pas encore été essayée. - 2000 - Joseph Facal
             
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De l’affirmation à l’indépendance : un continuum
Nous sommes ce que nous sommes, et si nous n’osons pas l’affirmer, alors abandonnons le terrain : une nation qui n’ose pas se nommer et se rapailler n’existe pas.
Raymond Poulin
Chronique de Raymond Poulin
vendredi 5 octobre 2007      441 visites      9 messages


Beaucoup d’indépendantistes se méfient des nationalistes ; on prétend même qu’il s’agit de deux contraires, le nationalisme québécois constituant une position purement défensive ou résistante à l’intérieur du système canadien, donc ne menant nulle part puisqu’on y est à la fois nationaliste et fédéraliste, au mieux confédéraliste. — Au sens du dictionnaire, notre usage du terme nationaliste est incorrect puisqu’un nationaliste vise à la fondation d’un État indépendant ; je le remplace donc par un néologisme d’ici, mieux approprié, soit affirmationniste.

Pourtant, presque tous les indépendantistes sont d’abord passés par une période affirmationniste, même si tous les affirmationnistes n’ont pas franchi le pas et qu’un certain nombre ne le franchira jamais. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit de la première étape d’une prise de conscience, mais où l’on n’a pas encore saisi que la seule défensive condamne à terme au piétinement, à l’éternel recommencement et enfin à la défaite : le Québec équivalant présentement à 23,6% de la population canadienne et les Québécois d’ascendance française, à 20%, alors que ces proportions représentent un déclin de plus du tiers en quarante ans, il va de soi que jamais la vision canadienne d’un État unitaire ne s’infléchira davantage qu’elle ne l’a fait jusqu’à maintenant ; notre rapport de force à l’intérieur de la structure politique canadienne n’existe, sporadiquement et marginalement, que lorsqu’il permet d’exploiter une situation électorale, donc temporaire, où l’un des partis fédéraux a besoin de notre appui pour remporter les élections. Et aucun de ces partis ne peut poser un geste à longue portée qui lui aliénerait le reste du pays.

La condamnation en bloc et sans appel des affirmationnistes équivaudrait à se priver d’un potentiel indépendantiste nécessaire, justement, à l’atteinte de l’objectif. Ce serait non seulement stérile mais contre-productif, une attitude ne tenant pas compte de la psychologie sociale ; on exige que tous soient déjà rendus là où en sont arrivés ceux qui ont d’abord connu le même cheminement. Le doctrinaire nie aux autres ce qui fut sa propre nécessité.

Quelles qu’en soient les raisons, l’indépendantisme, jusqu’à la fin des années soixante, a pratiquement toujours été marginal, y compris au temps des Patriotes. Affaire de contexte : on aurait bien aimé que..., mais on croyait la chose impossible et, à toutes fins utiles, elle l’était. On s’est donc rabattu sur une forme de nationalisme de survie, conservateur ou éclairé au gré des circonstances et de la mentalité. Depuis les années soixante-dix, diverses phases se sont succédé rapidement : émergence et montée indépendantiste, repli, affirmationnisme, forte poussée indépendantiste, repli, remontée affirmationniste, petit sursaut indépendantiste éphémère. Présentement, autant au PQ qu’à l’ADQ, et même chez une partie des membres du PLQ, l’affirmationnisme domine.

On aura beau se désoler de ce terrain mouvant, le réalisme nous oblige à faire avec lui. C’est entendu, rien ne doit empêcher les indépendantistes de clamer haut et fort la "bonne parole", mais notre attitude, loin de traiter de haut le courant affirmationniste, doit s’y allier — indépendamment de l’idéologie des partis, on y reviendra —chaque fois que cela permet d’enfoncer le clou et chaque fois que les circonstances facilitent la démonstration, à terme, que tout effort à l’intérieur du système canadien ne mène au mieux qu’à un gain limité jamais assuré de sa pérennité et, au pire, à un mur. Entre-temps, cependant, toute victoire collective temporaire est bonne à prendre, car elle finit toujours par susciter le désir d’aller plus loin sauf chez ceux qui, de toute manière, n’iront jamais nulle part sinon là où le vent les pousse. L’indépendantisme s’est implanté pour de bon au Québec, faut-il le rappeler, après les sept premières années de la décennie 1960, soit alors que le Québec n’avait jamais arraché autant à Ottawa, surtout sous le gouvernement Pearson, alors minoritaire.

