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Quand une société cherche pendant aussi longtemps le moyen de se réaliser et le trouve finalement au-dedans d’elle-même, il m’apparait bien peu probable qu’on puisse la détourner de son but. - 1996 - Jacques Parizeau
             
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Ce que pense vraiment Gérard Bouchard
Robert Barberis-Gervais
Tribune libre de Vigile
mardi 10 juin 2008      393 visites      7 messages


À André Drouin et Bernard Thompson d’Hérouxville, avec respect

***

En art comme en littérature et surtout en poésie, on doit privilégier l’intuition et l’esprit de finesse. Pourtant, il arrive que la logique et l’esprit de géométrie selon Blaise Pascal aient leur utilité. C’est ce que nous allons démontrer.

La méthode consiste à relire le texte publié aujourd’hui par Gérard Bouchard et à transformer ce qu’il appelle "des exemples ponctuels de faussetés couramment colportées" en affirmant le contraire de ces faussetés. Ainsi donc le Rapport qu’a signé l’intellectuel de Chicoutimi

1- ne demande pas au groupe majoritaire d’accorder plus d’accommodements ;

2- considère que le port du foulard islamique peut être un signe d’oppression ;

3- ne recommande pas l’octroi de lieux de prières permanents dans les institutions publiques ;

4- ne fait pas reposer sur la société d’accueil toute la responsabilité de l’intégration des immigrants et ne donne pas à la société d’accueil l’obligation unilatérale de s’adapter aux nouveaux venus ;

5- ne veut pas culpabiliser le groupe majoritaire et ne l’accuse pas d’intolérance ;

6- se montre très sensible à la situation de la langue française ;

7- s’appuie sur les valeurs fondamentales du Québec et ne verse pas dans le relativisme culturel ;

8- ne célèbre pas l’empire des chartes et n’en fait pas le paradigme de la culture nationale

9- ne fait pas la promotion pour le Québec d’un multiculturalisme à la Trudeau ;

10- ne plaide pas pour un retour aux « Canadiens français » de la survivance et ne ramène surtout pas les francophones québécois au rang de groupe ethnique qui serait placé sur le même pied que les autres au sein de la mosaïque canadienne ;

11- considère comme parfaitement légitime l’affirmation du groupe culturel majoritaire français à travers son passé et son histoire et ne verse pas dans un « cosmopolitisme » qui ignorerait ce passé et cette histoire dans la représentation des rapports interculturels ;

12- ne préconise pas le retour en force du religieux dans les institutions publiques (juste au moment où on achève de les déconfessionnaliser).

***

Gérard Bouchard prétend qu’il pourrait montrer, références à l’appui, à travers de larges parties du Rapport que ces douze propositions y sont présentées noir sur blanc.

Il est le co-auteur du Rapport : il doit savoir ce qu’il a écrit. Comme je n’ai pas lu le Rapport, je lui fais confiance. Je peux dire toutefois que ces 12 propositions correspondent exactement à ce qu’il a dit dans toutes les entrevues qu’il a données le jour même de la présentation du rapport Bouchard-Taylor. Avec insistance pour dire que la majorité francophone au Québec est une minorité au Canada et en Amérique du nord et qu’elle a le droit et même le devoir de prendre tous les moyens pour affirmer ses valeurs fondamentales et principalemement son caractère français. Gérard Bouchard l’a dit plusieurs fois dans le style articulé et tenace d’un penseur québécois placé dans "une situation impossible" tel qu’il le dit lui-même et je cite :

"il est faux d’affirmer que le Rapport ne tient pas compte de l’existence du groupe ethnoculturel majoritaire. C’est justement l’une des principales raisons pour lesquelles il écarte le modèle du multicultualisme : précisément parce qu’il existe au Québec un très large noyau culturel, historiquement implanté, qui est une minorité sur le continent et dont la survie suscite une préoccupation constante, nécessaire. D’une manière assez irréaliste, certains auraient voulu que le Rapport propose des solutions politiques au problème identitaire. À cause de l’énoncé du mandat, à cause aussi de la composition de la Commission (un souverainiste et un fédéraliste), c’était manifestement impossible."

Gérard Bouchard a déjà dit au journal Voir que, pour lui, l’indépendance du Québec était la solution politique au problème identitaire." C’est pour cela qu’il se définit comme souverainiste.

