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Que le Québec soit libre c’est, en effet, ce dont il s’agit. Cela aboutira forcément, à mon avis, à l’avènement du Québec au rang d’un État souverain, maître de son existence nationale, comme le sont par le monde tant et tant d’autres peuples, tant et tant d’autres États, qui ne sont pas pourtant si valables, ni même si peuplés, que ne le serait celui-là. - Charles de Gaulle
             
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Compteur à zéro
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir
jeudi 6 avril 2006


ÉDITORIAL - La vente d’une partie du mont Orford à des promoteurs privés proches du Parti libéral continue de soulever la controverse jusqu’au sein du caucus libéral. Personne n’est dupe du ralliement du député Thomas Mulcair à la position du premier ministre. Dans ce dossier comme dans tant d’autres, M. Charest semble naviguer sans boussole... d’un récif à l’autre.

Hier à l’Assemblée nationale, le ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, Claude Béchard, a répété que la vente des terrains où se trouvent la station de ski et le golf du mont Orford est un excellent projet qui a déjà fait l’objet d’une étude du BAPE. Ce que M. Béchard s’abstient de préciser, c’est que le rapport remis par le BAPE il y a seulement un mois ne portait pas sur la privatisation d’une partie de la montagne mais sur un simple échange de terrains. Malgré cela, la commission concluait « que, sous divers aspects, l’échange de terrains et la construction d’unités d’hébergement porteraient atteinte à l’intégrité écologique du parc national du Mont-Orford ».

Peut-on être plus clair ? Comment prétendre défendre l’environnement et les parcs tout en refusant de tenir une nouvelle consultation publique sur la vente pure et simple d’un territoire quatre fois plus grand que celui qu’on parlait d’échanger un mois auparavant ?

Si le gouvernement ne veut pas retourner devant le BAPE, c’est qu’il sait très bien que l’idée de vendre le domaine skiable pour y construire un complexe de quelque 1000 unités d’hébergement recevrait le même accueil glacial. Non pas par caprice mais par nécessité. Par exemple, la commission s’inquiète des conséquences du pompage d’une plus grande quantité d’eau pour la production de la neige et pour l’usage domestique du futur village touristique ; elle s’interroge également au sujet de l’avenir des cours d’eau, notamment le ruisseau Castle, dont la protection exige une bande de protection beaucoup plus large que celle qui peut être assurée au centre d’un village...

Autre sujet de préoccupation, la commission constate qu’on ne dit rien de l’illumination du village et des pistes, actuellement fermées en soirée. Il ne faut pourtant pas être devin pour prévoir que les habitants d’un village de ski et leur promoteur exigeront rapidement de pouvoir éclairer les pentes le soir. Or voilà une bien mauvaise idée, tant pour la faune du parc national que pour les activités de l’observatoire d’astronomie du mont Mégantic, situé dans la ligne visuelle du domaine skiable. Une autre victoire à prévoir des pseudo-impératifs financiers sur le bon sens.

Justement, à propos d’argent, les défenseurs de la privatisation du mont Orford soutiennent depuis le début que c’est pour assurer la survie du domaine skiable qu’il faut construire un village au pied des pentes. L’argument n’est pas frivole, mais il est court. En effet, la logique veut qu’une fois les 1000 condos vendus, il faudra songer à construire d’autres logements pour générer des profits. N’est-ce pas l’histoire de Saint-Sauveur et de Mont-Tremblant ? Et qui peut affirmer sans rire que ce modèle touristique et immobilier d’une grande banalité sur le plan architectural sera toujours au goût du jour dans 30 ans ?

Dans ce dossier, le premier ministre Jean Charest se défend avec l’énergie du désespoir d’agir dans l’intérêt des amis du Parti libéral de l’Estrie. Compte tenu de la précipitation avec laquelle il a pris sa décision et de son refus de revoir le projet dans une perspective de développement vraiment durable, M. Charest doit reconnaître qu’il est lui-même à l’origine des sentiments de méfiance et de désapprobation qui se sont répandus au sein de la population, y compris parmi ses propres partisans. La chose qu’il lui reste à faire dans les circonstances, c’est de remettre le compteur à zéro, une fois de plus.

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