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De grâce, passons à autre chose !
Bernard Amyot
Le Devoir
mercredi 29 novembre 2006      2 messages


La récente frénésie autour de la « nation » québécoise a de quoi laisser perplexes ceux qui tiennent à la clarté du débat démocratique. En effet, un tel concept comporte une myriade de sens contradictoires et de pièges dont trop peu de gens semblent se soucier. L’unanimisme de façade auquel nous assistons masque et nourrit des ambiguïtés qui confondent les genres au mépris des faits. De plus, cette pensée unique est imposée dans la précipitation, sans réel débat et en toute confusion.

La volte-face de Gilles Duceppe sur la motion Harper et la réaction à chaud de Bernard Landry (La Presse, 27 novembre), qui se réjouit notamment de l’initiative de Michael Ignatieff, en disent long sur les motivations réelles et le cynisme des leaders indépendantistes. MM. Landry, Parizeau, Duceppe et Boisclair ne peuvent contenir leur ravissement de voir MM. Harper et Ignatieff foncer ainsi tête baissée dans leur cage à homards. Ceci dévoile aussi leur désir de détourner l’attention sur la désuétude de leur projet ethnique en recourant à une sémantique trompeuse (la nation dite « civique »), qui vise à sortir le Québec du Canada sans qu’ils n’aient à en démontrer la nécessité objective.

Pourtant, le constat de M. Landry, à l’effet que le Québec constitue désormais un État moderne et puissant qui fait l’envie de bien des États-nations souverains à travers le monde, démontre que l’indépendance serait complètement inutile. À moins de pervertir la réalité, les leaders indépendantistes ne peuvent pas parler de « libération » d’un quelconque « joug oppressif ». Sauf dans les fantasmes et la rhétorique de certains, il n’y a pas de peuple opprimé au Canada, bien au contraire.

De plus, le siècle dernier a clairement démontré les dangers du nationalisme ethnique. Le caractère ethnique du projet indépendantiste constitue encore sa pierre angulaire (mais aussi sa pierre d’achoppement), quoi qu’en disent ses leaders. Le Québec « nation civique » n’est que le paravent d’une démarche purement identitaire. Autrement, aurions-nous affaire à cette question s’il n’y avait pas au Québec une majorité de citoyens d’expression française de souche ? Aussi, rappelons-nous le discours de M. Parizeau au soir du dernier référendum, et le culte de la « différence » constamment prôné par MM. Duceppe, Landry, Boisclair et consorts. Combien d’anglophones, d’allophones et d’autochtones se sentent inclus dans la « nation » québécoise, qui exclut également les francophones hors Québec ? Qui, à part André Boisclair, oserait affirmer aujourd’hui que les Acadiens ne forment pas une nation ?

Le Canada est déjà une nation civique rassemblant des peuples de plusieurs origines dans un projet commun d’égalité et de tolérance. Si le Québec est multiethnique, comme le reconnaissent les leaders indépendantistes, alors leur Québec « nation civique » ne serait qu’une réplique, modèle réduit, du Canada d’aujourd’hui. Pourquoi alors détruire un pays pour aussitôt en reproduire une copie conforme mais à plus petite échelle ? Et encore, à quel prix et après combien de turbulences inutiles, de divisions et de ressentiment ? Qu’y gagnerions-nous, en bout de piste ?

Force est de constater que le Canada n’a pas empêché l’épanouissement du Québec, comme l’admet aujourd’hui M. Landry lui-même. Bien au contraire, les Pères de la Confédération avaient déjà reconnu le fait que le Québec représente le foyer principal de la nation canadienne-française et que ses pouvoirs en matière de droits civils, de santé et d’éducation devaient relever exclusivement de la souveraineté provinciale. Le Canada moderne a fait de notre pays l’une des fédérations les plus décentralisées au monde.

Alors, faut-il vraiment s’arrêter aux textes constitutionnels pour assurer l’épanouissement culturel, politique et économique des Québécois ? La réalité indique que rien n’est plus faux que de prétendre que le statu quo constitutionnel entraînerait la paralysie et l’immobilisme de notre société. En effet, les Québécois francophones n’ont pas attendu les changements constitutionnels pour grandir, pas plus qu’ils n’ont besoin de symboles identitaires pour prendre toute la place qui est la leur au Canada. Ils ont la force des gens sûrs d’eux-mêmes qui ne craignent pas la différence d’autrui, ni la concurrence, et qui se donnent les moyens de bâtir leur prospérité globale dans ce vrai pays qu’est pour eux le Canada. Les vieux discours défaitistes et victimisateurs, issus de l’ultranationalisme ethnique qui nous fut imposé par des idéologues du siècle dernier, constituent toujours le refrain principal du discours indépendantiste.

Les Québécois en ont assez de ce nombrilisme et ils veulent consacrer leur énergie à améliorer notre environnement et nos systèmes de santé et d’éducation, et à faire face aux problèmes reliés au déclin démographique, qui nous concerne comme partout ailleurs en Occident. Bien des choses restent certes à améliorer dans notre pays, car la perfection ne sera jamais de ce monde, et encore moins dans une quelconque « Terre promise » indépendantiste. L’heure n’est plus aux querelles stériles et à l’obsession référendaire. Les Québécois sont désormais prêts à passer à autre chose, d’une façon plus mature et plus constructive.

