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oubliez l’élection référendaire
Claude Morin remet ça
articuler élection décisionnelle et référendum
Robert Barberis-Gervais
Tribune libre de Vigile
vendredi 4 septembre 2009      212 visites      4 messages


En 1962, j’avais vingt-quatre ans. J’étais un humble et simple électeur. J’ai voté pour le Parti Libéral en 1962 parce que je voulais que la nationalisation des compagnies privées d’électricité soit faite par le gouvernement du Québec. Au moment de cette élection, je n’avais pas lu les biographies de Jean Lesage qui n’étaient pas encore écrites.

Si vous avez suivi nos débats monsieur Morin, vous savez qu’à la suite de Claude Bariteau, nous avons remplacé l’expression “élection référendaire” par “élection décisionnelle”. (Gilles Bousquet n’a pas encore compris pourquoi) Nous ne sommes pas des obsédés du référendum comme vous. L’élection de 1962, pour moi comme pour JC Pomerleau et d’autres, est un bel exemple d’élection décisionnelle. Jean Lesage-René Lévesque n’ont pas demandé, lors de cette élection, le mandat de négocier avec les compagnies privées d’électricité et de faire approuver le résultat de ces négociations par référendum avant d’agir, démarche étapiste que vous auriez pu leur suggérer si l’état de votre pensée avait atteint les sommets de 1973 alors que, sans mandat d’un congrès ou d’un Conseil national, une carte de rappel a déclenché l’étapisme dont vous êtes le père : en 1973, on vote pour un bon gouvernement ; plus tard, par référendum, on décidera de l’avenir du Québec.

On juge d’un arbre à ses fruits. Avec votre démarche, le Parti québécois a été élu mais en 2009, après 36 ans d’étapisme, on fait encore partie de la fédération canadienne et ici même, Raymond Poulin a fait l’éloge de votre perspicacité à prévoir ce qui se passe actuellement avec Jean Charest et nos instruments affaiblis d’action collective dont la Caisse de dépôt.

Justement, à propos de la Caisse de dépöt, à l’émission “Tout le monde en parlait” de mardi dernier, on a vu le rôle important (avec Jacques Parizeau, évidemment) que vous avez joué dans les négociations avec Ottawa qui, par la voix de Judy Lamarsh (qui a parlé de national socialisme et de nazisme), s’opposait au projet. J’en profite pour vous exprimer mon admiration et mes remerciements pour votre action pendant la révolution tranquille.

C’est ce qui rend la critique de votre pensée encore plus difficile. Même s’il ne veut pas l’admettre, Luc Archambault, qui est aussi digne d’admiration, défend ici les mêmes idées que vous. Votre façon de présenter le référendum est devenue la pensée commune dans la politique québécoise. Nous essayons d’articuler une autre voie où élection décisionnelle et référendum seraient présentés autrement. Je crois, sans vouloir minimiser vos capacités intellectuelles, qu’il vous est difficile de concevoir autrement que vous ne le faites l’articulation entre élection décisionnelle et référendum.

Que dites-vous de ce que soutenaient en 1972 René Lévesque, Jacques-Yvan Morin et Jacques Parizeau (qui le pense encore) sur le pouvoirs du Parlement de Québec et des affirmations du genre : “Nous sommes entrés dans la confédération sans référendum, nous allons en sortir sans référendum” ou “Le Parlement de Québec peut tout faire sauf changer un homme en femme” en régime parlementaire britannique.

Bien sûr que nous savons que nationaliser l’électricité et faire l’indépendance, c’est deux choses différentes. Mais d’après vous, quel est le mandat que le Parti québécois devrait demander aux prochaines élections ? Après la loi sur la clarté.

Est-ce qu’il fait beau à Québec ? A la réflexion, ne pensez-vous pas qu’au lieu de perdre votre temps à fréquenter les agents de la GRC, vous auriez dû mettre toutes vos énergies et votre intelligence à faire la promotion de l’indépendance ? Et qu’en mettant l’accent sur la démarche au lieu des raisons de faire l’indépendance, vous avez effectué (le sachant ou ne le sachant pas) un déplacement d’accent ou un détournement nuisibles à l’objectif premier qui a justifié la fondation du Parti Québécois par René Lévesque : la réalisation de l’indépendance du Québec. (Piège dans lequel je tombe, mais ai-je le choix ?) Vous serez peut-être intéressé à savoir que j’ai lu le roman de Loraine Lagacé (qui est actuellement gravement malade) : “Stratège” qui, avec les recoupements que je peux faire avec le livre admirable de Martine Tremblay sur René Lévesque et avec mon expérience personnelle, donne beaucoup à penser sur le rôle politique que vous avez joué et sur votre personnalité en général.

Salutations aux étapistes de la région de Québec qui les mène à voter pour Josée Verner et les Conservateurs et qui les a menés à encaisser avec jouissance les subventions fédérales pour le 400è avec les compromissions que cela exige avec l’histoire véritable du Québec et avec le rôle que pourrait jouer une véritable capitale nationale mais que les gens de Québec ne sont pas prêts à jouer, préférant manoeuvrer à tous les niveaux de gouvernement pour avoir des subventions et pour tirer les marrons du feu de la situation politique actuelle pourrie que vous aviez prévue monsieur Morin et cela vous fait et nous fait une belle jambe.

