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« On camoufle en pacte historique entre deux nations une gammique confédérative qui n’est en fait qu’une mise en minorité définitive d’un peuple par un autre. » Pierre Falardeau
             
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De Saint-Léonard à Hérouxville
La question linguistique québécoise est de retour
Christian Rioux
www.inroadsjournal.ca/
mercredi 13 février 2008      1052 visites


« Entre mes quatre murs de glace
Je mets mon temps et mon espace
À préparer le feu la place
Pour les humains de l’horizon
Et les humains sont de ma race. »

Mon pays, Gilles Vigneault

***

Qui se souvient de Saint-Léonard ? Cette ancienne municipalité devenue depuis un simple arrondissement de la ville de Montréal a laissé son nom à l’un des plus tristes événements de l’histoire récente du Québec.

Saint-Léonard fut en effet le théâtre des seuls véritables affrontements interethniques que le Québec moderne issu de la Révolution tranquille ait connu. Au moment où la petite municipalité de Hérouxville a décidé de manifester avec humour son insatisfaction à l’égard de l’immigration musulmane (en se donnant un code de vie interdisant notamment la lapidation des femmes) et où de nombreux témoignages aux audiences publiques de la Commission Bouchard-Taylor manifestent des frictions grandissantes entre Québécois dits de souche et certaines communautés immigrantes, il importe de se rappeler cet épisode dramatique de l’histoire du Québec.

La question se pose en effet de savoir si le Québec n’est pas en quelque sorte de retour à la case départ. La conjoncture actuelle ressemble étrangement à cette époque où le nationalisme québécois aurait facilement pu donner naissance à un mouvement de droite, ou même d’extrême droite, identifiant l’immigration comme une de ses principales cibles. On sait que tel ne fut pas le cas et que, malgré des frictions réelles, le nationalisme québécois prit rapidement la forme d’un mouvement libéral de centre gauche soucieux d’accueillir les nouveaux venus mieux que dans la majorité des pays du monde. Mais ce genre de choix n’est jamais définitif et si les propos entendus à la Commission Bouchard-Taylor démontrent une chose, c’est que la question de l’attitude à adopter à l’égard de l’immigration est de nouveau posée au mouvement nationaliste québécois.

Mais pour comprendre combien ce débat est actuel, il faut d’abord remonter dans l’histoire.

Des émeutes ethniques

Le 3 septembre 1969, une émeute éclate à Saint-Léonard. Elle oppose des Italo-Québécois qui revendiquent une éducation en anglais pour leurs enfants à des membres du mouvement pour l’intégration scolaire (MIS), un groupe de parents francophones et de militants nationalistes qui réclament l’intégration des enfants d’immigrants au système d’éducation francophone. À cette époque, en effet, les immigrants qui s’installaient au Québec avaient le choix de la langue d’enseignement de leurs enfants. Avec pour résultats qu’ils choisissaient l’anglais dans leur immense majorité.

On a peine à imaginer que ce conflit prendra alors une tournure véritablement violente. À la suite d’une décision de la commission scolaire d’imposer des cours de français aux enfants d’immigrants allophones, les membres de la communauté italienne de Saint-Léonard refusent d’envoyer leurs enfants à l’école. Une première bagarre éclate lors d’une réunion du MIS à la Commission scolaire Jérôme-Le Royer. Elle fait quatre blessés, dont le président du mouvement, Raymond Lemieux. Une semaine plus tard, une nouvelle altercation se déroule dans les rues de Saint-Léonard. Elle fera elle aussi plusieurs blessés. Le MIS (qui deviendra la Ligue pour l’intégration scolaire) s’est fait interdire le droit de manifester à Saint-Léonard. Mais son leader, Raymond Lemieux, invite ses membres à braver l’interdiction. Ils seront 1 000 à se présenter sur le terrain du centre commercial Le Boulevard. La nouvelle échauffourée fait 18 blessés et d’importants dégâts matériels. La Loi de l’émeute est proclamée et plus de 500 policiers casqués, dont 300 de la Sûreté du Québec, interviennent pour séparer les belligérants à coups de matraques et de gaz lacrymogènes.

