Rex Murphy dont le prénom me rappelle un chien policier rugissant peut être entendu à la télévision anglaise de Radio-Canada. En l’écoutant, je me dis que cet homme a dû beaucoup aimer les feux d’artifice quand il était enfant. Ce Don Cherry de la politique recherche de toute évidence l’originalité et le style et quelquefois il atteint les deux. Pour notre plaisir même si nous sommes en désaccord avec ses analyses politiques qui nous portent à nous demander s’il ne se laisse pas transporter par les mots.
Je ne l’avais jamais lu avant de tomber sur son article publié dans le Globe and Mail de Toronto et reproduit sur Vigile : Faisons une élégie sur la reconstitution du neverendum (samedi, 28 février 2009). Ça m’a donné l’occasion de lire un grand poème : Elegy in a Country Church Yard par Thomas Grey (1751) que j’ai lu en anglais et dans sa traduction en français. Bien.
Le diable est dans les détails. J’ai été une de “ces voix stridentes du camp séparatiste contre la reconstitution de la Bataille des Plaines d’Abraham. Vous appelez ces voix “criardes” parce que, selon vous, cette reconstitution est “neutre”. Vous faites erreur : cette reconstitution est tout sauf neutre : les intentions de la Commission des Champs de bataille nationaux n’étaient pas neutres quand on voyait Wolfe et Montcalm se serrant la main avec le sourire sur le site internet de la Commission.
Vous avez parfaitement raison de souligner que les “séparatistes” sont dans un processus parce que les 2,308,360 Québécois qui ont voté OUI en 1995 (49.2%) continuent d’avoir les mêmes aspirations (sauf ceux qui sont morts : 50,000 par année dont plusieurs ont voté NON et sont remplacés par des jeunes qui pourraient voter OUI). Permettez-moi de vous rappeler que la constitution de 1982 de Trudeau n’a jamais été signée par Québec et que l’indifférence du Reste du Canada devant ce fait démontre que nous sommes ici dans une situation coloniale.
Je suis en accord totalement avec vous quand vous suggérez que le processus constitutionnel non conclusif au Canada a bien besoin de satire mais ce n’est pas sur ce que vous pensez. Ce qui mérite une satire, c’est l’indifférence du Canada anglais quant à la situation coloniale que je viens de mentionner qui nourrit les aspirations légitimes de tant de Québécois qui forment une nation dont l’existence ne dépend pas d’un Canada uni.
Ma femme Marcelle Viger qui vient de regarder par-dessus mon épaule pour voir sur quel sujet j’écris et qui a été surprise que j’écrive en anglais, juste avant de m’embrasser tendrement en me souhaitant bonne nuit, m’a suggéré de vous rappeler le “processus” en Irlande et en Ecosse. Vous serez sûrement intéressé de savoir qu’elle est la soeur de Michel Viger que des circonstances ont relié à des membres du FLQ en 1970. Ce FLQ qui a utilisé la violence pour atteindre des buts politiques tout comme les Anglais à la Bataille des Plaines d’Abraham à propos de laquelle vous écrivez que ce n’était pas n’importe laquelle bataille mais la bataille fondatrice de ce pays.
Peut-être votre pays, Rex Murphy. Mais pas le mien.
Robert Barberis-Gervais, 10 mars 2009

