On te craint pour tes accents,
On te craint pour tes accords,
On te redoute pour tes féminins,
On te déteste pour tes masculins,
Moi je t’adore pour toutes ces singularités.
Je t’ai apprise à l’école dès l’âge de cinq ans,
On m’a punie pour que tu sois mienne dans la cour de l’école,
On m’a frappée pour la maîtrise de ton orthographe,
On m’a terrassée pour l’enrichissement de mon vocabulaire,
Dans tous les cas la douleur a été physique jamais psychologique,
Et au fond de moi-même, tu n’as fait que grandir.
Aujourd’hui, place à la facilité.
On veut t’écrire comme on te prononce,
Sans tes complications plurielles,
Tes « al » tantôt « aux », tantôt « als »,
Tes « eur » tantôt « euse », tantôt « eure » si pas « resse »,
Tes fâcheux accents haïssables,
Tantôt graves, souvent aigus et même circonflexes,
Tes cédilles impensables,
Tes trémas indéfinissables.
Plus on te redoute, plus je te respecte,
Plus on te rejette, plus je m’accroche,
À tes accents, à tes cédilles, à tes trémas,
À tes féminins, tes masculins, tes pluriels, pluriels ;
À cette France qui t’a conçue mais te néglige,
À ce Québec qui te fait vivre et t’enrichit,
À tous ces francophones qui te pratiquent et t’enjolivent.
Dans le fin fond de mon Afrique natale,
J’ai chanté tes chansons sans vraiment en comprendre le sens,
Aujourd’hui tu me nourris et me libères,
Tant au travail qu’à la maison tu es présente,
Aujourd’hui plus qu’hier tu me passionnes,
Et contre vents et marées je chante tes louanges.
Cette langue que j’aime tant fut aussi celle de Molière,
Cette langue que j’aime si bien c’est le Français.
***
Pétronille Muhawenimana
Gloucester, Ontario
