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Dallaire a raison
André Pratte
Éditorial - La Presse
jeudi 12 avril 2007


Dans une entrevue accordée mardi à La Presse canadienne, le général à la retraite Roméo Dallaire a dit aux Québécois ce que peu de gens ont le courage de nous dire dans le blanc des yeux. Au sujet du scepticisme à l’égard de l’action militaire canadienne en Afghanistan, le sénateur Dallaire a lancé : « Si nous ne faisons pas montre d’une certaine abnégation pour faire avancer ce à quoi l’on croit, nous ne sommes qu’une gang d’hypocrites. »

L’homme qui a « serré la main du diable » au Rwanda ne se fera pas d’amis. D’ailleurs les réactions n’ont pas tardé, notamment celle de l’écrivain François Avard, que nous publions ci-contre.

N’empêche : le général a raison. Les Québécois sont parmi les premiers à exiger que la communauté internationale intervienne pour faire cesser les massacres commis dans divers pays du monde : c’était le cas pour l’ex-Yougoslavie, pour le Rwanda. C’est le cas aujourd’hui pour le Darfour. Malheureusement, notre vision du monde reste bien naïve. Nous imaginons qu’il suffirait que quelques Casques bleus se pointent à quelque endroit, agitant un drapeau blanc, pour que cessent les hostilités. C’est pourtant la grande leçon qu’a retenue l’ONU des ratés de ses missions. Comme l’a souligné un groupe d’étude formé par le secrétaire général, « si l’on veut que des opérations complexes de maintien de la paix atteignent leur objectif, les meilleures intentions du monde ne sauraient remplacer l’élément essentiel à leur succès : la crédibilité que donne la capacité d’agir. »

Il y a malheureusement de nombreuses situations où la force est la seule option. L’Afghanistan en est une. Les kamikazes d’Al-Qaeda et les talibans ne viendront pas s’asseoir à la table pour négocier ; si on les y invite, ils la feront sauter.

Cette mission est difficile ? Bien sûr. Le tribut en vies humaines est lourd. Cinquante-quatre morts en cinq ans, c’est 54 tragédies de trop. Mais osons le dire : à la cruelle échelle des guerres, c’est peu de choses. Pendant la bataille de Vimy qu’on commémorait la fin de semaine dernière, les troupes canadiennes ont perdu 3600 hommes. En quatre jours.

Cette mission pourrait ne pas réussir ? L’échec est possible, en effet. Ayons au moins la certitude d’avoir fait tout ce qui était possible pour permettre au gouvernement élu de l’Afghanistan d’assurer l’ordre et le développement dans le pays.

Il ne faut évidemment pas, au nom de l’appui à nos soldats, s’empêcher de remettre en question certains aspects des opérations militaires et humanitaires menées en Afghanistan. Il est clair aussi que le gouvernement Harper a lamentablement échoué dans ses efforts pour convaincre les Canadiens, en particulier les Québécois, du bien-fondé de la mission afghane.

Cela ne change rien au fond des choses. Si les seules missions de paix auxquelles nous sommes prêts à consentir sont celles qui n’entraînent pas de combats et sont couronnées de succès au bout d’un mois, nous nous condamnons à l’impuissance devant les pires abus. Ici aussi, le général Dallaire a raison : « Quand on est un pays qui a atteint un certain niveau de développement, on n’a pas le droit de se replier sur soi. Autrement, qu’on reste chez nous, qu’on se ferme la gueule et qu’on arrête de dire que nous sommes fins. »

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