Il nous faut réapprendre ce que nous oublions souvent : le temps historique ne fonctionne pas au gré de nos projets mais à celui de la maturation collective qui repose, sauf accident accélérateur, sur la durée. Et il ne nous donne pas la possibilité de connaître à coup sûr, et encore moins de fixer arbitrairement, le moment où le désir d’indépendance sera tellement répandu qu’il deviendra une évidence dont il ne restera qu’à décider de ses modalités concrètes.

Au fond, les possibilités sont multiples, le choix dépendra du contexte de réalisation. Élection référendaire à la majorité absolue des sièges et des voix à la suite d’une alliance entre plusieurs partis politiques ? Référendum après élection à majorité relative ou absolue d’un seul parti indépendantiste ? Autre modalité ? La solution ne dépend ni du nombre de partis indépendantistes ni du nombre de leurs membres mais du plus grand nombre possible de citoyens convaincus et décidés. Il existe tout de même des modalités risquées au point d’en devenir dangereuses, par exemple celle d’une proclamation d’indépendance par un parti qui aurait raflé la majorité absolue des sièges mais seulement une majorité relative des suffrages et ne serait pas soutenu par une coalition comptant cette majorité absolue des votes. Sur les plans politique et diplomatique, voilà une défaite assurée, un ratage dont les conséquences s’avéreraient bien plus graves qu’un référendum avorté. On comprend que beaucoup d’indépendantistes de longue date soient impatients, mais lorsqu’impatience rime avec imprudence au point de devenir de la témérité, voici le temps venu de se calmer un peu.

Dans ce travail d’accouchement des consciences et de persuasion, il importe de ne pas plomber la dynamique indépendantiste par une idéologie. L’avènement d’un État souverain transcende les idéologies, toujours transitoires, qu’une population, au fil des ans, peut favoriser ou rejeter quand bon lui semble. Les idéologies passent mais les nations demeurent. La nation n’est ni un concept de gauche ni un concept de droite mais une réalité charnelle d’abord incarnée dans la culture collective et l’histoire, presque toujours, d’un noyau ethnique majoritaire sur un territoire donné, et dont la nécessité et la volonté de maîtriser son destin l’enjoignent de se donner un État souverain.

Par ailleurs, aucune nation ne peut vivre en vase clos à une époque de grandes migrations comme on n’en avait pas vues depuis quinze cents ans, et il va alors de soi qu’elle finisse par englober tous les habitants de son territoire, d’où qu’ils viennent. Le noyau culturel et ethnique ne constitue qu’une armature de départ, une matrice sociale assurant cohérence au projet collectif. Les empires seuls échappent à cette nécessité mais se maintiennent par la contrainte jusqu’à leur désagrégation. Alors pourquoi ne pas le dire clairement et sans honte ? Le futur État québécois indépendant repose d’abord sur l’existence de la nation québécoise, et l’armature de la nation québécoise, ce sont les descendants des colons de la Nouvelle-France, naguère nommés Canadiens français, ainsi que tous ceux qui, au cours des années, se sont intégrés, voire assimilés à eux. Il repose ensuite sur tous ceux qui, habitant à demeure le territoire, en acceptent les lois et les valeurs fondamentales. Tous sont citoyens québécois au même titre, sans exclusive, et se fondent dans la nation avec la suite des générations. Il ne s’agit, en somme, que du processus naturel le plus universel dans la détermination des ensembles humains formant des entités politiques.

Sur ce plan, le fameux "nous" dont on débat tellement varie, dans le langage, au gré du contexte et de la situation, mais il comprend chaque fois tous ceux qui se reconnaissent dans une même conscience, soit la même aspiration à vivre ensemble et à préparer un devenir collectif. Seuls les adversaires de son avènement utilisent le "nous" avec une connotation hypocritement exclusiviste, dans l’espoir de nous donner mauvaise conscience et surtout de dresser une barrière entre nous et les arrivants de fraîche date sur notre territoire. Cela fait tout simplement partie de la panoplie des moyens employés par les tenants d’un Canada unitaire englobant le Québec, un élément psychologique de polérisation dans la stratégie du rapport des forces : vicieux mais de bonne guerre, et l’indignation morale à ce sujet ne mène nulle part.

