« Je ne veux pas me survivre juste pour moi-même. Je sais trop que si le génie existe, il n’a rien à voir avec l’individu, mais tout à voir avec la société qui le porte et qu’il porte. » Victor-Lévy Beaulieu

Dans Borduas, les citoyens appuient la décision de Pierre Curzi

la loi 101 appliquée aux cégeps sera-t-elle dans la plateforme électorale ?

Tribune libre de Vigile
jeudi 23 juin 2011
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Le 21 juin 2011 à Otterburn Park, Pierre Curzi a repris contact avec ses électeurs du comté de Borduas, l’ancien comté de Jean-Pierre Charbonneau du club des Ex. Devant plus de 400 personnes venus l’entendre, il a atteint son objectif : montrer que les gens qui l’ont élu approuvent sa démission du caucus du Parti québécois. L’ovation debout qu’il a reçue et les nombreux applaudissements pendant son discours l’indiquent. De même, la plupart de la vingtaine de questions de l’assemblée commençaient par des félicitations pour son courage et du contentement pour le fait qu’il avait retrouvé sa liberté de parole. Donc mission accomplie. Alors les remarques vicieuses sur sa légitimité faites par Nicolas Marceau et Pauline Marois sont purement théoriques.

Pierre Curzi n’avait donc pas pour but de prendre position sur autre chose comme la proportionnelle ou l’assemblée constituante. Il reste ouvert à l’avenir. C’est beau l’ouverture et la liberté de parole, mais il faut un jour prendre des positions claires. Tenez par exemple : que pense Pierre Curzi de l’articulation entre élection décisive référendaire et référendum ? Aussant a pris position pour l’élection décisive référendaire.

Résumons son message.

1- Il ne participera pas à la fondation d’un nouveau parti.

2- Il terminera son mandat comme député de Borduas : c’est l’Assemblée nationale et non le Parti québécois qui paie pour ses collaborateurs comme député qui continueront à exercer leurs fonctions comme avant sa démission du caucus.

3- Il se présentera aux prochaines élections comme indépendantiste indépendant.

4- Pour renouveler la démocratie malade au Québec, augmenter la participation aux élections et renouer les liens entre les élus et la population, il s’intéresse au mouvement Démocratie et citoyenneté du Québec qui fait la promotion de la proportionnelle et d’une constituante pour arriver à proposer un projet de constitution.

5- Il veut participer à la création d’une coalition de souverainistes. "On ne peut pas s’en aller en élections avec quatre partis ; c’est la défaite assurée" a dit Gilles Duceppe en entrevue avec Anne-Marie Dussault, le 22 juin 2011.

Quant aux raisons de sa démission, sa critique du fonctionnement du Parti québécois, sa critique de la ligne de parti, il ne nous a rien appris de nouveau. Tout est dans sa déclaration en conférence de presse à l’Assemblée nationale et ses réponses dont la transcription se trouve sur le site de l’Assemblée nationale du 6 juin 2011. (voir ; conférences de presse ; 7 juin ; transcription)

A la période des questions, sur la proportionnelle, un sage est venu rappeler le cas d’Israël où un petit parti d’extrémistes de droite tient Netanyahu en otage et empêche tout règlement de la question palestinienne. Quant à Démocratie et Citoyenneté du Québec, Pierre Curzi a cité Me Claude Béland et André Larocque, celui-ci étant devenu, semble-t-il, une espèce de référence pour lui.

A propos d’André Larocque, il est bon de savoir qu’il s’est vanté d’avoir proposé comme statuts du Parti québécois en 1968, les statuts du Parti communiste yougoslave sans que les militants dont j’étais soient au courant. Jolie manipulation. Il est allé aussi travailler à l’Action démocratique du Québec après avoir été sous-ministre à la réforme parlementaire alors que le PQ était au pouvoir. Je crois qu’il a écrit un livre blanc sur la proportionnelle. Suivez son parcours et vous verrez que pour lui, le Québec est un grand laboratoire qui lui permet d’essayer d’appliquer ses théories politiques. La proportionnelle, il y en a plusieurs variétés mais ça peut donner plus de pouvoirs aux anglophones et plus de pouvoirs aux minorités (comme en Israël). Ce n’est pas une panacée.

