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Champlain, le 400e, le Salon du livre et les chiqueux de guenille
Un pays annexé est incapable de se raconter librement !
Ouhgo
Tribune libre de Vigile
vendredi 25 avril 2008      294 visites      1 message


S’il ne se para pas de tambours et trompettes comme s’en indigne quelqu’un dans ces colonnes, le salon du livre de Québec, tenu du 16 au 20 avril, a célébré le 400ième par la sortie de nombreux ouvrages sur l’histoire de Québec, en particulier de Champlain.

Dans le journal LeDevoir des 19 et 20 avril, le journaliste Louis Cornellier consacre son article au remarquable et tout nouveau « Champlain et les fondateurs oubliés », de l’historien Mathieu d’Avignon. Ceux qui ont eu le bonheur de suivre sur Canal Historia les 20-27 mars la courte série très étayée « Enquête Champlain » ont fait la connaissance, parmi une dizaine d’hitoriens participants, du jeune Mathieu d’Avignon, incontestablement une étoile montante dans l’enseignement de l’histoire.

Ceci ne devrait laisser personne indifférent depuis les sorties récentes de professeurs d’histoire alarmés par le désintérêt des étudiants pour leur matière : Catherine Foisy, le 28 mars sur Vigile, commentant une étude de Gilles Laporte. Nous y avons fait largement échos sous la rubrique Débats Vigile. Mme Foisy cherche une solution dans son travail de Maîtrise : «  : METTRE EN VALEUR LES GRANDES EXPÉRIENCES FONDATRICES DE LA COLLECTIVITÉ QUÉBÉCOISE. Repenser nos façons de transmettre cette histoire, cette culture et ces références en les rendant accessibles aux personnes qui sont venues trouver en cette terre de Québec un lieu où s’épanouir (et aussi aux jeunes nés sur la rue Panet ?) Nous lui suggérons :

« Un pays annexé est incapable de se raconter librement !

Comment ne pas suggérer à Madame Foisy des pistes très politiques pour l’aider à REPENSER NOTRE MANIÈRE DE TRANSMETTRE LE QUÉBEC ?

Pour réveiller dans la classe d’histoire les descendants de Nouvelle-France autant que les exilés arrivant du Bangladesh, de la République du Congo, ou du Brésil, il faudra d’abord secouer le joug d’un fédéralisme assimilateur. Retirer cette chape de plomb, cette épée de Damoclès qui pend toujours au-dessus de la tête des historiens pendant qu’ils écrivent, brisant leur spontanéité, leur liberté scientifique, les amenant à négliger la clarté des faits, donc la vivacité du récit essentielle à la compréhension et à l’appréciation par tout lecteur. Quand le Québec libre, terre d’accueil autonome, aura déployé toutes grandes ses ailes, plus personne ne supervisera par-dessus son épaule la rédaction de ses hauts faits enfin fondateurs et on s’arrachera de nouveau dans nos écoles, les cours d’histoire moderne du Québec, terre française d’Amérique. »

Mathieu d’Avignon n’a pas attendu que le Québec n’expulse le Canada de son territoire pour agir. Sa caractéristique professionnelle est d’aller lui-même aux sources de l’histoire, de quitter les sillons souvent suivis par des générations d’historiens qui se limiteraient à recopier le travail de leurs prédécesseurs. Il ne laisse personne, religieux ou politique, regarder par-dessus son épaule quand il écrit « Champlain et les fondateurs oubliés. » Quand il cite Fernand Braudel, historien français : «  L’histoire est fille de son temps », il ne s’éloigne pas d’un autre maître, Marcel Trudel, ni l’un ni l’autre tombé de la dernière pluie : il retient la leçon que l’historien doit tirer profit du temps écoulé, des nouveaux événements connus, pour écrire l’histoire.

Ainsi nous apprend-il que Champlain écrivait régulièrement ses récits de voyage, en 1603, puis en 1613 et en 1619. Par contre, en 1632, il les reprend, mais en les modifiant. Cornellier, dans Le Devoir dit : « Ce que montre d’Avignon, c’est que ces modifications visent à le mettre en valeur sur deux plans. Dans cette dernière édition, Champlain présente « un récit exclusif de la fondation de Québec et de la Nouvelle-France » qui le dépeint comme l’archétype du colonisateur français catholique, tout en négligeant le rôle, pourtant souligné dans les éditions précédentes, d’autres acteurs importants de la fondation. De plus, il fait disparaître la description de l’alliance franco-montagnaise de 1603, rapportée dans l’édition de cette même année, pour présenter un récit de la fondation d’une « colonie française et catholique en terres vierges. » En 1632, en d’autres termes, Champlain s’attribue non seulement le beau rôle mais le seul rôle principal, aux dépens d’autres personnages clés de cette fondation.

En 1603, François Gravé, représentant du roi Henri IV, scelle une alliance avec Anadabijou, grand chef montagnais. Ce geste, peut-on présumer, rend possible la fondation de l’habitation de Québec en 1608, principalement réalisée par Champlain et Gravé, délégués de Pierre Dugua, qui organise et finance le tout. L’histoire de Québec, en ce sens, commencerait en 1603(avant l’Acadie ?) plutôt qu’en 1608 et aurait cinq pères fondateurs : Henri IV, Anadabijou, François Gravé, Pierre Dugua et, bien sûr, Champlain. En 1632 toutefois, ce dernier concocte un récit de fondation dans lequel les autres deviennent des figurants. »

Et le journaliste Cornellier poursuit en donnant la parole au jeune historien d’Avignon : « Il s’agit là d’un mythe, c’est-à-dire, selon la définition de Foulquié, d’un (fait historique du passé qui a subi les déformations de l’action fabulatrice de l’esprit), qui exige d’être déconstruit.

