[1] Beaucoup de citoyens québécois ont la vue courte. Ils ont le nez collé sur l’arbre et ne voient pas la forêt.
[2] De ce temps-ci, on crie au scandale dans le dossier de la corruption et on réclame à cors et à cris une enquête publique pour faire suite au rapport Duchesneau.
[3] On n’a pas compris une chose fondamentale : la corruption n’est pas liée nécessairement à un parti politique en particulier mais aux structures mêmes d’organisation de l’État, plus particulièrement la collusion souvent subtile qui existe entre les élus, l’administration publique et les forces du marché.
[4] Dans une économie de marché, l’argent en général et les avantages indirects (postes, carrières, honneurs, privilèges, biens matériels etc.) sont les sources premières de motivation et de corruption. Plus les forces du marché envahissent l’État, plus on déréglemente, plus on privatise, plus la collusion s’installe entre les élus au pouvoir, l’administration du bien public et les forces du marché et plus la corruption fleurit.
[5] Ce n’est pas en mettant sur pied une commission publique d’enquête que l’on va régler le problème si cette commission ne débouche sur une réorganisation des structures de l’État plus particulièrement celle existant entre les élus, l’administration publique et les forces du marché.
[6] La seule façon intelligente à long terme d’éliminer la corruption, c’est-à-dire la collusion entre les élus, l’administration publique et les forces du marché, c’est de créer une institution citoyenne pouvant contre-balancer, surveiller et contrôler le pouvoir des élus et celui de l’administration.
[7] C’est pourquoi je prône la création d’une Chambre "Haute" citoyenne et, pour éviter la collusion entre les membres de cette chambre et les forces du marché, je suggère que ces représentants soient tirés au sort et qu’ils occupent des postes temporaires de moins de 2 ans, non renouvelables. De toute façon, dans une telle Chambre, c’est toujours l’Assemblée qui décide et la présidence de la Chambre est comblée à tour de rôle pour de courtes périodes d’une semaine ou moins.
[8] On aurait ainsi non seulement une Chambre qui pourrait initier des projets de loi mais qui agirait comme organisme permanent de surveillance et de contrôle sur les pouvoirs exécutifs, législatifs, administratifs et judiciaires. On éviterait ainsi de se taper des commissions d’enquête à tous les 10-15 ans.
[9] Mais je mettrais ma chemise que les premiers à s’objecter à ce genre de réforme seront les élus eux-mêmes. Je sens que les objections vont fuser de toutes parts.
[10] Pourtant quand on va au fond des choses on se rend compte que c’est l’élection qui est la source première de corruption. Rares sont ceux qui veulent la remettre en cause et s’interroger sérieusement sur le déficit démocratique que nous vivons, non seulement ici au Québec, mais dans toutes les "démocraties" occidentales.
Pierre Cloutier