Parlant de proportionnelle et de constituante, cela a donné l’occasion à deux militantes en mission de Québec solidaire d’inviter Pierre Curzi à se joindre à leur parti dans des interventions préparées d’avance. Ça vous donne une idée du travail à faire pour réussir une coalition des forces souverainistes.

Pierre Curzi continuera de travailler pour la langue française. La question qui se pose : est-ce que la loi 101 appliquée aux cégeps sera dans la plateforme électorale du Parti québécois et est-ce que ce sujet a joué un rôle dans sa décision de démissionner ?

Dans le communiqué officiel du Parti québécois lors de la présentation du "nouveau programme", il n’en est pas question ni dans le texte envoyé par Pauline Marois au Devoir qui résume le programme. Dans deux longues entrevues données par Pauline Marois au Journal de Montréal, il n’en est pas question.

A la fin de la réunion spéciale des députés tenue à Ste-Catherine-de-la Jacques-Cartier, Pauline Marois a dit que les 46 députés du Parti québécois se sont engagés à lui rester fidèle et à rester fidèle au programme du Parti. Cet engagement s’appliquant aussi à la chef et la loi 101 devant être appliquée aux cégeps faisant partie intégrante du programme, cela équivaut à un engagement solennel que cet article important pour la langue française sera dans la plate-forme électorale.

On compte sur Pierre Curzi pour continuer ce combat pour la langue française menacée dans la grande région de Montréal.

Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 23 juin 2011

Commentaires

  • jacques noel, 24 juin 2011 08h21

    Le PQ a été élu à 4 reprises

    1976 : 41% des voix, 71 députés sur 110
    1981 : 49% (merci à Claude Ryan), 80 comtés sur 122
    1994 : 44,75% contre 44,40% pour les Libéraux ; 77 comtés sur 125
    1998 : 42,87% contre 43,55% pour les Libéraux ; 76 comtés sur 125.

    Le système britannique a très bien servi le PQ. C’est juste qu’une fois au pouvoir le PQ a oublié de parler de souveraineté. Il en a parlé 6 mois en 79-80 et 9 mois en 1995. Le reste ? 15 ans de niaisage, de gouvernement provincial.

    Le PQ-à-marde...

  • Michel Gendron, 23 juin 2011 19h30

    Monsieur Noël,

    Je ne la comprends pas celle-là :

    2) La proportionelle : méchante aberration lorsqu’on est souverainiste. Quel parti souverainiste peut prendre le pouvoir avec 50% des voix ?

    Un parti peut très bien prendre le pouvoir avec 35% des voix, mais il sera minoritaire. Un coalition bien préparée et intelligente pourrait faire mieux, mais pourrait se retrouver tout autant minoritaire. Difficile d’organiser un référendum en étant minoritaire ? Oui.

    Le PQ de 1980 et 1995 était majoritaire, mais avait obtenu bien moins que 50% des voix. Et les deux référendums ont été perdus (ok, 1995 est spécial, mais il y a eu coalition, ne l’oublions pas).

    La solution avec le proportionnelle ? L’élection référendaire, idéalement sous forme de coalition. Si la coalition ou le parti gagne l’élection, mais est minoritaire, alors il faut tenter d’appliquer le plan B : le programme commun de la coalition ou le programme de gouvernance souverainiste, axé sur la construction de la nation, procéder aux alliances nécessaires pour y parvenir et mettre dans le coup la société civile et les citoyens.

    Pour moi, la proportionnelle oblige les souverainistes à se connecter avec le monde réel pour s’assurer d’une base citoyenne solide. Au moins on quitterait pour toujours le système britannique actuel qui a pu nous servir jusqu’à récemment, mais qui nous atomiserait aujourd’hui, si l’on se fie au sondage de ce matin.

