De l’Avent et d’autres souhaits laïques

vendredi 23 décembre 2011

En cette semaine de l’Avent, nous apprenons que l’État québécois fournira, sur demande, des hidjabs aux gardiennes de prison. Cette mesure est soutenue par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, qui affirme que la liberté de religion garantie par les chartes l’impose.

Dans une entrevue accordée à La Presse canadienne, la ministre Christine St-Pierre approuve cette décision : « Ça va dans le sens de la laïcité ouverte. Les gens ne doivent pas faire de prosélytisme, mais on permet le port de signes religieux. On n’empêchera pas personne, par exemple, de porter une croix. De la même façon, on n’empêchera pas quelqu’un qui porte un autre signe religieux d’afficher ses croyances. »

Le lendemain, la ministre annonce l’ajout de 2,5 millions au montant annuel de 13 millions destiné à la restauration des lieux de culte au Québec. Elle affirme qu’« il est crucial de développer une vision » en parlant de la préservation du patrimoine religieux du Québec. Le professeur Gérald Grandmont se voit ainsi confier le délicat mandat de définir ce qui doit être compris dans le patrimoine religieux.

Une politique claire ?

Ces décisions ne devraient-elles pas être prises dans le cadre d’une politique claire de laïcité de l’État ? Jusqu’où l’État devrait-il aller quand il s’agit d’entretenir et de restaurer des biens dont la vocation est d’abord religieuse, et ensuite, peut-être, patrimoniale, architecturale ? Lorsqu’il s’agit de fournir à des représentantes de l’État en autorité un symbole hautement controversé, dont le sens signifie pour beaucoup de personnes au Québec et ailleurs dans le monde l’infériorisation de la femme ? La population tire-t-elle un bénéfice du manque de clarté qui prévaut actuellement quant au rôle de l’État vis-à-vis du religieux ?

Croire que la « laïcité ouverte », ouverte aux incohérences, au sexisme et au déni de l’affirmation identitaire du peuple québécois, est la seule forme d’organisation de l’État respectueuse des chartes relève de la démagogie. Tout est possible aux hommes (et aux femmes...) de bonne volonté. Les États-Unis n’ont-ils pas élu un président noir ?

Entité de juristes

Le gouvernement actuel a-t-il abdiqué la tâche d’édicter les règles qui gouvernent notre société ? Parfois, il me semble que nos élus sont bien aises de se reposer sur les avis de la Commission des droits. Si cette entité de juristes avait existé lors de l’adoption de la Charte de la langue française, où en serait notre langue commune aujourd’hui ?

Pour plusieurs, le jour de Noël marque la naissance du Christ, le Sauveur du monde. Peu importe nos croyances, souhaitons-nous que ce Sauveur s’incarne au coeur de chaque citoyenne, de chaque citoyen du Québec. Ensemble, nous pouvons choisir de vivre dans une société respectueuse des consciences de chacune et de chacun.

***

Caroline Beauchamp, juriste et auteure du livre Pour un Québec laïque


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