En ce début d’année 2009, de nombreux observateurs de la scène politique québécoise n’ont pu s’empêcher d’affirmer que 2008 fut celle de Jean Charest. Est-ce parce que les gens de La Presse canadienne ont désigné Stephen Harper personnalité du dernier millésime, pendant que les Américains arrêtaient leur choix sur Barack Obama ? Gagner une élection assurerait-il dorénavant au récipiendaire l’obtention de ce précieux titre ?
Chose certaine, le premier ministre du Québec arborait une mine très détendue, lors de son passage à l’émission « Tout le monde en parle. » Cette édition spéciale du temps des fêtes diffusée le 31 décembre dernier, l’a invité à la même table que la chef de l’Opposition officielle, Pauline Marois. La scène qui unissait le « couple » avait quelque chose de surréaliste. Avouons qu’il est rare d’observer, côte à côte, des adversaires politiques s’adonner à des pitreries ! D’autres rétorqueront que cela atteste de la santé démocratique au Québec !
Il n’en demeure pas moins que c’est le chef du Parti libéral qui est sorti gagnant de ce débat « nouvelle formule. » Vrai cependant que Jean Charest flottait encore, fort du mandat majoritaire qu’il vient tout juste d’arracher à la population. Rien ne pouvait donc l’inquiéter dans ce repère de souverainistes. Pas même cette blague acide au sujet de sa courte majorité, celle l’invitant à surveiller de près la santé de sa députation pour ne pas qu’elle soit soudainement minoritaire à l’Assemblée nationale. Ni cette boutade vitriolique au sujet du piètre taux de participation, preuve que le député de Sherbrooke n’avait que la victoire de son parti en tête, lorsqu’il a déclenché l’élection.
Et que dire du moment fort de la soirée, celui où le chef du NON a préféré le fleudelysé au drapeau canadien, lorsqu’on l’a sommé de « choisir son camp ! » Celui qui les lui présentait a malgré tout tendu l’unifolié à Jean Charest, malgré qu’il ait choisi l’autre. Comme quoi, personne ne l’a cru dans la salle. Probable qu’ils ont retenu la leçon, lorsque le premier ministre jurait, il y a deux mois, qu’il ne tiendrait pas d’élection…
En réalité, Jean Charest n’a plus de scrupule. Décider de s’accrocher à son poste, malgré le formidable taux d’insatisfaction qu’il s’est attiré, lors de son premier mandat, montre en effet que l’homme peut accepter les pires humiliations. Le gouvernement minoritaire qu’il a dirigé par la suite — le premier au Québec depuis 1878 — ne l’a pas plus convaincu d’accepter le verdict populaire qui lui disait de démissionner. Certains diront que le leader du PLQ a fait preuve de persévérance dans l’adversité. Son courage lui aura permis de surmonter ces épreuves et de finalement convaincre les Québécois qu’il était l’homme de la situation. On a même entendu le mot résurrection ! Le faible taux de participation du dernier scrutin ne milite pourtant pas en ce sens.
L’invité du Guy A. Lepage a démontré que rien ne l’ébranlerait dans son dernier mandat à la tête du Québec. Ses interventions frivoles, voire détachées, ont mal fait paraître la chef du Parti québécois qui se disait satisfaite de sa deuxième place à l’élection ! Pauline Marois fut amenée ainsi à répliquer à l’aide d’un discours digne de celui entendu au Salon bleu. La députée de Charlevoix semblait, à l’occasion, toujours en campagne électorale. Face à un adversaire presque pédant, ses répliques ont donné l’impression que la cause qu’elle défend est perdue. Jean Charest a quitté la soirée sans égratignure, laissant derrière lui l’image d’un homme convaincu qu’il jouit d’un mandat clair pour faire ce qu’il veut.
C’est avec la même désinvolture que le premier ministre du Québec annoncera les mauvaises nouvelles économiques aux Québécois, dans les prochains mois. Ces derniers découvriront de nouveau que tout ce que le gouvernement libéral a affirmé au sujet de l’équilibre budgétaire n’était que mensonge. Pire : l’ampleur de la tourmente économique qu’on nous annonce risque d’inciter l’administration Charest à s’autoriser des déficits monstrueux. Un peu comme le projet de construction du CHUM, l’accès aux fonds publics ressemblera à un bar ouvert. Et ce n’est pas un premier ministre en fin de carrière qui va empêcher les pires abus.
Dans sa chronique d’hier parue dans le quotidien Le Devoir, Michel David pense que Jean Charest, devenu impopulaire, quittera éventuellement le navire en direction d’un autre à Ottawa. Rien n’est moins sûr. Rappelons que Bob Rae a échoué dans sa tentative de diriger le Parti libéral du Canada parce qu’il a laissé derrière ses années de gouverne en Ontario un déficit énorme. Sa seconde tentative de remporter l’investiture ne fut guère plus fructueuse. En fait, l’homme qu’il a essayé de remplacer en est un autre qui, comme le premier ministre du Québec convaincu de sa superbe, n’a pas su partir lorsqu’il le fallait.
Patrice Boileau