    Oui, la proportionnelle nous forcerait à faire de la politique autrement, tout en nous permettant de demeurer influents. Pour ma part, j’y vois plus davantages que d’aspects négatifs. Et c’est éminemment plus démocratique.

  • Marcel Haché, 23 juin 2011 12h24

    René Lévesque ne fut jamais ni un transfuge ni un démissionnaire. Avant de fonder une association qui allait devenir un très grand parti, il avait proposé de l’intérieur du P.L.Q. Sa proposition refusée au P.L.Q., il n’était pas resté pour grenouiller. Son parcours avait de la conviction et de la transparence, et l’électorat lui gardait de la sympathie.

    Le point de départ de la démission des plus vieux parmi les démissionnaires est le dossier d’un amphithéâtre (mais d’une sale affaire) par ailleurs désiré par l’électorat.

    Si Pierre Curzi croit qu’il se gagnera de la sympathie auprès de l’électorat, qu’il se donne seulement 4 mois pour voir…pour voir et tester son sens politique. Il verra qu’il est possible mais difficile en politique de faire un virage à 90 degré, mais que d’en faire un à 180 degré est une toute autre paire de manches.

    Pierre Curzi est un homme de conviction. Bien d’autres que lui en ont des convictions. Je suis surpris et déçu de l’homme politique.

  • robert barberis-gervais, 23 juin 2011 11h58

    Mon cher Jacques,

    ce que j’en pense, c’est que je ne suis sans doute pas aussi réaliste que toi. Ton réalisme est redoutable.

    Va voir mon commentaire à l’article "À propos de la désintégration du Parti québécois..." de Daniel LÉVESQUE 23 juin 2011.

    Nous n’avons pas les médias qu’il faut pour répliquer à leurs tentatives de manipulation.

    Malgré tous tes articles sur l’immigration, on continue à écrire les mêmes conneries et les mêmes faussetés.

    Regarde ce que fait Denis Lessard avec la possibilité que Cousineau s’en aille avec Legault même après son engagement formel de rester avec le Parti québécois de Madame Marois.
    Lessard a parlé à Cousineau avant la réunion du caucus. Le caucus a eu lieu. Cousineau s’est engagé. Or Lessard n’en tient pas compte. On est en guerre mais ils ont des bazookas et on a des tire-pois.

    Bonne St-Jean quand même. Tant qu’il y a de la vie et notre engagement à dire la vérité, il y a de l’espoir.

    Prends-en une froide à ma santé.

    Robert Barberis-Gervais, 23 juin 2011

  • Ivan Parent, 23 juin 2011 11h49

    Le texte de M. Barberis-Gervais est très clair et bien structuré. Il a parlé de Pierre Curzi comme d’un homme doté d’une probité à toute éprenve, d’un homme qui peut continuer son combat pour la défense de la langue française. À ma connaissance, il n’a pas parlé de lui comme d’un chef d’état. Bien sûr, M. Michel Laurence, en bon petit québécois, va trouver le moyen de mettre d’inutiles bémols à un parcours somme toute courageux et honnête. Tant que régnera cette petite mentalité de dénigrement au Québec, nous n’arriverons à rien.

    Ivan Parent

  • Michel Laurence, 23 juin 2011 10h45

    M Curzi n’a aucune substance et certainement pas la stature et les qualités d’un chef d’état. http://t.co/5kwdlNJ

  • jacques noel, 23 juin 2011 10h41

    1) Curzi : méchant ego ! Beaucoup de charisme le monsieur mais à peu près zéro de sens politique
    2) La proportionelle : méchante aberration lorsqu’on est souverainiste. Quel parti souverainiste peut prendre le pouvoir avec 50% des voix ?
    3) Si Pauline ne comprend pas qu’elle ne peut pas devenir la première première ministre avec 15% des voix, va falloir rentrer dans son bureau et lui expliquer

    PS : C’est la Fête nationale la plus triste de ma vie. J’ai l’impression que là, c’est fini. Que là, le PQ à marde a finalement tué la cause pour toujours. Qu’est-ce que tu en penses mon vieux Barberis ?

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