Peu de temps après, l’Assemblée nationale parfaitement inconsciente des inquiétudes ressenties par la population francophone met littéralement le feu aux poudres en adoptant la Loi 63, reconnaissant aux parents le libre choix de la langue d’enseignement de leurs enfants. L’événement provoquera des manifestations parmi les plus imposantes que le Québec ait connues.

Après bien des péripéties, ces événements mèneront à l’adoption de lois plus conformes à la volonté populaire et restaurant une certaine paix linguistique, comme la loi 22 faisant du français la langue officielle du Québec, et la loi 101, obligeant les immigrants à intégrer l’école française.

À l’image du débat actuel sur le kirpan à l’école ou le port du voile pour aller voter, cette crise trouve sa source dans un « accommodement » à l’égard d’une population immigrante jugé déraisonnable par la majorité francophone. La commission scolaire locale estime alors nécessaire de mettre fin à l’expérience des classes bilingues et de les remplacer par des classes de français. L’importante minorité italienne, plus encline à envoyer ses enfants dans des écoles bilingues, dénonce cette décision.

Comme aujourd’hui, les élites libérales et nationalistes — c’est en effet l’Union nationale de Jean-Jacques Bertrand qui propose la loi 63 — n’ont rien vu venir. Elles poussent même l’inconscience jusqu’à prendre parti, contre la majorité francophone (elle-même minoritaire au Canada), pour la minorité immigrante. La loi 63 aurait en effet consacré la minorisation progressive des francophones dans leur propre province, puisque chacun sait que les populations immigrantes choisissent tout naturellement pour leurs enfants la langue majoritaire du Canada et de l’Amérique du nord.

On accuse souvent les Québécois de se méfier de l’immigration et de céder ainsi à un « complexe de minoritaires ». Ils ont pourtant des raisons d’être prudents. Ne sont-ils pas les rejetons des anciens Canadiens, puis des Canadiens français, déjà massivement minorisés en Amérique par l’immigration massive qu’a connu le Canada avant comme après la Confédération de 1867. Après avoir été les premiers à explorer l’Amérique du nord des Appalaches aux Rocheuses, les descendants des premiers colons français voient ce processus d’assimilation se poursuivre de plus belle au sein même de ce qu’ils considéraient comme leur dernier rempart, la province de Québec. Ce processus semble même encouragé par une partie de leur élite nationaliste.

Le retour sur cette période de notre histoire permet de comprendre comment la situation explosive du Québec d’alors contenait tous les ingrédients nécessaires au développement d’un mouvement nationaliste de droite et même d’extrême droite en réaction à l’immigration. Le Québec possédait même toutes les caractéristiques pour y voir apparaître des mouvements ouvertement xénophobes comme le Vlams Belang en Flandres et le Front national en France.

On devrait même aujourd’hui s’étonner que le Québec d’alors n’ait pas connu de véritables mouvements xénophobes. Le mérite en revient à René Lévesque et au mouvement indépendantiste démocratique aussi représenté par des organisations comme le RIN qui, au lieu de s’en prendre aux populations immigrantes, les invitera au contraire à participer au mouvement national québécois en plein essor, à apprendre le français et à intégrer une société véritablement pluraliste. Le poète Gérald Godin devenu ministre de l’Immigration du gouvernement de René Lévesque symbolisera plus que tout autre cette ouverture à l’égard des populations immigrantes.

Au lieu d’assister à la naissance d’un mouvement nationaliste de droite aux relents xénophobes, comme en connaissent la Flandre, les Pays-Bas, la France, le Piedmont et tant d’autres pays, le Québec verra fleurir un mouvement souverainiste atypique de centre gauche largement inclusif et ouvert à l’immigration. C’est même le Parti québécois qui fera élire le premier député noir de l’histoire du Québec. On ne connaît pas beaucoup de mouvements nationalistes dans le monde dont le porte-voix culturel a chanté, comme l’a fait Gilles Vigneault : « Entre mes quatre murs de glace/Je mets mon temps et mon espace/À préparer le feu la place/Pour les humains de l’horizon/Et les humains sont de ma race. »

40 ans plus tard

Comment en sommes-nous arrivé aujourd’hui à une situation où une partie non négligeable du Québec francophone semble à nouveau se méfier de l’immigration et y voir une menace pour sa survie ?