Robert Barberis-Gervais, Longueuil, 4 septembre 2009




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Vos commentaires:
  • Claude Morin remet ça
    4 septembre 2009, par Grand-papa

    « Un référendum c’est une excitation nationale où on met tout dans le pot. On pose une question, les gens s’en posent d’autres et viennent voter en fonction de raisons qui n’ont plus rien à voir avec la question. »

    Michel Rocard Extrait d’un Entretien avec Karl Zéro

    Je crois qu’il y a beaucoup de vrai dans cette citation.


  • Claude Morin remet ça
    4 septembre 2009, par Gilles Bousquet

    Un peu d’inutile sarcasme M. Barberis-Gervais.

    M. Parizeau avait changé d’idée puisqu’il a ensuite promis un référendum à l’élection où il est devenu premier du Québec. S’il avait, comme vous l’écrivez, affirmé que le Québec sortirait de la "confédération" comme il y était entré, sans référendum, comment il se fait qu’il en a tenu un quand même sur l’objectif recherché ?


  • Remise de peine référendaire : cul-de-sac collectif
    4 septembre 2009, par Elie Presseault
    Il est facile de s’en tenir au référendum comme condition sine qua non a la réalisation de l’indépendance nationale. Il est tellement commode que de s’en remettre à la doctrine lévesquiste-moriniste du référendum comme mode d’accession à la souveraineté-association. Il est hautement prévisible de prévoir le ressac qui se créera autour de cette doctrine immobiliste et qui a démontré son improductivité. La dernière (...)

    Lire ce commentaire

    Il est facile de s’en tenir au référendum comme condition sine qua non a la réalisation de l’indépendance nationale. Il est tellement commode que de s’en remettre à la doctrine lévesquiste-moriniste du référendum comme mode d’accession à la souveraineté-association. Il est hautement prévisible de prévoir le ressac qui se créera autour de cette doctrine immobiliste et qui a démontré son improductivité.

    La dernière astuce de Claude Morin consiste à "débusquer" la prétendue fausse élection référendaire de 1962 portant sur la nationalisation de l’électricité. Je ne commenterai point des événements du passé, puisque ce qui importe est avant tout la logique et le contexte actuel qui président au changement de paradigme éventuel dans le mode d’accession qui permettra aux Québécois-es d’accéder à l’indépendance politique québécoise.

    Cette dite élection décisionnelle a le mérite de prendre une posture plus proactive dans son mode de réalisation, contrairement à la position attentiste de l’étapisme référendaire. Il est important d’en tenir acte dans une certaine volonté de la part des indépendantiste de s’affranchir d’une mécanique de course à obstacles et de démission nationale perpétuelles.

    Malheureusement, pour une raison que je m’explique peu, les monuments nationaux semblent se scéléroser à la mention d’éventuels changements ou encore de remise en question d’une démarche aussi essentielle que porteuse d’avenir que celle de notre marche vers l’indépendance politique québécoise. D’importants efforts rhétoriques sont alors utilisés en vue de tenter un mouvement de frein à notre conscience collective.

    Aujourd’hui, jour de commémoration de la chute de Rome et des 25 ans de l’élection des conservateurs canadiens de Mulroney, il est plus que jamais temps de dénoncer ce cheval de Troie symbolique que fut la doctrine référendaire inspirée de Claude Morin et des fonctionnaires canadiens qui ont permis ce détournement historique des moyens d’accession à l’indépendance du Québec.

    J’en fais mon "Option Sourde", dans cet ultime effort de m’opposer au dialogue de sourds ainsi crée. Quelques 35 ans après que le référendum ait été inseré dans le programme du Parti Québécois, il est plus que temps d’inculquer la réflexion porteuse de sens.


  • Claude Morin remet ça
    4 septembre 2009, par Raymond Poulin
    Les prévisions de Claude Morin quant à la situation actuelle datent de 2001. Se servir de ces prévisions pour laisser entendre, sans avoir l’air d’y toucher, que Morin savait d’avance à quoi s’en tenir, en 1973 ! sur les conséquences de son choix pour un referendum, constitue une tactique pour le moins discutable de le diminuer. Si ce n’était pas là votre but, pourquoi accoler ces deux faits étrangers l’un à l’autre ? Soit dit en passant, je soutiens publiquement l’idée d’une élection décisionnelle (ce qui n’élude pas l’obligation morale de soumettre la constitution définitive d’un Québec indépendant à un referendum) et je n’étais pas d’accord avec la stratégie de 1973, ce qui ne m’empêche pas d’avoir le plus grand respect pour Claude Morin, qui a accompli davantage pour le Québec que ses détracteurs en général. Par ailleurs, pourquoi revenir encore sur les contacts de Morin avec la GRC alors que Normand Lester n’a jamais pu fournir un seul indice sérieux et documenté mais plutôt une tonne d’insinuations, de rapprochement gratuits et de suppositions basées sur des témoignages, toujours anonymes évidemment, que Morin ait commis là une forfaiture ? Quant à s’appuyer sur un roman pour enfoncer davantage le clou, est-il besoin de vous dire ce que je pense du procédé ?

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