Est-ce qu’en signant ce rapport tel qu’il est avec les 12 propositions que j’ai formulées (et qui sont les siennes), il a trahi son option souverainiste ? La question est posée et elle est ouverte... Mais je ne risque pas de me tromper en disant que Gérard Bouchard, lui, pense qu’il ne s’est pas trahi. Jusqu’à nouvel ordre, c’est une opinion que je respecte.

***

Robert Barberis-Gervais, Marie-Victorin, 10 juin 2008

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Vos commentaires:
  • Ce que pense vraiment Gérard Bouchard
    10 juin 2008, par Ouhgo

    Les remords de Gérard.

    Nous avions pressenti que la nécessaire négociation entre les deux commissaires de convictions opposées (Canada-Québec) pour la rédaction du rapport avait dû coûter d’importantes concessions au profit du philosophe de la spiritualité mystique Charles Taylor. M. Bouchard, sociologue et historien, nous le confirme dans son apologie a posteriori : « Que le rapport propose des solutions politiques au problème identitaire ? C’était impossible à cause de la composition souverainiste-fédéraliste de la Commission. »

    Et cette concession auprès du théologien pèse le plus lourd au sujet du foulard islamique. Ceci cause tellement de remords à Gérard qu’il utilise cette lettre venimeuse pour s’en expliquer. Tentant de ré-écrire le rapport sans sentir le souffle de l’autre dans son cou, il nous « explique les perceptions qui nous sont venues en le lisant. » Dans ses 4 principes constitutifs de tout régime de laïcité il y a « l’égalité de traitement face aux CONVICTIONS PROFONDES (religieuse ou séculière) (EN PRIVÉ ?). À ce sujet, l’équilibre du rapport vient du fait qu’il rejette le port du niqab chez tous les agents de l’État mais dans un « Québec moderne » l’ouverture exige que la diversité religieuse gagne à être vue et apprivoisée le plus tôt possible dans la vie d’une personne : les professeurs au primaire n’ayant bien sûr aucun « pouvoir de coercition » sur les enfants éponges… Tout en reconnaissant que pour plusieurs femmes, le port du foulard est un symbole d’oppression et d’exclusion, notre Commissaire affirme péremptoirement que « c’était la voie la plus appropriée à adopter. » Aucune référence à la France, pays pourtant souverain, où l’on demande à maintenir en PRIVÉ ce signe religieux ostentatoire(PROSÉLYTE), ce qui n’a pas produit de ghettoïsation des femmes pour autant.

    Après cette justification boiteuse, M. Bouchard se sent dédoiné pour nous resservir l’évangile qu’il a partagé pendant tous ces mois avec son complice :

     L’identité québécoise en formation depuis quelques décennies ne peut pas être imposée à qui que ce soit (pouf ! Notre Histoire…)

     À côté des Québécois d’origine juive, d’origine italienne ou antillaise, l’expression Québécois d’origine CANADIENNE-française est PARFAITEMENT neutre. Elle désigne des descendants des premiers IMMIGRANTS français. (qui étaient plutôt colons par choix que immigrants forcés par nécessité)

    Nous demande une solution de rechange, pour ne pas blesser immigrants intégrés… Pourquoi pas : Québécois De Culture Française ?…

     Interculturalisme, le mot nous convenait bien pour distinguer de multiculturalisme, avant que le rapport en fasse un synonyme de FUSION.

     S’éloigner de l’angoisse identitaire, faiblesse, sentiment de menace, besoin de protection supplémentaire, repli, peur, doute, méfiance collective, frilosité, survivance peureuse… Mais ces termes, Gérard, sont les vôtres ! Nous, nous parlons de PRUDENCE.

     Nous formons 75% de la population, dites-vous ? Nous contrôlons la majeure partie des institutions ? Certainement PAS à Montréal ! Maîtres des décisions ? Surtout pas avec le PLQ au pouvoir avec ses supporteurs unilingues anglais…

    Et vous ne croyez rien de ce que vous dites en parlant de la loi 101 comme puissant instrument pour protéger la langue !… Taylor, sors de ce corps !

    Vous demandez contre quoi nous avons tant besoin d’être protégés ! Mettons contre Me Brent Tyler et Galganov, drapés dans les clauses Canadian de protection des « minorités » linguistiques…

    Qu’avons-nous à craindre des immigrants ? Par la duplicité législative Canada-Québec, ils choisissent entre les 2 langues/cultures, celle où le conciliant gouvernement Charest les laisse travailler Canadian, sans les intégrer à la culture majoritaire historique. Nous voyons de plus, ce gouvernement décourager l’actuel baby-boom francophone(noyer la francophonie) en restreignant le nombre de places de garderies subventionnées.