Pour saisir ce qui se passe aujourd’hui, il faut comprendre le pacte qu’ont proposé dans les années 70 les souverainistes aux Québécois et aux populations immigrantes. Il s’agissait de redonner à la majorité francophone l’assurance de sa survie et de son épanouissement dans une société où elle accèderait enfin au statut de peuple majoritaire. En contrepartie, cette population avait toutes les raisons de se montrer magnanime et ouverte à l’immigration.

À terme, cette garantie s’inscrivait dans un mouvement qui promettait de reconquérir linguistiquement la ville de Montréal et d’institutionnaliser véritablement les droits de la minorité francophone en en faisant une majorité dans un Québec en marche vers son indépendance, ou du moins vers une très grande autonomie politique. D’ailleurs, les dirigeants du Parti québécois ont tellement intégré cette donnée qu’ils ont sans cesse montré l’exemple en agissant comme s’ils étaient déjà le gouvernement d’un pays indépendant. Ainsi, les élites souverainistes se sont-elles mises à être les principaux promoteurs au Québec d’un multi-ethnisme à la québécoise, rebaptisé « interculturalisme » selon les mots mêmes de la Commission Bouchard-Taylor ? Le concept ne faisait que reprendre le discours multiethnique canadien en l’adaptant un peu et en rappelant notamment l’importance de la langue française.

Or, non seulement les promesses du mouvement souverainiste n’ont-elles pas été tenues, mais les Québécois découvrent aujourd’hui que ce qu’ils considéraient comme des protections inébranlables sont beaucoup plus fragiles que prévu. On ne s’étonnera donc pas que le pacte noué dans les années 70 ne tienne plus.

L’échec de la loi 101

D’abord, le mouvement souverainiste a perdu deux référendums en 1980 et 1995. Pour de très nombreux nationalistes, l’ouverture à l’immigration avait un sens en autant que le Québec progresse, peut-être lentement mais sûrement, vers l’indépendance. Or, cette lente progression a été brutalement interrompue en 1995. Les promesses d’un troisième référendum n’ont encore convaincu personne. Les souverainistes eux-mêmes sont donc aujourd’hui tentés par d’autres solutions, comme l’autonomisme de droite que proposent Mario Dumont et l’ADQ.

Ensuite, les Québécois découvrent que les barrières qu’ils avaient érigées contre l’assimilation ne remplissent leur rôle qu’à moitié. Tout particulièrement à Montréal. Trente ans après l’adoption de la loi 101, on sait que cette loi est parvenue à donner un visage francophone au Québec. On sait qu’elle a permis de retarder le rouleau compresseur canadien, mais pas de l’arrêter. En effet, toutes les enquêtes montrent que, malgré la loi, moins de 50% des nouveaux arrivants s’intègrent à terme dans la majorité francophone. Cela signifie que, 40 ans après Saint-Léonard, plus de la moitié des immigrants qui arrivent au Québec choisissent au bout d’un certain nombre d’années de rejoindre la minorité anglophone du Québec. Les souverainistes qui ont érigé la loi 101 en véritable symbole identitaire hésitent toujours à reconnaître ce qu’il faudra bien un jour appeler l’échec de la loi 101, du moins en ce qui concerne l’intégration de plus de la moitié des immigrants québécois et la reconquête linguistique de Montréal.

Un lecteur du Devoir racontait récemment comment se déroulaient les festivités qu’organisent chaque année les habitants de la Petite Italie, le quartier italien traditionnel de Montréal. Plutôt que de se dérouler en français, ou même en italien, la langue dominante de ces festivités est aujourd’hui encore l’anglais. Et cela en plein cœur de la seconde métropole francophone du monde.

