Quand Michaëlle Jean, une Haïtienne de Montréal, a accepté de jouer le rôle de gouverneure générale du Canada, elle a troqué un métier qu’elle ne faisait pas mal d’intervioueuse à Radio-Canada pour le métier de comédienne pour lequel elle n’a vraiment pas de talent. Elle a accepté de jouer un rôle politique que manifestement elle ne comprend pas, un rôle politique dont tous les tenants et aboutissants lui échappent. Je n’ose pas croire, de sa part à elle, à l’adoption complète du machiavélisme pervers qui a inspiré les petits politiciens libéraux qui l’ont nommée gouverneure générale du Canada.
Elle s’est placée dans la situation fausse de représentante de la Reine d’Angleterre, qui a encore son importance au Canada à cause de la nostalgie qu’éprouvent les Canadians loyalistes pour l’empire britannique. Une femme qui me semble, par ailleurs charmante et pleine de bonne volonté, a accepté de se noyer dans un océan d’inauthenticité qu’elle essaie en vain de conjurer en citant deux poètes dont toute la vie a été caractérisée par l’authenticité, Pauline Julien et Gaston Miron, et dont l’engagement politique en faveur de l’indépendance du Québec est au coeur de l’oeuvre et de l’action citoyenne.
Pour transcender la mélasse politique dans laquelle nous plongent son rôle et ses interventions, je m’adresse à la femme qui a toujours soif d’authenticité et dans un geste absurde mais affectueux, je lui dédie ce poème de Gaston Miron tiré de L’Homme rapaillé dans la section “J’avance en poésie”. J’espère que Gaston Miron, d’outre-tombe, approuverait ma démarche fraternelle qui croit au pouvoir de la poésie et qui va au-delà du politique pour rejoindre Michaëlle Jean dans son humanité.
On dira que c’est une entreprise pathétique, inutile et dégradante de récupération ou une tentative irrationnelle de transcender le politique qui ne changera rien et je me le dis aussi mais de temps en temps, ne peut-on pas s’inspirer de Blaise Pascal qui a écrit que le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas.
La corneille Gaston Miron
Corneille, ma noire
corneille qui me saoules
opaque et envoûtante
venue pour posséder ta saison et ta descendance
Déjà l’été goûte un soleil de mûres
déjà tu conjoins en ton vol la terre et l’espace
au plus bas de l’air de même qu’en sa hauteur
et dans le profond des champs et des clôtures
s’éveille dans ton appel l’intimité prochaine
du grand corps brûlant de juillet
Corneille, ma noire
parmi l’avril friselis
Avec l’alcool des chaleurs nouvelles
La peau s’écarquille et tu me rends
bric-à-brac sur mon aire sauvage et fou braque
dans tous les coins et recoins de moi-même
j’ai mille animaux et plantes dans la tête
mon sang dans l’air remue comme une haleine
Corneille, ma noire
jusqu’en ma moelle
Tu me fais prendre la femme que j’aime
du même trébuchant et même
tragique croassement rauque et souverain
dans l’immémoriale et la réciproque
secousse des corps
Corneille, ma noire
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 4 juillet 2008
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