    M. Bouchard conclut en se vantant de nous avoir sauvé d’un dérapage ! Dérapage à Hérouxville, sans doute, qui le terrorise, alors que ces gens n’ont qu’attaché le grelot devant l’intégrisme religieux qui a fait ses preuves ailleurs. Son ouverture souhaitée vient de la diversité de l’immigration. À ce sujet, il recommande à tous les intervenants de faire preuve de vigilance, de prudence et de responsabilité, vertus qui ne portent plus, ici, les affreux noms de peur et frilosité…


  • Ce que pense vraiment Gérard Bouchard
    11 juin 2008, par Sébastien

    Bouchard a dit son opinion dans le Voir, les Québécois ont fait valoir leur opinion en 1995.

    50,1% des Québécois ne voulaient pas (alors) du Pays.

    Les coupables ? Les fédéralistes québécois (d’héritage canadien français) qui ont peur à la fois du Pays et de l’Étranger mais qui tiennent au Canada ... par ailleurs officiellement "multiculturel" depuis 1971.

    Le nationalisme canadien au Québec a la vie dure car le Québec était bien sûr auparavant LE CANADA de la Nouvelle-France.


  • Ce que pense vraiment Gérard Bouchard
    11 juin 2008, par Gilles Bousquet

    Sébastien écrit que le rapport Bouchard-Taylor souligne que : « 50,1% des Québécois ne voulaient pas (alors) du Pays. » C’est vrai mais 61 % des francophones ont voté OUI en 1995.

    M. Sébastien ajoute : « Le nationalisme canadien au Québec a la vie dure car le Québec était bien sûr auparavant LE CANADA de la Nouvelle-France. »

    C’est bien ça qui tire plusieurs Québécois à ne pas se séparer du Canada parce qu’ils se sentent encore canadiens"les anglais n’en étaient pas". Une confédération ferait le pont ici : Un État du Québec souverain dans un organisme canadien.


  • Ce que pense vraiment Gérard Bouchard
    11 juin 2008, par Désolé

    @Gilles Bousquet,

    Vous connaissez le talon d’Achille de votre thèse : Comment imaginer que les Quebec-bashers signeraient ça ?

    Faudrait qu’ils y soient contraints !... par un gouvernement québécois indépendantiste fort, débarrassé de ports méthaniers, maître en éolienne et en moteurs-automobile électriques ou hydrogène, face à une Ontario paupérisée par l’Ouest canadien autonome et en froid avec Ottawa...

    L’avenir à l’ÉNERGIE. C’est ce qu’a compris Poutine, bientôt maître du monde...


  • Ce que pense vraiment Gérard Bouchard
    11 juin 2008

    Monsieur Bousquet,

    Vous ne désarmez pas. En 1995, le Québec francophone a dit OUI. Mais, OUI à quoi ? Pas à l’indépendance, mais à une nouvelle Confédération. Mais Jacques Parizeau, pas fou pour le moindre du monde, savait bien que le Canada anglais ne voudrait pas d’un pacte confédératif entre le Québec et le reste du Canada. Alors, en cas d’échec des négociations - ce qui était plus que prévisible - il s’arrogeait le droit de déclarer UNILATÉRALEMENT l’indépendance, sans consulter à nouveau le peuple. C’était une façon déguisée de réaliser ce que le peuple ne voulait pas. René Lévesque réprouvait cette façon de faire. Parizeau : NON. L’histoire parle de cage à homards. On peut croire que c’était vrai.

    Bourassa était plus honnête que ça. Il n’a jamais osé présenter la question de Bruxelles au peuple, - que le Parti québécois a posée, en d’autres mots, en 1995 - parce qu’il savait que le CANADA anglais lui dirait non. Ce faisant, il aurait été obligé de procéder à l’indépendance contre sa volonté.

    Parizeau a osé poser la question parce qu’il pouvait faire l’indépendance. Bourassa n’a pas osé poser la question parce qu’il ne pouvait faire l’indépendance et a eu peur de faire l’indépendance.

    Écrivez cela à la tête de votre lit et qu’on n’en parle plus jamais de votre sacrée Confédération. Elle est impossible à réaliser.