Certes, les nouveaux arrivants sortent généralement de l’école bilingue. Mais, le français demeure pour la majorité d’entre eux une langue seconde qu’ils utilisent dans l’espace public chaque fois qu’ils sont obligés de le faire, mais dont ils hésitent encore à faire leur langue d’usage à la maison, autrement dit leur langue maternelle. Faut-il rappeler que, lorsque les Québécois ont bravé les préjugés du monde anglophone et la charte des droits canadienne pour faire adopter la loi 101, ce n’était pas pour parvenir intégrer 45% des immigrants, mais leur juste part, c’est-à-dire près de 90%. Ce n’était pas non plus pour fabriquer une nouvelle population organiquement bilingue capable de lui répondre poliment dans sa langue. On dira qu’une partie de ces immigrants qui choisissent l’anglais choisissent aussi souvent d’aller vivre dans une province anglophone. Ce faisant, ils contribuent néanmoins à la minorisation des Québécois dans l’ensemble canadien où ceux-ci ne représentent déjà plus que 23% de la population.

Récemment — autre signe d’insécurité identitaire —, c’est à l’unanimité que l’assemblée nationale du Québec s’est opposée à la réduction de la proportion de députés québécois siégeant à Ottawa. Une déclin dont le Canada se soucie comme d’une guigne tant il semble inscrit dans l’histoire du pays.

Le pacte symbolisé par la loi 101 impliquait que, d’un côté, les Québécois francophones s’ouvrent largement aux nouveaux arrivants, mais que, de l’autre, ceux-ci s’intègrent au bout d’une ou deux générations, en faisant du français leur langue d’usage principale. Or, ce pacte n’a jamais été tenu. Et la population francophone s’en rend dramatiquement compte aujourd’hui. Les populations qui entourent l’île de Montréal, celles du célèbre 4-5-0, découvrent souvent avec stupeur que sous l’effet de la mondialisation et malgré la loi 101, leur métropole est de plus en plus bilingue. Le processus en cours n’est pas celui ancien d’une anglicisation des francophones, mais plutôt celui d’une bilinguisation rampante, pour ne pas dire d’une « acadianisation », les Montréalais pratiquant de plus en plus une sorte de bilinguisme organique à la manière des Catalans. D’ailleurs une partie du mouvement nationaliste québécois n’a-t-elle pas déjà proposé une forme de « catalanisation » de la vie politique québécoise.

Comme en 1969, les élites politiques nationalistes, soucieuses de ne pas passer pour « ethniciste », ne semblent avoir rien vu venir. Comme l’Union nationale de l’époque, avec sa loi 63, elles ont même contribué à accentuer le sentiment d’insécurité et de perte des repères linguistiques et culturels.

On se souviendra du tollé soulevé l’an dernier par la première version du nouveau programme d’histoire du secondaire qui passait sous silence des moments aussi marquants que la bataille des Plaines d’Abraham et les insurrections des patriotes de 1837 et 1838. Certes, le programme a été révisé, mais il en est resté un goût amer dans la population qui craint dorénavant que les élites cosmopolites de Montréal ne passent par pertes et profits des pans entiers de son identité québécoise et de son histoire nationale.

Le nouveau programme d’éthique et de culture religieuse est de la même eau. Depuis la Révolution tranquille, les Québécois comptent parmi les peuples du monde qui fréquentent le moins les églises. Ils n’en continuent pas moins à se dire majoritairement catholiques lorsqu’on leur pose la question. Ils pratiquent une religion « soft » qui tient plus de l’identité personnelle que de la manifestation publique. Par contre, au primaire, 80% continuent à inscrire leurs enfants au cours de catéchèse plutôt qu’à l’enseignement moral pourtant offert dans toutes les écoles publiques. À l’heure des révolutions pédagogiques à répétition, ils optent souvent pour ce cours parce qu’ils souhaitent simplement donner à leurs enfants un enseignement conforme à celui qu’ils ont eux-mêmes reçu 30 ans plus tôt.

Mais voilà qu’un certain nombre de fonctionnaires se sont mis en tête, à la suite d’un jugement de la Cour suprême, d’éliminer totalement la catéchèse à l’école et de la remplacer par un programme laïc de type britannique présentant sur un pied de relative égalité toutes les croyances, de l’indouisme à l’animisme. Un pas que même un pays aussi laïc que la France n’a jamais franchi puisque, les mercredis après-midi y restent libres afin de permettre aux parents d’offrir à leurs enfants l’éducation religieuse de leur choix. « L’aménagement de la religion de la majorité (chrétienne) à l’école est donc en train de passer à la trappe. (…) Qu’on ne se surprenne pas que cela cause des remous », écrivait fort justement notre ancien collègue Jean-François Lisée, directeur du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM).

