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ANALYSE
Charest et la partition : la leçon oubliée
Denis Lessard
La Presse
jeudi 8 mars 2007


Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée. C’est encore plus vrai en politique et Jean Charest l’a appris à ses dépens depuis deux jours. Encore hier, il a tenté de clore un débat qu’il avait lui-même lancé, en déclarant « ne pas croire que le Québec serait indivisible », au lendemain d’une victoire souverainiste au référendum.

Sa volte-face quelques heures plus tard, en soirée mardi, n’a pas suffi à corriger le tir. Une bonne partie des deux points de presse de M. Charest a porté hier sur la menace de la partition du Québec au lendemain d’un Oui, une boîte de Pandore constitutionnelle que le chef libéral regrettait visiblement d’avoir ouvert. Au lendemain d’une victoire souverainiste, certains pourraient soulever des questions sur l’intégrité du territoire québécois, a-t-il dit hier, entrebâillant la porte qu’il tentait pourtant de fermer depuis la veille.

Le dérapage tombe mal. Il fait diversion au moment où les médias avaient entrepris de mettre sous la loupe l’équipe de Mario Dumont - les prochains jours s’annonçaient difficiles pour la campagne adéquiste. M. Charest doit s’en mordre les doigts, car l’ADQ est à consolider ses appuis dans toute la région au sud de Québec actuellement. Tous les députés libéraux qui ont déjà vu une ferme dans leur vie sont conscrits pour aller prêter main-forte dans les circonscriptions rurales près de Québec, de Montmagny à Bellechasse en passant par la Beauce.

Le débat sur l’indivisibilité du Québec est aussi une seconde balle lancée trop haut, rapidement frappée en lieu sûr par André Boisclair, qui a parlé d’un fédéralisme de chantage. La salade constitutionnelle est un classique toujours apprécié au menu d’un chef péquiste.

M. Charest avait enregistré une première prise quand il a dû nuancer des propos quant aux transferts fédéraux au Québec au lendemain d’une victoire souverainiste.

Toujours vulnérable dès qu’on parle de l’échéance référendaire, le PQ se trouve soudain en terrain plus solide dès qu’on pince la corde nationaliste des Québécois. L’image d’un Québec dépecé en morceaux par les fédéralistes de l’Outaouais ou par les nations autochtones, au lendemain du Oui, fait vite grincer des dents. Bref, un tel débat est susceptible de polariser l’opinion, et d’aider le PQ à faire rapidement le plein des nationalistes passés à l’ADQ ou à Québec solidaire.

Comme un vieux film

Pourtant, Jean Charest avait déjà joué dans ce film et l’avait payé très cher. Aux élections fédérales de 1997, le jeune chef du Parti conservateur voguait vers un score très honorable au Québec. Jean Chrétien voulait éviter que les bleus, dirigés par un Québécois, ne reconstituent leur base disparue en 1993. Il voulait aussi empêcher une division du vote fédéraliste québécois entre libéraux et conservateurs. En une seule phrase- le Canada ne s’estimerait pas lié par une majorité simple en faveur du Oui -, M. Chrétien avait polarisé l’opinion, récupéré les fédéralistes, et coupé sur-le-champ les jambes aux conservateurs.

Depuis 10 ans, Jean Charest a dû raconter des milliers de fois ces heures fébriles où les chances du PC de reprendre le Québec s’évanouirent tout à coup. Le film a dû repasser devant ses yeux cette semaine.

La fonction crée l’organe, elle crée aussi la position. En 1996, M. Charest devait faire face à la guérilla du Reform Party de Preston Manning et d’un de ses penseurs, Stephen Harper, tous clairement favorables à ce que les frontières du Québec soient revues au lendemain d’un Oui.

Le chef des conservateurs soutenait alors que si les souverainistes « avaient le droit de se séparer, ils ne pouvaient pas nier aux autres le droit d’en faire autant ». Pour lui, il était loin d’être clair « que le Québec est indivisible ». « Je crois que les Inuits et les Cris auraient un beau dossier entre les mains », disait-il à l’époque.

Quand une journaliste lui a rappelé ses propos mardi, il a remis un moment son costume d’il y a 10 ans, mais s’est vite rendu compte qu’il ne lui faisait plus. Cette position est difficile à tenir pour un premier ministre du Québec. Robert Bourassa et Daniel Johnson ont clairement soutenu à l’Assemblée nationale que les frontières du Québec étaient intouchables. Mais M. Johnson était moins catégorique une fois devenu chef de l’opposition.

Quel Québécois voudra passer ses samedis soir à discuter de questions aussi hypothétiques ! a dit hier M. Charest. Devenu, dans les récents sondages, le meilleur défenseur des intérêts du Québec face à Ottawa, il va se souvenir plus souvent de Jean Chrétien désormais.

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