C’est Gérald Larose qui est content. Le Coprésident du Conseil de la souveraineté du Québec, même s’il dit n’avoir aucune visée sur le trône péquiste, a tout de même agi et parlé comme un chef indépendantiste, depuis quelques semaines.
Force est d’admettre qu’il a été entendu en haut lieu, au Parti québécois. L’intelligentsia de la formation souverainiste a décidé en effet de mettre de l’avant quelques idées dont l’homme fait la promotion, dans les pages des journaux et sur les tribunes des médias.
Plus précisément, les deux chantiers qu’identifie Gérald Larose pourraient être mis en œuvre, si le PQ prend le pouvoir. Une éventuelle administration péquiste compte en effet se comporter comme un gouvernement national et non provincial. Elle s’affairera ainsi à concocter un projet de Constitution du Québec et créera aussi une citoyenneté propre à la majorité de langue française qui l’habite.
Ces projets structurants, Larose les voit débattus dans le cadre d’une élection, « afin de mettre le peuple québécois dans le coup. » La conversation nationale, il la situe donc dans ce processus démocratique qui donnerait alors légitimement, à un gouvernement du Parti québécois, le mandat explicite de mettre concrètement le Québec en marche vers sa souveraineté.
Le Coprésident du Conseil de la souveraineté va cependant plus loin que le Parti québécois. Il veut recourir à la clause nonobstant afin que la Charte québécoise des droits de la personne ait préséance sur celle du Canada, pour qu’également soient établies d’autres institutions nationales qui ignoreraient la Constitution canadienne. Ces derniers gestes n’auront cependant qu’un effet temporaire. La clause dérogatoire autorise en effet à une loi provinciale de faire fi de la Constitution canadienne que durant cinq ans. Gérald Larose parle alors de mesures « intérimaires » qu’une nouvelle élection confirmerait pour de bon. Alors serait rédigée la « Constitution du Québec indépendant. » Aucune précision n’est cependant apportée quant à l’obtention d’une majorité quelconque pour l’entériner. Voilà qui risque de régaler les opposants au projet souverainiste.
À deux reprises, le Coprésident du Conseil de la souveraineté aborde la question référendaire comme si cette mécanique n’était pas la seule à pouvoir sortir le Canada du Québec. À ses yeux, sa patrie deviendra un pays « par référendum, ou autrement. » Il aurait été intéressant que Gérald Larose précise davantage sa pensée à ce sujet. Cette lacune sera assurément exploitée par l’adversaire fédéraliste. Déjà, André Pratte, éditorialiste en chef du journal La Presse, utilise son quotidien fédéraliste — comme d’habitude — pour convaincre les Québécois d’exiger que le PQ les avise, à l’aube d’un scrutin, s’il prévoit organiser un référendum, une fois à la tête de l’État. Ce discours sera assurément martelé, dans l’espoir de neutraliser la « nouvelle démarche » péquiste.
Visiblement, l’étapisme référendaire demeure encore l’obstacle principal qui empêche les souverainistes de sortir de l’attentisme. Cela ne changera pas tant qu’il n’aura pas été décrété clairement que d’autres modes d’accession à l’indépendance que le référendum peuvent être employés. Gérald Larose aurait eu intérêt à le déclarer limpidement car manifestement, la « conversation nationale » à laquelle les Québécois sont conviés par la chef du PQ, Pauline Marois, semble vouloir se tenir durant un mandat péquiste, pas pendant une élection. L’action structurante risque ainsi de s’embourber dans d’interminables discussions, discussions qui irritent les Québécois parce que l’histoire démontre que pendant ce temps, rien ne bouge.
Inutile de dire que la gouvernance nationale espérée pourrait en prendre pour son rhume. Illégitimes pourraient apparaître les chantiers que le Parti québécois veut entreprendre, si le travail des médias fédéralistes endoctrine efficacement la population. Ils confronteront probablement le PQ au texte que Gérald Larose a fait paraître dans Le Devoir du samedi 1er mars dernier.
Certes, certaines propositions, précisément celles qui nécessitent le recours à la clause nonobstant, sont susceptibles d’effaroucher une tranche de la société civile. Peut-être vaut-il mieux concentrer le travail uniquement sur la rédaction d’une constitution et l’établissement d’une citoyenneté québécoise. Voilà qui forcera d’ailleurs Mario Dumont à participer aux travaux, lui qui, à ce sujet, accuse justement le Parti québécois de s’être servi dans le « buffet adéquiste. » Le chef de l’Action démocratique ne pourra bouder, au risque d’éclabousser son propre programme politique. Une invitation officielle lancée à son endroit, tout en lui rappelant qu’il cautionne ces idées, calmera également la tempête que les fédéralistes cherchent à déclencher.
Reste à savoir si Pauline Marois estime que la voie élective, comme Gérald Larose, représente un instrument démocratique légitime pour octroyer à son parti le mandat d’une gouvernance « radicalement branchée sur les choix d’avenir pour le Québec. » Peut-être découvrira-t-elle que cet instrument démocratique possède d’autres vertus que le Coprésident du Conseil de la souveraineté du Québec a presque publiquement dévoilées. Voilà un sujet de conversation emballant, qui n’empêche aucunement l’implantation d’une gouvernance nationale en même temps.
Patrice Boileau