***

Bernard Amyot, Avocat



Vos commentaires:
  • De grâce, passons à autre chose !
    29 novembre 2006
    À tïtre d avocat ce monsieur Amyot devrait savoir qu il revient au Québec et son Gouvernement de répondre à la question fondamentale que soulève cette motion,qui est de savoir qui est Québécois. Seul le Gouvernement du Québec peut le faire par la rédaction du Constitution du Québec avec une codification des paramètres de sa citoyenneté. Cette Constitution pourra contenir La Charte des Droit du Québec qui y serait enchassé. Ainsi que les droits de la minorité anglophonne et ceux des Premières Nations.C est quoi le problëme. Le problëme c est que l argumentaire fédéraliste décrivant les Québécois sous les traits du nationalisme ethnique, haineux et intolérant, ne tiendraient plus la route. Et c est l essentiel de leur argumentaire, si préjudiciable au intérëts supérieurs du Québec, qui tomberait devant la réalité d une Constitution moderne et généreuse qui préciserait clairement le cadre politique et juridique de la Nation Québécoise. Une Constitution du Québec (mëme dans le cadre de la Constitution Canadienne) c est une étape marquante vers l objectif de l indépendence.
  • Poudre aux yeux et passon vite à autre chose
    30 novembre 2006, par Daniel Sénéchal

    Montréal, le 30 novembre 2006

    En réponse à un article de Bernard Amyot : De grâce, passons à autre chose !

    Titre : De la pourdre aux yeux et passons vite à autre chose

    Tout d’abord, il faudrait remarquer que Me Amyot n’est pas un avocat ordinaire. Il travaille aux bureaux montréalais de cette mégafirme Heenan Blaikie, qui est associée au PLC. Feu PET a déjà travaillé pour eux. Jean Chrétien "oeuvre" actuellement dans leurs bureaux d’Ottawa.

    Me Chrétien conteste actuellement le jugement de la commission Gomery, sûrement avec l’assistance de ce même cabinet. Ça coute cher de l’heure ce genre de ressource là. Et ce sont les contribuables, même les québecois, qui auront à payer pour ça.

    Pour revenir à Me Amyot, il a été le gouverneur du conseil pour l’unité canadian à partir de 2002, aux beaux temps des coffres libéraux bien gonflés aux frais des contribuables.

    Cette subordination à ces employeurs explique son idéologie et sa perception du nationalisme québécois, qu’il résume ainsi : "leur projet ethnique." Du trudeauisme pur. Ça fait écho à ce qu’un pseudo historien torontois, Michael Bliss, écrivait dans le National Post récemment.

    Il reprend à peu près les mêmes arguments que Bliss quand il nous met en garde sur les dangers du nationalisme ethnique. Il qualifie de paravent, qui prête à la confusion, le concept de nation civile et conclut, avec un de ces sophismes propres aux fédéralistes de son extraction, que c’est une démarche purement identitaire.

    Il se dit perplexe devant la myriade de sens contradictoires et de pièges dont trop peu de gens semblent se soucier en rapport avec ce simple concept de nation. Fascinant, venant de la part d’un avocat si impartial. Il dénoce un certain unanimisme de façade et il déplore qu’il n’y ait jamais eu de réel débat sur ça. Il s’est peut-être tenu trop longtemps avec Stéphane Dion, parce que le débat essentiel là-dessus, celui qui se fait entre québécoises et québécois, il se fait depuis fort longtemps et, maintenant, proche de 50% des québécois n’acceptent plus ce statut de province.

    Je ne voudrais pas rendre Me Amyot davantage perplexe, mais, regardons ensemble la définition du mot province, qui vient du latin provincia : pour les vaincus. S’il se sent confortable avec ce statut, soit, mais, ça ne lui confère pas le droit de dire n’importe quelle ânerie au sujet des nationalistes québécois.

    Je me demande dans quelle province il habite quand Il nous explique que les indépendantistes n’ont pas démontré la nécessité objective de leur démarche.

    Attendez, laissez-moi penser un peu : la déportation de nos frères et de nos soeurs de l’Acadie, la sanglante conquête de 1760, les rébellions de 1837-1839, l’incendie de la chambre de l’assemblée du Bas-Canada en 1849 orchestrée par les loyalistes auteurs et lecteurs de la Gazette, la pendaison de Louis Riel et la mort d’une grande partie du Canada-Français en dehors du Québec après 1885, les crises et impositions de conscription de la guerre des Boers, de la 1re et de la 2e guerre mondiale, la loi des mesures de guerre de 1970, la nuit des longs couteaux, le coup de force constitutionnel de 1982, Meech, Charlottetown, entente de Calgary, le sacrifice d’une plus grande proportion de québécois francophones que ceux du reste du Canada pour la guerre en Afghanistan, etc.

    Quoi ? Il ne faut pas évoquer ça. Ça fait trop ethnique ?

    Un peu plus loin dans son texte, il nous livre la fourberie suivante que Serge Joyal a répété ad nauseam : les pères de la confédération avaient déjà reconnu le fait que le Québec représente le foyer principal de la nation canadienne-française et que ses pouvoirs en matière de droits civils, de santé et d’éducation devaient relever exclusivement de la souveraineté provinciale. Le Canada moderne a fait de notre pays l’une des fédérations les plus décentralisées au monde.

    La réalité historique, Me Amyot, c’est que les gouvernements libéraux, avant même l’époque de votre mythique Trudeau, cherchaient à centraliser davantage le pouvoir à Ottawa et à empiéter dans des juridictions provinciales telles que : municipalités, éducation, santé, etc. Le gouvernement militariste de Harper ne semble pas disposé à inverser cet état de fait.

    Pour conclure, j’ose espérer que vous avez fait ça bénévolement. Parce que, si Heenan Blaikie vous a payé pour écrire ça, ils n’en ont pas eu pour leur argent...

    Daniel Sénéchal Montréal


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