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Cocorico de mâles péquistes
Micheline Carrier
www.cyberpresse.ca (opinions)
mardi 5 février 2008


La sortie publique de Bernard Landry sur la réforme de l’éducation n’a pas plu au chef du PQ, Pauline Marois. (Photo Armand Trottier, La Presse)

Quand il était au pouvoir et même après l’avoir quitté, Bernard Landry n’aurait jamais toléré que quelqu’un, a fortiori des membres influents de son parti, mette en cause un projet ou une politique dont il a été le maître d’œuvre. Il aurait déchiré sa chemise sur la place publique en déplorant le manque de solidarité ou de loyauté.

On se souvient de ses réactions, ainsi que de celles de la presse, quand Pauline Marois avait déclaré être prête à participer à une course à la direction du Parti québécois, alors que Bernard Landry laissait courir les rumeurs de son éventuel départ, histoire de mesurer l’importance des allégeances. On sait comment il a fait payer à Pauline Marois sa sincérité. Plusieurs se rappelleront longtemps le rôle soi-disant neutre de Bernard Landry dans la course à la chefferie. « N’importe qui sauf Pauline », cela vous dit-il quelque chose ? Cet homme qui semble s’ennuyer du pouvoir ne peut s’empêcher de revenir périodiquement à l’avant-scène de l’actualité. Aussi a-t-il trouvé une nouvelle occasion de faire un croc-en-jambe à Pauline Marois comme il en avait fait quelques-uns à André Boisclair. Bernard Landry n’a jamais digéré l’humiliation qu’il s’est lui-même infligée à un congrès du Parti québécois quand il a démissionné parce qu’il avait reçu un appui de 76 %. Trop peu pour lui. Depuis, il ne peut se résigner à rester dans l’ombre des projecteurs et il ne cesse d’embarrasser ses successeurs à la direction du PQ. Espère-t-il qu’on le regrette ?

Voilà qu’avec trois autres coqs péquistes aussi imbus que lui de leur importance, il s’attaque à la réforme de l’éducation que Pauline Marois a mise sur pied il y a une dizaine d’années. Ils réclament un moratoire. Même le vice-président du parti, François Rebello, participe à cette opération. Il semble que le devoir de réserve n’existe pas pour les hommes péquistes. Imaginez ce que l’on aurait dit si Monique Richard avait eu une semblable attitude envers Bernard Landry, André Boisclair ou le chef actuel. Quant à Jean-François Lisée, il n’est pas sorcier de constater qu’il suit un agenda personnel. Reste Joseph Facal, qui joue à peu près sur tous les tableaux en se posant en expert, et qui, comme ses collègues, semble beaucoup aimer la place publique. La politique est un théâtre grisant que ses acteurs ont peine à quitter. Le quatuor de coqs péquistes n’a rien d’original à nous apprendre, il ne fait que chanter en choeur pour accompagner la rumeur publique, en même temps que se poser en penseurs. Ils ont beau s’en défendre, c’est au leadership de Pauline Marois qu’ils s’en prennent, ce qui ne surprend guère d’un parti au sein duquel tout le monde se prétend meilleur que son voisin, et surtout que sa voisine. Si Pauline Marois réussit à maintenir le cap, ce sera en dépit de ces adeptes de la magouille qui prennent les trains en marche : Mario Dumont et Québec Solidaire font partie du même convoi.

Je ne suis pas experte en éducation, mais je ne doute pas qu’une réforme élaborée il a 10 ans ait besoin d’ajustements. S’il y a eu dérives, qu’on corrige la situation sans « jeter le bébé avec l’eau du bain », pour emprunter une expression chère aux personnages publics et aux médias. (…)

Ce qui m’horripile, ce sont les techniques de déstabilisation que pratiquent « des mâles de l’espèce péquiste » depuis l’arrivée de Pauline Marois à la direction du Parti québécois, et même avant. Et qu’on n’essaie pas de me faire croire que cela n’a rien à voir avec le sexe et la personnalité de la personne en question. Il ne s’agit pas de membres inconnus du PQ mais d’hommes influents parfaitement conscients des conséquences de leurs critiques sur l’autorité du chef péquiste. Les médias sont remplis depuis plusieurs mois des « trouvailles » des uns et des autres, on se demande pourquoi ces « trouvailles » ne sont pas discutées au sein du parti avant de faire les manchettes. À moins que ce ne soit parce que des coqs, par définition, ont besoin de se faire voir et de se faire valoir.

À la place de Pauline Marois, je demanderais d’abord à François Rebello de choisir entre sa loyauté à un parti dont il assume la vice-présidence et ses autres allégeances. Et je balancerais tous ces penseurs prétentieux qui guettent l’heure où elle glissera sur les pelures de banane qu’ils lui tendent, pour ensuite se proposer, « bien humblement », comme sauveurs de leur parti.

***

Micheline Carrier

L’auteure est éditrice du site Sisyphe (sisyphe.org) où on peut retrouver la version intégrale de son texte.

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