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Rapport Bouchard-Taylor
D’étonnantes maladresses
Le seul rapport de force qu’y puisse subsister suite à cette commission réside dans la parole qu’elle aura libérée.
Bernard Thompson
Tribune libre de Vigile
mercredi 28 mai 2008      155 visites      1 message


Les auteurs du rapport Bouchard-Taylor ont retenu le principe de la conciliation comme promesse d’avenir pour le Québec. Quelque neuf cents mémoires déposés, des centaines de dialogues engagés mais un seul constat : le Québec doit faire preuve de plus d’ouverture aux autres. Comment ? En engageant la majorité québécoise d’ascendance canadienne-française sur la voie unique de l’accommodement, ce, dans toutes les sphères d’activités régissant la société québécoise. Ainsi, nous interdirons tout vocabulaire indigne de la rectitude politique. Les minorités ne sont plus ‘visibles’, les québécois ne sont plus ‘de souche’ (il est vrai que M Bouchard a depuis longtemps jeté ses souches aux feux de la Saint-Jean), même que les ‘accommodements’ deviennent des ‘ajustements’. Parlons-nous ici de rapport de force ? Dérapage ? Pour l’instant, optons donc pour le dérapage, très certainement.

Dans l’énoncé de ses grands principes, ce rapport niche à l’enseigne du pluralisme et de l’interculturalisme à la québécoise mais emprunte tous ses aboutissants à l’idéologie du multiculturalisme canadien. Si le vœu des commissaires était de louer sans réserve les principes vertueux de l’accommodement, il aura été exaucé ! Les deux comparses n’auront toutefois aucunement provoqué cette conciliation tant recherchée, car ce rapport dégage surtout d’énormes failles nées d’une mauvaise analyse et porte le témoignage d’un certain aveuglement de leur part, comme si enfermés dans leur tour d’ivoire, ils n’avaient su comprendre la dure réalité des accommodements raisonnables.

Plus nous prenons connaissance des lignes directrices sous-jacentes aux grands principes énoncés dans les trente-sept recommandations du rapport, plus la thèse des commissaires justifie pleinement que nous la rejetions. Si ce rapport constituait une thèse universitaire de maîtrise, on peut se demander si les élèves Bouchard et Taylor auraient obtenu leur diplôme.

Examinons ici d’étonnantes maladresses.

L’incohérence la plus significative est la définition de ce ‘laïcisme ouvert’ tel que prôné par Messieurs Bouchard et Taylor. L’espace public y est si mal défini, multiculturalisme oblige, qu’on peut supposer que le but recherché est d’éloigner le législateur de toute demande d’accommodement religieux, laissant aux parties civiles le soin de remédier à tout différend.

À titre d’exemple, les signes religieux y sont favorisés à l’intérieur des écoles, des universités et de la fonction publique mais interdits au sein des forces policières et parmi les hauts dirigeants de l’État. Qu’adviendrait-il d’un sikh élu député à qui on interdirait ainsi de porter le turban ou encore d’un député juif de porter la kippa ? Mais encore ! Au nom de l’équité, les commissaires nous disent : ’Cachez ce crucifix que nous ne saurions voir’. Quelle belle logique de réciprocité, n’est-ce-pas ?

De tels énoncés contradictoires pullulent lorsqu’ils abordent la question de l’égalité hommes-femmes. Tout en exposant les principes vertueux de l’égalité, nos philosophes en herbe excluent totalement l’égalité des sexes de leur discours. Ils recommanderont qu’un patient ou une patiente puisse exiger un médecin de son sexe lors d’une hospitalisation de longue durée. Qui plus est, à l’intérieur de cette recommandation particulière, on suggère aussi d’offrir un service d’interprètes. Ne prônaient-ils pas que le français soit favorisé dans la société québécoise ? La traduction se dirigera-t-elle vers le français ? L’anglais ? Et si l’interprète devait également épouser les principes religieux du patient ! Pourrions-nous donc imaginer pire scénario ?

Et si nous exprimions en coûts tous ces accommodements religieux à consentir ? Messieurs Bouchard et Taylor ne recommandent-ils pas d’autres études au sujet de nos entreprises et associations corporatives ? Ne suggèrent-ils pas que juges et avocats dirigent encore une fois notre destinée pour plusieurs décennies à venir ?

Les commissaires en auront déçu plus d’un. Ils feignent de reconnaître que plus de 80% de la population, immigrants inclus, rejette les accommodements religieux. Les québécois et québécoises souhaitent avant tout vivre harmonieusement dans un pays où langue et culture communes ont un sens et où l’espace public est entièrement libre de toute contrainte religieuse.

Faudra-t-il réinventer l’histoire pour faire réagir nos élus ? Le seul rapport de force qu’y puisse subsister suite à cette commission réside dans la parole qu’elle aura libérée. Cette parole est d’ailleurs bien reprise par les concitoyens et concitoyennes des autres provinces canadiennes. Qu’ils soient du Québec ou d’ailleurs, que nos politiciens et politiciennes se le disent : maintenant, c’est à eux et elles de parcourir le chemin que les québécois et québécoises leur ont tracé durant cette saga des accommodements raisonnables.

Bernard Thompson
Hérouxville

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Vos commentaires:
  • D’étonnantes maladresses
    28 mai 2008, par Ivan Parent

    Bonjour Bernard,

    On peut élaborer longtemps sur les vicissitudes du rapport BT. On peut philosopher un siècle là-dessus et il restera toujours quelque chose à dire. Ce rapport est à l’image de celui qui l’a commandé. Que peut-on attendre d’une demande de Jean Charest pour éviter de prendre quelque décision que ce soit à ce sujet. Son courage est légendaire, n’est-ce pas ?

    Ce rapport ne pouvait être autre chose qu’un cafouillage propre à mêler tout le monde sous apparence de sagesse. Que dire aussi de la fuite qui ne peut-être fortuite. Toute cette commission a un relent de basse manipulation politique, du Charest pur porc...et ça nous a coùté plus de 5.000.000$.

    Pitoyable !!! Révoltant !!!



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