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Avec le vaudeville en cours à Ottawa, y a-t-il encore quelqu’un qui se soucie de la campagne électorale au Québec ? Moi oui.
Jean Charest invitait l’autre jour les Québécois à faire un « choix de compétence ». Je sais, vous allez me dire que, forcément, vu mon passé, je ne suis pas objectif.
Alors très bien, faisons un test. Vite, nommez-moi une seule réforme d’envergure menée à terme par le gouvernement Charest depuis 2003.
J’attends encore…
Je ne dis évidemment pas que tout est uniformément négatif, mais avouez qu’il faut un fichu effort pour trouver quelque chose d’un peu substantiel.
Vous me direz que gérer avec compétence, ce n’est pas nécessairement remuer ciel et terre, mais faire correctement les choses de base. Alors voyons voir.
De 1994 à 2003, pendant les neuf années au pouvoir du PQ, il s’était créé au Québec 534 000 emplois. Depuis cinq ans, il s’en est créé 251 000. Rien pour donner des leçons de compétence à quiconque.
En 2003, l’investissement privé non résidentiel au Québec représentait 15,8% du total canadien. La proportion, cette année, est de 13,3%.
En termes de richesse par habitant, le Québec, depuis quarante ans, rattrape tranquillement l’Ontario, mais si on inclut les États-Unis dans la comparaison, nous ne devançons que le Mississipi et la Virginie Occidentale, même en tenant compte du coût de la vie.
La supposée absence de déficit ne trompe que les naïfs. Le gonflement systématique de la dette signifie tout simplement que nous continuons à dépenser plus que nos revenus.
Que Jean Charest ne veuille pas d’ingérence politique dans les affaires de la Caisse de dépôt se défend. Qu’il nous dise ne pas savoir à combien s’élèvent ses pertes est nettement plus préoccupant.
En 2003, les libéraux disaient vouloir qu’à l’élection suivante, on les juge sur leur bilan en santé. Heureusement pour eux, nous n’avons aucune mémoire. Eux, par contre, en ont. Alors ils ont bien pris soin de ne pas refaire la même promesse. Le taux de décrochage scolaire, lui, reste tragique.
La compétence, c’est aussi la capacité d’assumer avec hauteur et dignité les responsabilités particulières qui viennent avec le fait de diriger les destinées du seul État francophone d’Amérique.
Rappelez-vous les cinq demandes « minimales » du Québec contenues dans l’Accord du lac Meech : l’enchâssement dans la Constitution de son caractère distinct, les pleins pouvoirs en immigration, un droit de veto, trois juges à la Cour suprême et un vrai encadrement du pouvoir fédéral de dépenser.
Si on juge la compétence de l’actuel gouvernement au degré d’avancement de ces revendications historiques, le verdict, me semble-t-il, est sans appel. Avec le recul, Robert Bourassa prend des allures de grand homme d’État.
Quand Pauline Marois a réitéré sa très raisonnable revendication des pleins pouvoirs pour le Québec en matière de culture, la réaction épidermique, viscérale, parfaitement spontanée et sincère de Jean Charest devant la perspective d’une quelconque épreuve de force avec le reste du Canada disait tout.
Mais avec ce qui se passe à Ottawa, qui s’en préoccupe encore ? Je ne dois pas être le seul à me dire que tout ça n’a simplement pas d’allure.

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