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Comparer des pommes avec des poires ?
Charles Courtois
Tribune libre de Vigile
mardi 24 octobre 2006      649 visites


La semaine dernière, Jean-Claude Leclerc s’interrogeait sur les modes d’intégration des musulmans en Occident (« Les unions interreligieuses - Est-il sage pour un pays d’accepter une culture comme l’islam ? », Le Devoir, 16 oct. 2006). Au passage, il taxa le modèle québécois d’immigration et de démocratie, « monolithique » autant que laïc, de vouloir « étouffer la différence » comme jadis le Canada anglais voulut le faire avec le fait canadien-français.

Le modèle québécois est davantage laïc et républicain que le multiculturalisme Anglo-Saxon du Canada, sans être identique au modèle jacobin français. (Cf. Guillaume Rousseau, La Nation à l’épreuve de l’immigration, Le Québécois, 2006).

Chaque nation occidentale ouverte à l’immigration, (la France, les pays Anglo-Saxons, la Suède, les Pays-Bas), a développé son propre modèle d’immigration et d’intégration. Chacun entend être ouvert, mais en fonction de principes différents.

Un modèle plus républicain comme celui auquel les Québécois paraissent adhérer majoritairement, mettant l’accent sur la laïcité dans l’espace public, est un modèle fondé sur la citoyenneté commune. Il peut passer pour inclusif puisqu’il ne favorise pas la ségrégation mais l’égalité, dans un pacte donnant-donnant où la nation accorde les mêmes droits au nouveau citoyen, l’inclusion dans la communauté des citoyens, tandis que le citoyen immigré accepte les devoirs de citoyen et adhère à sa nouvelle nation. Au Québec, au minimum, les principes démocratiques sont définis par la Charte des droits et libertés et les traits culturels sont définis par la Charte de la langue française. Il faut un minimum d’adhésion nationale de l’immigré autant qu’il faut que le droit égal du nouveau citoyen soit reconnu en pratique pour qu’une politique d’immigration fonctionne avec succès.

Le débat entre modèles multiculturaliste et républicain devrait donc se faire sans accuser le dernier de fermeture mais en comprenant qu’il aborde l’ouverture depuis une tout autre perspective. Mais passons.

Ce qu’il y a d’incongru dans l’analyse de M. Leclerc, c’est la comparaison entre les droits nationaux du Québec dans la Confédération et celui d’une identité immigrante. Ce semble être un syllogisme. N’est-ce pas comparer des pommes avec des poires ?

Le Québec est un État constitutif de la Confédération dont les droits nationaux sont reconnus depuis l’Acte de Québec en 1774, au moins. Aucun groupe immigrant ne représente une nation fondatrice de la Confédération non plus qu’un État constitutif.

Au contraire, l’immigré individuel adhère, en devenant citoyen, à une communauté de citoyens constituée à laquelle il s’engage, par le fait même, de s’intégrer - soit à la culture québécoise, soit à la culture canadian, selon le territoire. La vocation d’un immigré qui choisit de devenir citoyen d’un nouveau pays est de s’intégrer, voire de s’assimiler, notamment sa descendance. Elle n’est pas de constituer de nouvelles sociétés à part dans le pays d’accueil.

Quand la nation québécoise accueille des immigrants, c’est pour augmenter le nombre de citoyens Québécois, pas pour établir de nouvelles nationalités et diviser la nation. En revanche, lorsqu’un État comme le Québec adhère à une Confédération, ce n’est pas pour être assimilé dans son propre pays. Ainsi, si un Italien immigre en France et devient Français, il s’intègre à la culture française et sa descendance s’y assimile : devenu Français, il est chez lui dans la culture française. En revanche, lorsque l’Italie et la France s’associent dans l’Union européenne, leurs cultures et langues nationales demeurent chez elles.

La comparaison entre la différence de deux peuples au sein de la Confédération et celles des divers immigrés qui viennent s’établir au Québec paraît donc mener la réflexion sur l’immigration sur une fausse piste. La question de l’intégration à court terme et de l’assimilation à moyen terme demeure donc entière, si les Québécois veulent évaluer et perfectionner leur politique d’immigration. Comme le dit si bien Djamel Benyekhlef (Le Devoir, 23 oct. 2006) : « Il n’y a pas de citoyen entièrement à part, mais un citoyen à part entière avec ses droits et ses devoirs. »

Charles Courtois, Montréal

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