Trudel appuie d’Avignon par cette phrase : « Mettre une sourdine aux chants lyriques en l’honneur de Champlain, offrir une perception plus exacte de l’homme, de ses hésitations, de ses contradictions, de ses erreurs, tout en décrivant la grandeur de vision, l’audace de l’action ; c’est pour l’historien critique tenir un délicat pari. » Il en veut pour preuve sa propre carrière, un peu malmenée, après qu’il eut mis en lumière le mariage de Champlain avec une « fillette » : Chaque fois que j’ai ainsi dérangé, on m’a joyeusement tapé dessus ! Dans l’enquête télévisée, Trudel répond à la question du fondateur de Québec : J’aurais voulu qu’on retienne que Québec a été fondée par le protestant Pierre Dugua ! (inacceptable au temps du Cardinal Richelieu). Alors il se réjouit de voir en d’Avignon un historien déterminé qui, tout en respectant le parcours de Champlain, veut à son tour nettoyer une statue de ce dont les générations l’ont à tort surchargée.

En adoptant cette démarche critique de l’histoire, le jeune historien ne doit pas se montrer timide puisqu’il trouve parfois sur son chemin les opinions opposées d’un Jacques Lacoursière ou d’un Denis Vaugeois.

Que voilà du matériel qui ne fait pas honte au salon du livre !

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —


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Vos commentaires:
  • {{Le « complot de Champlain », ou contre Champlain ?}}
    27 avril 2008, par Gaston Deschênes

    Dans son commentaire sur l’édition abrégée des Voyages de Champlain par une maison parisienne (Samuel de Champlain, Voyages, Paris, L’École des loisirs, 2008), Carole Tremblay (Le Devoir du 19 avril) se demande « pourquoi aucun éditeur québécois n’y [a] pensé… ».

    La réponse à cette question se trouve dans ce même cahier F du Devoir qui consacre une page complète à un ouvrage qui vise à déconstruire Champlain (Mathieu d’Avignon, Champlain et les fondateurs oubliés ; les figures du père et le mythe de la fondation, Québec, PUL, 2008, 540 p.).

    Le 400e de Québec sera une année difficile pour le fondateur et, c’est bien connu, la presse se nourrit plus d’iconoclastes que d’hagiographes ; au besoin, comme c’est le cas ici, elle épice la sauce avec un titre sensationnaliste (« Le complot de Champlain » !) qui ne repose sur aucun fait : avec qui Champlain aurait-il bien pu comploter ? Garneau, Groulx, Lacoursière ? Qu’on réexamine le rôle de Champlain, il n’y a rien à redire, surtout s’il s’agit d’une « salutaire entreprise critique », selon Le Devoir, qui y voit un « ouvrage très costaud à tous points de vue ». Pour en avoir lu la partie fondamentale (soit le chapitre qui porte sur l’analyse des écrits de Champlain), le jugement me semble prématuré.

    La thèse de l’auteur est relativement simple. En 1632, Champlain publie le dernier de ses Voyages et, au lieu de reproduire intégralement ses ouvrages antérieurs de 1603, 1613 et 1619, il les résume, dans une première partie, avant d’enchaîner avec le matériel inédit qui couvre les années 1620-1632. En résumant ses récits antérieurs, Champlain laisse nécessairement tomber des éléments d’information ; Mathieu D’Avignon en fait la comptabilité et conclut que Champlain a délibérément remanié son texte pour faire disparaître le nom de certains contemporains (Dupont-Gravé, Dugua, etc.) et se donner le beau rôle. Il passe ensuite en revue ce que les historiens ont écrit sur Champlain en se servant de cette édition de 1632 (même si les ouvrages antérieurs demeuraient disponibles) et conclut qu’on a construit un « mythe » qu’il faut maintenant détruire.

    Le problème de cet ouvrage est que l’auteur comptabilise les moindres divergences (entre les textes originaux et le résumé de 1632) et les explique par des intentions qui vont toujours dans le même sens. Or, il est évident que Champlain a coupé beaucoup d’informations (dont de nombreux passages le concernant) parce qu’elles n’avaient tout simplement plus aucune espèce d’importance en 1632. Trente ans après la vaine tentative acadienne, à un moment où Port-Royal est abandonné depuis plusieurs années, quel est l’intérêt de répéter, par exemple, que Dugua de Mons avait logé à Sainte-Croix dans la maison que Champlain avait construite, en attendant que la sienne soit prête ? Qu’il avait envoyé une barque à la baie Sainte-Marie ? Ou s’était réjoui de l’arrivée de ravitaillement ? Pour discréditer Dugua de Mons ? Pourquoi alors, après avoir fait ces coupures, Champlain ajoute-t-il de longs passages, dans cette même édition de 1632, où « il reconnaît haut et fort la contribution de Dugua à la fondation de l’Acadie » ? Comme tentative de camouflage, on a vu mieux. Il faudra revenir sur la méthodologie de cet ouvrage, sans se laisser impressionner par le fait qu’il est issu d’un doctorat ou par les propos du recenseur qui voit déjà un manque de « maturité » chez ceux qui ne sauront pas accueillir cet ouvrage « avec tous les éloges qui conviennent ».

    S’il a été relativement facile de déconstruire Dollard des Ormeaux ou Madeleine de Verchères, dont la renommée reposait sur des incidents, ou encore Jean Talon, qui a fait un passage fugace dans l’histoire de Québec, le travail de déconstruction sera plus ardu dans le cas de ce personnage qui s’est consacré à son œuvre avec plus de détermination et de constance qu’aucun de ses contemporains.


8 septembre 2008
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