    Seule l’indépendance est réalisable pour le Québec. Mais les Québécois n’en veulent pas. Ils sont comme vous : ils ont peur de...et de....et de....Ils pensent qu’ils ne sont capables de réaliser un tel projet.

    Pierre B.


  • Ce que pense vraiment Gérard Bouchard
    12 juin 2008, par Jacques Bergeron
    Lorsque nous lisons tous ces articles sur le référendum de « 1995 »il nous est difficle de croire que certains Québécois n’ont pas encore « constaté » qu’un vol a eu lieu ce jour d’octobre 1995, lorsque plus de « 400,000 »voteurs illégaux se sont exprimés pour contrer la volonté d’un peuple de se dissocier d’un autre peuple pour se donner un pays indépendant de langue française.Lorsque nous lisons ces articles sur le référendum de « 1995 » très peu de gens semblent se souvenir que près de « 30,000 » personnes ont obtenu leur certificat de citoyenneté par anticipation, que plus de 150,000,000$ ont été investis dans les scandales des commandites visant à fausser les résultats de ce référendum ? Très peu de gens soulèvent le point que les Québécois se sont fait voler un pays ce soir d’octobre 1995 par toutes ces malversations qui ont conduit au vol du référendum. Et pourtant c’est de cela qu’il s’est agi, et qu’il s’agit.Et personne ne réclame justice.Ou ces gens s’occupent surtout d’un rapport qui ne mérite pas son nom,alors qu’une nation est assiégée de toute part ? Ou alors, est-ce que, par « hasard », les Québécois ne seraient pas des « cocus heureux » ?
  • Ce que pense vraiment Gérard Bouchard
    13 juin 2008, par Marcel Haché

    La nation québécoise n’est pas différente des autres nations.Mais elle vit en Amérique du Nord.Là surtout,bien plus qu’ailleurs,ou les forces sociales et politiques( par l’économique) forces antérieurement opposées,se réconcilient,mais dans l’aliénation.C’est pas comme cela partout au monde.Et c’est "devenu" un hasard pour ces forces sociales aliénantes, qu’elles soient en face d’une particuliarité qui a un caractère national différent,marqué,le nôtre,à l’intérieur d’un continent anglo-saxon.

    Quand des chefs syndicalistes s’inquiètent eux-mêmes,comme la semaine dernière,de la pénurie québécoise de main d’oeuvre "prévisible", et consentent publiquement(en font la promotion !) à voir l’immigration comme solution"inévitable" ,il n’est que normal de voir avant et après les travailleurs accepter de ré-ouvrir à la baisse leurs conventions collectives.Il y a là des forces apparemment si raisonnables qu’il faille s’incliner.En tous les cas,les forces antérieures(ici patronat/ouvrier), qui s’opposaient là,se réconcillient là, maintenant,comme si cela allait de soi depuis toujours.Cela n’est évidemment pas le cas.

    Ces forces aliénantes de la société nord-américaine,société dont fait partie notre nation,le Québec,n’ont plus à notre égard le même caractère colonisateur,ni dominateur,ni impérialiste qu’elles avaient dans le passé.Reconnaissons des relants(reine-nègre)Elles sont cependant plus aliénantes,plus profondément,mais dépourvues d’une impudente violence qui,dans le passé,enclenchait facilement l’opposition.Les syndicalistes dont il a été question précédemment,ils sont très "de souche".Mais ils ne disent rien qui soit différent de ce que pourrait dire un syndicaliste de Toronto ou de Dallas.Qui ne seraient pas moins aliénés dans leurs nations respectives !

    Notre nation est moins "entravée" par l’extérieur qu’il n’y paraît.Par contre, elle l’est plus de l’intérieur par des forces qui la poussent à hésiter,et qui brisent son élan.

    Les grands partis politiques québécois pourraient remédier à cet abandon de la nation.Par mauvais calculs,ils choisissent d’être petits.Comme si la grandeur pouvait résulter de petits calculs mesquins.

    Ainsi donc,après le rapport B-T ,la première suite du gouvernement fut de ré-affirmer la place du crucifix ! Se pourrait-il qu’une suite sociale et politique et économique du rapport soit l’avancée du gouvernement intitulé"le Pacte pour l’Emploi" ? Une grosse affaire ! Rien à voir avec la chartre,ni une constitution québécoise,qui agitent tant les souverainistes. Mais en droite ligne des préoccupations nationales.Cela pourrait bien expliquer la contre-intervention de Pratte à l’intervention de M.Parizeau




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No 274 - 2008

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