DSK - Le risque de dénoncer

mardi 17 mai 2011

La présomption d’innocence est un principe essentiel en justice, à condition qu’elle serve précisément à laisser la justice agir, déposer les preuves, entendre les témoins. Lorsqu’elle est brandie en lui accolant des mots comme « invraisemblable », « coup monté », « complot », on est déjà au-delà de la description des faits. Quand, de surcroît, face à une accusation d’agression sexuelle, on évoque le tempérament « libertin », « séducteur », « chaud lapin » de l’accusé, c’est comme si le jugement était déjà passé. Et que la victime traversait dès lors dans le camp des menteuses ou des saintes nitouches.

Tous ces mots ont cours depuis l’arrestation, samedi, du populaire, et présidentiable, grand patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn. Ils ramènent au long périple judiciaire que les femmes victimes d’agression sexuelle ou de harcèlement sexuel au travail ont dû traverser avant que leur soit reconnue une crédibilité. On leur a si longtemps rétorqué qu’elles avaient inventé, exagéré, provoqué ou un compte à régler avec celui qu’elles accusaient qu’il fallait tout un courage, ou une preuve en béton, pour qu’elles se rendent à un procès. C’est une victoire encore récente du féminisme que dans quelques endroits, dont l’Amérique du Nord, on prenne maintenant leurs plaintes au sérieux.

Mais cet acquis reste fragile, comme le font voir bien des commentaires suscités par l’affaire DSK. La victime présumée est ignorée ou réduite au rôle de pion d’une machination politique — thèse pas impossible, mais certainement extraordinaire. Par contre, il faudrait écarter de l’analyse la personnalité du suspect, « séducteur insistant », comme le veut un euphémisme commode, à qui rumeurs et faits prêtent des frasques sexuelles en tout genre, parfois avec consentement des dames, parfois sans.

Que l’on en appelle à la prudence, soit. Mais encore faut-il que cela s’applique aux deux camps. Ici, à moins de pratiquer l’aveuglement volontaire, il est clair que les apparences et la description des événements sont pour le moment contre M. Strauss-Kahn. L’acte d’accusation, faisant état de gestes graves, et la possibilité réelle que l’homme puisse quitter les États-Unis justifient la rigueur judiciaire exercée à son endroit.

Cela ne présume en rien de la suite des choses. Les fausses accusations existent. On en a vu un exemple la semaine dernière au Québec alors qu’un homme, au passé criminel, a été acquitté d’une accusation d’avoir agressé une femme après l’avoir, disait celle-ci, emprisonnée dans une pellicule plastique. L’histoire avait frappé l’imagination quand elle avait été médiatisée, mais les faits mis en preuve au procès ont permis de démolir la version de la présumée victime.

En revanche, être clouées au pilori est encore un risque auquel s’exposent bien des femmes agressées, surtout si l’homme visé est riche, puissant et entouré. Sexisme et classes sociales forment souvent un couple infernal dans ces histoires. L’anonyme femme de ménage du Sofitel, résidente du Bronx, doit maintenant vivre cachée parce que tout à coup son parcours est mêlé à celui de DSK et qu’on lui prête de sombres desseins. C’est injuste pour elle. Et cela le sera tant que la justice n’aura pas tranché autrement.

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jboileau@ledevoir.ca


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DSK à New York

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