Il va de soi que ce détournement de terme oblige les indépendantistes et même les affirmationnistes à rassurer les minorités québécoises, mais, ce faisant, commettent une erreur absolument nocive ceux qui croient simplifier et faciliter la chose en substituant au concept classique de nation celui de nation civique, qui revient à la considérer comme un agglomérat d’individus strictement reliés non par leur appartenance à une communauté partageant des valeurs collectives fondamentales mais seulement soumis aux mêmes lois civiles et pénales et disposant des mêmes droits formels. La nation civique n’a aucune résonance collective et par conséquent aucune solidarité nationale. C’est un patchwork multiculturel où chaque groupe clanique maquignonne perpétuellement des privilèges : la tour de Babel, à la rigueur un marché de "souverainetés" locales, bancales et concurrentes. En ce domaine, la rectitude politique et les contorsions lexicales pour éviter le "nous" ne mènent qu’à la déliquescence de la nation.

Nous sommes ce que nous sommes, et si nous n’osons pas l’affirmer, alors abandonnons le terrain : une nation qui n’ose pas se nommer et se rapailler n’existe pas.

Raymond Poulin

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —



Vos commentaires:
  • De l’affirmation à l’indépendance : un continuum
    5 octobre 2007, par ouhgo

    Nation à faible attraction…

    Vous le dites bien : Une nation qui n’ose pas se nommer n’existe pas. Et aussi : « …par ailleurs, aucune nation ne peut vivre en vase clos à une époque de grandes migrations comme on n’en avait pas vu depuis 1500 ans et il va de soi qu’elle (nation) finisse par englober tous les habitants de son territoire, d’où qu’ils viennent. »

    Pour que tout ceci s’applique, il faudra que « l’armature de la nation québécoise, la matrice sociale du projet collectif » constitue une PUISSANTE FORCE D’ATTRACTION pour les nouveaux arrivants.

    Quand les immigrants qualifiés sont recrutés chez eux pour venir participer à l’économie d’un pays bilingue et multiculturel, sentent-ils une PUISSANTE FORCE D’ATTRACTION vers le projet indépendantiste d’un groupe minoritaire d’une province dissidente ?

    Si, par leur culture latine, ils ont ressenti quelque affinité pour la vie en français, donc ils ont choisi le Québec, sont-ils aspirés par un tourbillon d’enthousiasme de la part des jeunes professionnels, industriels ou commerçants, fiers descendants des colons de la Nouvelle-France et de leurs « valeurs fondamentales » ?

    En somme, notre noyau culturel et ethnique est-il si fier de s’afficher, en français correct, distinct de la mer anglophone qui l’entoure ? Nos « valeurs fondamentales » se distinguent-elles dans nos choix de musique, de sport, de cinéma, d’alimentation, de pratiques écologiques, de consommation en général ?

    Devant les coups de force quotidiens de l’uniformisateur canadian contre nos efforts de distinction(attaques sur loi 101, 400ième Québec), nous élevons-nous en masse, dans la rue, dans les journaux, pour protester, pour affirmer notre présence en tant que nation québécoise ? Ne sommes-nous pas très discrets, un peu complices timides de notre assimilation quasi consommée ? (la cause du Québec ? C’est dépassé, ça !...)

    Pour que la NATION constitue un aimant, suscite l’admiration de ces grands migrants qui nous arrivent, il lui faudrait une allure combative, une allure de gagnant. Et au plus sacrant, une stature de pays libre !

    A l’instar de M. Frappier (VIGILE), Canadien ou Québécois ? Voilà la question.


  • De l’affirmation à l’indépendance : un continuum
    6 octobre 2007

    • Nation, nationalisme et indépendance

    « Le futur État québécois indépendant repose d’abord sur l’existence de la nation québécoise… » (Raymond Poulin)

    Samedi,6 octobre 2007 Bruno Deshaies

    Vigile.net est un des rares sites Internet à laisser libre cours aux échanges et aux messages avec la plus grande liberté tout en respectant le rapport au contenu des textes des auteurs. Je tiens à féliciter monsieur Bernard Frappier pour sa compréhension et son ouverture d’esprit.