Ajoutons à ce portrait des causes de l’insécurité linguistique et culturelle le récent jugement de la Cour d’appel du Québec qui vient d’invalider la Loi 104. Cette loi visait à colmater une brèche de la loi 101 utilisée par certains parents afin d’envoyer leurs enfants à l’école anglaise. Avant l’adoption de la loi 104, en 2002, il suffisait en effet qu’un enfant fréquente pendant un an une école anglaise privée non-subventionnée pour devenir aussitôt admissible au réseau d’écoles anglaises publiques. Si ce jugement devait être confirmée, il consacrerait le droit de contourner la loi 101 pour tous les parents qui ont les moyens de payer à leurs enfants une année à l’école privée non-subventionnée.

Rappelons-nous aussi que tout ce débat se déroule dans le contexte d’une augmentation massive de l’immigration. Depuis 2002, le nombre de nouveaux arrivants au Québec a augmenté de 40%, une progression fulgurante qui ferait débat dans l’importe quel pays. Et plusieurs proposent de hausser à nouveau ces quotas. On le constate, les symptômes ne manquent pas pour aviver le sentiment d’insécurité linguistique et culturelle des Québécois.

Symptômes qui s’inscrivent enfin dans le ressac que crée à travers le monde la progression de la mondialisation qui suscite de vives réactions jusque dans des pays comme la Grande-Bretagne et la France, dont l’identité n’est pourtant ni fragile ni menacée.

À la croisée des chemins

Près de 40 ans après les événements de Saint-Léonard, le Québec est à nouveau à la croisée des chemins et ses élites semblent faire preuve de la même inconscience. Soit, les forces politiques trouvent le moyen de renouer un pacte avec la majorité francophone. Un pacte garantissant à cette majorité qu’elle pourra un jour agir comme une véritable majorité dans un Québec pluraliste et ouvert à une immigration qui s’intègre à elle, soit nous assisterons à un repli identitaire facilement explicable et fort compréhensible. Le mouvement nationaliste québécois suivra alors la voie des mouvements semblables en Flandres ou au Piedmont. Privés de toute perspective d’être un jour « maîtres chez eux », conscients de leur minorisation progressive au Québec comme dans l’ensemble canadien, les Québécois se barricaderont autant que possible. Cela pourra ouvrir la voie à des mouvements xénophobes, ou plus simplement à une opposition massive et radicale à l’immigration comme elle existe jusque dans les partis de gauche en France et en Allemagne.

Le Québec aura alors raté une occasion unique de démontrer à la face du monde que son nationalisme pouvait être ouvert à la diversité et accueillant entre tous. Il n’est cependant pas complètement exclu que, dans le cadre constitutionnel actuel, les nationalistes puissent trouver des éléments de programme permettant de redonner confiance à la population dans sa capacité d’intégrer un jour 80% de la population immigrante. Certains suggéraient récemment d’examiner la possibilité d’imposer, comme en Grande-Bretagne et en France, que 100% des futurs immigrants connaissent le français. De nombreux militants nationalistes réclament aussi depuis longtemps que l’obligation faite aux enfants d’immigrants de fréquenter l’école française s’étende au niveau collégial (Cégeps). Il serait probablement temps d’examiner sérieusement ces propositions qui ne manqueront pas cependant d’aviver le conflit entre Québec et Ottawa.

Au lieu de lever le nez sur ce que certains nomment avec mépris « l’arrière-goût » de plusieurs témoignages entendus à la commission Bouchard-Taylor, au lieu de ridiculiser les Québécois des régions qui ne communient pas au cosmopolitisme branché de l’élite montréalaise, la gauche québécoise ferait mieux de trouver les moyens concrets de renouer un pacte aujourd’hui bien mal-en-point.

***

Christian Rioux est le correspondant du Devoir à Paris. Il est membre associé de la Chaire Raoul Dandurand en études internationales, La version anglaise de ce texte a été publiée dans le dernier numéro de la revue Inroads (no 22, hiver-printemps 2008).

crioux@ledevoir.com




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