Le PI n’est pas que rhétorique, comme vous l’avez démontré ; d’ailleurs ce n’est pas ce que j’ai écrit.
Vous indiquez toutes les actions posées par le parti depuis sa récente fondation. Bravo ! On sent de l’énergie, de la détermination, du courage et de l’audace à travers ces gestes. Encore bravo !
Hélas, tous ces espoirs, tout ce travail est vain, je suis navré de le dire. En raison de la rhétorique entourant le processus d’accession à l’indépendance prôné par le PI.
Vous maintenez qu’une simple majorité de députés élus suffirait à déclarer l’indépendance. Vous fondez cette prétention sur les traditions du parlementarisme britannique dont le Québec a hérité. Vous croyez vous conformer à cette tradition en confiant à un gouvernement majoritaire piiste la responsabilité de légiférer dans ce sens. Et ce, indépendamment du nombre de voix. Au Québec, un tel gouvernement majoritaire peut être élu avec 40-42% des voix. Cela nous conduit à l’invraisemblable situation d’une communauté politique qui se verrait imposer un changement de régime malgré qu’elle n’y ait pas consenti majoritairement.
Cette voie est absolument impraticable. En fait et en droit.
En fait. Je ne partage absolument pas cette idée que le PI peut vendre un tel projet à un électorat québécois qui, par deux fois, a refusé de s’engager dans un projet autrement plus sécurisant : souveraineté et association, souveraineté et partenariat.
Cette chose est tellement excentrique que les adversaires, en campagne électorale, n’en feront même pas mention. Sinon, pour relever le caractère navrant et pour caricaturer de néophytes ces politiciens sans expérience, sans compétence politique reconnue. Bref, sans crédibilité.
En droit. On ne déclare pas l’indépendance d’un pays par une simple loi. Je veux dire que cet acte est un acte extraordinaire. Un acte qui s’inscrit dans un espace supra-national. Un acte qui, pour être effectif, doit être reconnu comme tel par des pays tiers. Et dans cet espace international, il y a des conventions reconnues qui s’appliquent comme des exigences. Dont la principale est l’expression d’une majorité démocratique d’électeurs en faveur dudit projet.
Si vous croyez qu’après avoir passé sa loi déclarant l’indépendance, sans avoir reçu l’aval de cette majorité, un gouvernement piiste, majoritaire par sièges sans l’être par voix, a réglé le problème et ouvre une ère nouvelle, si vous croyez cela, je dis que vous confondez rhétorique et politique.
Si vous croyez qu’après un tel geste, les pays concernés, le Canada et les USA au premier rang, se plieront devant le fait accompli, je dis que vous errez.
Bref, si jamais vous parveniez, contre toute vraisemblance, à former un tel gouvernement, je suis persuadé qu’avant de faire quoi que ce soit, vous seriez informés par des gens qui s’y connaissent en politique... de ne pas procéder ainsi, et cela dans des termes qui ne laisseraient planer aucun doute, et ne fourniraient aucune autre alternative. Quand on veut jouer dans les grande ligues, il faut savoir prendre sa place et ne jamais oublier que les beaux discours ne suffisent pas à triompher des intérêts bousculés par un tel projet. Il y faut la force du consentement démocratique, exprimé par une majorité de voix, et encore...
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Pour conclure, je trouve dommage que cet aspect du programme piiste vienne compromettre ses chances de jouer un rôle important dans la conjoncture qui s’annonce.
Le PI aurait pu, en effet, construire une force politique susceptible de forcer le jeu. Je veux dire que ce parti aurait possiblement eu des chances d’obtenir suffisamment d’appuis pour travailler à créer cette grande coalition des forces indépendantistes. Je pense qu’il aurait pu ébranler le Parti Québécois et le forcer à clarifier ses objectifs, en les réorientant dans le sens de l’indépendantisme.
Le PQ n’a jamais été un parti prônant l’indépendance. Depuis 40 ans, ce parti a toujours maintenu un projet de re-confédération. À telle enseigne que, sachant maintenant que le Canada a choisi d’exclure ce projet, il ne sait plus où il va. Ou plutôt, il semble prêt à retraiter dans une voie de garage, celle de l’autonomisme et du provincialisme, affectant de croire, pour voiler sa retraite, que le peuple ne veut plus de référendum...
Le PI aurait pu ouvrir toutes grandes ses portes aux déçus du PQ. Il aurait pu recevoir l’appui de candidats prestigieux. Bref, il aurait pu devenir un joueur-clé dans un réalignement des planètes.
Mais rien de tel ne se produira, ni recrutement massif, ni candidats de prestige.
Le dommage tient dans l’importance de ce qui aurait pu se produire et ne se produira pas.
Le dommage touche évidemment les partisans piistes.
Mais il concerne aussi le peuple québécois, actuellement orphelin d’un porteur de projet d’indépendance, et, pour les raisons mentionnées, privé de ce nouveau parti qui aurait pu travailler et réussir à créer les conditions favorables à l’émergence d’un Grand Parti ou d’une Grande Coalition indépendantiste au Québec.