    Cela dit, il n’en demeure pas moins que les Québécois ont beaucoup de difficultés avec la définition de la nation et du nationalisme. Et que dire de l’indépendance du Québec qualifiée souvent d’idéologie. En revanche, que devons-nous penser des fédéralistes à tout crin ? Sont-ils, par exemple, doctrinaires ou pragmatiques ? Je dirais qu’ils sont pragmatiques dans l’action. En revanche, ils sont tous des doctrinaires, c’est-à-dire des personnes qui préfèrent leur système de valeurs à tout autre et qui prétendent l’imposer par la douceur, si possible, et par la force armée s’il le faut (le cas Trudeau), ce fédéraliste douteux et doctrinaire inflexible qui a inspiré, entre autres, Jean Chrétien et Stéphane Dion. Et nous savons ce qu’ils ont été capables de faire. Leur idéologie fédéraliste s’inspire des bases fondamentales de l’impérialisme.

    D’autre part, le PQ cherche la quadrature du cercle et le Bloc en fait tout autant. Pourquoi ? Parce que ces deux partis nationalistes et indépendantistes-optimistes ne parviennent pas à comprendre la nature profonde de l’indépendance et ils se leurrent sur la nature réelle de tout fédéralisme. Ils font des circonvolutions constantes. Ils cherchent quelque chose entre l’autonomie locale et la souveraineté complète ( ?), mais sans se séparer. Trop difficile !

    Je veux bien, monsieur Raymond Poulin, vous croire quand vous écrivez : « Dans ce travail d’accouchement des consciences et de persuasion, il importe de ne pas plomber la dynamique indépendantiste par une idéologie. » Pour les indépendantistes véritables, il n’est pas question de « plomber » quoique ce soit, mais de positionner le FAIT d’indépendance comme un besoin pour toutes les NATIONS qui se croient distinctes et qui désirent profondément leur liberté collective au point d’exiger leur séparatisme et condamner par la même occasion leur annexion, leur soumission, leur subordination, leur superposition comme NATIONS ANNEXÉES. Ce n’est pas de l’idéologie. C’est une POSITION claire qui exige de faire le COMBAT pour atteindre la FIN. L’affirmationnisme à la manière de Pierre-Marc Johnson a échoué. Permettez-moi que je dise que c’est un cul-de-sac. Il en sera tout autant avec Pauline Marois ou Mario Dumont.

    L’indépendance du Québec est une fin et non un moyen (cf. l’analogie au « coffre à outils » des péquistes) comme l’a pensé inexactement le père fondateur du MSA qui est devenu le PQ. C’était d’ailleurs la thèse défendue par l’historien Jean Blain de l’Université de Montréal, un collègue de Maurice Séguin, dans la Préface au manifeste Option Québec de René Lévesque. http://blogscienceshumaines.blogspot.com/2007/03/option-qubec.html Après quarante ans à vivre selon cette logique historique, nous devons constater aujourd’hui que ce fut un échec et deux référendums perdus. Que faut-il de plus pour changer de cap ?


    VALSER ENTRE L’INDÉPENDANCE ET LE FÉDÉRALISME Une histoire contradictoire du Parti québécois Vigile.net : Chronique du jeudi 07-11-2002 Source : http://www.vigile.net/archives/ds-deshaies/docs/02-11-7.html


    Qui est prêt à faire le combat sur le fondamental ? Comment s’organiser pour enrayer la propagande idéologique des fédéralistes qui ont à leur avantage tous les moyens de contrôle social des esprits ? Il serait temps que les indépendantistes s’organisent pour mettre en action un quartier de commandement qui parviendrait à mobiliser des indépendantistes capables d’intervenir et d’imposer la position incontournable de ceux et celles qui croient que l’optique indépendantiste a sa place dans les débats exposés dans l’espace public. (Disons que cette expression fourre-tout est souvent utilisée au Québec à condition de ne rien déranger. Conséquence : il n’y a pas de place pour la défense de l’optique indépendantiste véritable.)

    Pour être concret, je dirais qu’on doit cesser de faire des « happening » sur l’indépendance. Il est plus important de nous constituer une Chaire de l’indépendance du Québec avec un réseau d’indépendantistes qui auraient autres choses à dire que des vœux pieux ou qui cherchent des poux dans le fonctionnement du fédéralisme canadian. Au fond, il faut apprendre à faire la distinction entre les oppressions accidentelles et l’oppression essentielle. En peu de mots, l’oppression essentielle est le remplacement de l’agir par soi collectif d’une nation par une autre nation – ce qui est l’ANNEXION, la cause première de l’assimilation,


  • De l’affirmation à l’indépendance : un continuum
    7 octobre 2007, par Raymond Poulin

    Monsieur Deshaies,

    Il me semble clair, de par le contexte de ma chronique, que je n’ai pas employé le terme "idéologie" pour désigner l’indépendance mais toute doctrine sociale, économique, etc.,par exemple la social-démocratie, le néo-libéralisme... Que l’indépendance soit une nécessité absolue et une fin en soi, je suis bien d’accord, l’ensemble de mon texte ne dit pas autre chose. C’est justement pourquoi je trouve dommageable à la cause de l’indépendance qu’un parti indépendantiste, quel qu’il soit, ne puisse rallier les votes de tous bords parce qu’il s’inscrirait dans un courant idéologique quelconque. L’indépendance en soi n’est ni de droite ni de gauche.

    Raymond Poulin


  • De l’affirmation à l’indépendance : un continuum
    9 octobre 2007

    À gauche ou à droite, le combat SUR le régime suppose que la SÉPARATION est la FIN.

    Mardi 9 octobre 2007 Bruno Deshaies

    Même si l’on dit l’indépendance n’est ni à gauche ni à droite, il n’en reste pas moins que son fondement conceptuel est l’agir par soi collectif qui est LA SÉPARATION DANS LE CAS DE L’ANNEXION d’une nation par une autre nation. Par exemple, un PI qui ne serait ni à droite ni à gauche ou qui serait angélique devrait quand même se positionner sur le plan des politiques gouvernementales. Or, les politiques gouvernementales ont des couleurs socio-politico-économico-culturelles qu’on le veuille ou non. Il y aura prise de position dans un sens ou dans un autre. Voilà pour le combat DANS le régime.

    Le combat SUR le régime implique un mouvement NATIONAL qui fait autre chose qu’un combat dans l’ordre social. Tous les gains du MINORITAIRE dans un régime fédéral le laisseront toujours avec des pouvoirs de MINEURS. Si les Québécois-Français se disent collectivement capables de prendre le chemin de l’indépendance, il faudrait créer le MOUVEMENT de pensée qui entraînera l’adhésion d’une MAJORITÉ. Il faudra, qu’on le veuille ou non, une élite capable de formaliser cette pensée, de la transmettre et de la véhiculer non dans la dispersion ou la cacophonie mais dans l’ordre et l’organisation de l’action de cette transmission culturelle. En ce moment, c’est le jeu du yoyo. Une action forte, un temps mort, un nouveau soubresaut, une période de déprime, un temps mort…


  • De l’affirmation à l’indépendance : un continuum
    9 octobre 2007, par André Savard
    La lecture du texte de Raymond Poulin s’impose et il est tout aussi pertinent de suivre le débat fort révélateur entre Raymond Poulin et Bruno Deshaies. Bruno Deshaies traite de l’indépendantisme comme s’il s’agissait de nécessités intelligibles. Sachant que le Québec est annexé, le Québécois bon élève y verrait le signe de connexions essentielles de son esprit. Il suivrait la règle d’engagement intellectuel qui a incité Séguin a établir les Normes qui guide l’engagement intellectuel indépendantiste. or en société la perception n’est pas organisée, induite à partir de constances expérimentales. C’est un peu comme si Bruno Deshaies voulait convertir l’indépendantisme en science de l’explication.
  • De l’affirmation à l’indépendance : un continuum
    9 octobre 2007, par Raymond Poulin

    Monsieur Deshaies,

    En relisant vos commentaires, j’éprouve l’impression que vous me faites parfois dire ce que je n’ai jamais écrit. Par exemple, je ne crois pas à l’affirmationnisme et n’ai jamais prétendu qu’il soit la voie royale vers l’indépendance, mais qu’il constitue chez bien des gens une étape les menant à réaliser la nécessité de l’indépendance. Ce n’est pas forcément la même chose.

    Je pense aussi qu’un mouvement de pensée susceptible d’entraîner l’adhésion par suite de l’action "pédagogique" d’une élite est nécessaire, mais que cette voie seule est insuffisante. L’adhésion collective à une action d’envergure s’accomplit très rarement à partir de la seule raison raisonnante, il me semble.

    Raymond Poulin


  • De l’affirmation à l’indépendance : un continuum
    9 octobre 2007

    • De l’affirmation à l’indépendance : un continuum

    " Bruno Deshaies traite de l’indépendantisme comme s’il s’agissait de nécessités intelligibles." (André Savard)

    Annexion et science historique

    Mardi, 9 octobre 2007 Bruno Deshaies

    Le fait de l’annexion des Québécois-Français constitue un événement de longue durée. Il n’est pas le fruit du hasard. Il est le résultat d’une conquête, d’une occupation, d’une domination et d’une immigration britannique qui s’est étalée sur une bonne quinzaine de décennies. Un esprit moindrement conscient de cet état de fait n’a pas besoin de faire des contorsions intellectuelles pour découvrir que son état d’annexion le limite et diminue sa capacité d’agir par lui-même collectivement. Cependant, il peut refuser de faire cette lecture de l’histoire et s’imaginer que l’union fédérative répond mieux à ses convictions et à ses perceptions de l’histoire canadienne. En revanche, il peut aussi être possible de penser que l’indépendance du Québec, ce n’est pas du chinois et qu’il est aussi légitime d’opter pour l’indépendance du Québec s’il rejette la solution de continuité dans l’assimilation. En cela, il peut sûrement être aidé grandement par la connaissance de Maurice Séguin.

    Au passage, j’aimerais signaler que l’histoire comme science ou comme connaissance historique fait appelle à un ensemble de disciplines tout comme aux présuppositions de l’historien que ce dernier devrait étroitement surveiller. Sans compter que le sujet de la connaissance est aussi un « moi », un « Je » (pense) que…

    Quant à votre « Québécois bon élève », il se peut qu’il découvre autre chose qu’ « en société la perception n’est pas organisée, induite à partir de constances [sic ]expérimentales ». Si la perception n’est pas organisée, on peut se demander comment il se fait qu’un ou des individus ont les mêmes perceptions quant au fédéralisme canadien et que d’autres voient la situation différemment ? Maintenant, s’il fallait entrer dans des problèmes de psychanalyse, on pourrait découvrir de nombreux phénomènes de « perceptions organisées » (par ex. : le comportement d’un pédophile, d’une mère surprotectrice, etc.).

    Finalement, je laisse à d’autres internautes le soin de juger de l’à-propos de mon commentaire du 9 octobre.


  • De l’affirmation à l’indépendance : un continuum
    10 octobre 2007

    • De l’affirmation à l’indépendance : un continuum

    Mercredi, 10 octobre 2007 Bruno Deshaies

    Monsieur Poulin,

    Ne serait-il pas plus simple de dire ce que c’est que l’indépendance ?

    Les individus évaluent les situations d’après un ensemble de valeurs et de connaissances que nous pourrions appeler des « normes ». C’est le cas des « affirmationnistes ». Ils sont en quelque sorte des indépendantistes « latents ». Il leur faut un coup de pouce !

    « L’action « pédagogique » d’une élite indépendantiste est nécessaire », dites-vous, cela me semble plus évident que jamais. Les Québécois réclament confusément depuis longtemps d’être instruits de « ce que c’est que l’indépendance ». Le travail ne se fait pas. Comme me disait un ami, c’est encore « la chicane dans la cabane » chez les souverainistes-indépendantistes.

    L’adhésion collective à l’optique indépendantiste sera toujours impossible si nous ne parvenons nous-mêmes à dire ce qui devrait être dit au sujet de la nature de l’indépendance du Québec et de sa nécessité compte tenu du danger irréversible de l’assimilation. Ici, la raison raisonnante n’a pas grand-chose à faire. Laissons pérorer ceux et celles qui aiment pérorer plutôt que d’agir. Coûte que coûte, il faudra aux hommes d’action une élite capable de faire passer le message de l’indépendance.


  • De l’affirmation à l’indépendance : un continuum
    10 octobre 2007, par André Savard
    La perception peut certes être organisée dans une collectivité ou chez un individu mais il faut la stabilité de structures pour cela. Le texte de Raymond Poulin situe la politique dans l’espace social.Ne serait-ce pas aussi emballant que pédagogique de voir un gouvernement québécois dire qu’il n’est plus satisfait de cette structuration en tant que province ? Le point soulevé par Raymond Poulin vise à nous doter d’un cadre politique, institutionnaliser la nation, pas seulement se doter de surveillants en exégèse. Monsieur Deshaies veut contrer le fédéralisme en donnant à l’indépendantisme la logique d’un code et en faisant fonctionner le tout sous les auspices d’une chaire. Penser l’action politique comme l’adhésion préalable à un corpus formalisé et régenté par une Chaire de l’indépendance, c’est voir la société comme un milieu fermé et académique.
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