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Caucus tumultueux chez les libéraux
La question du leadership de Jean Charest provoque des échanges émotifs entre députés
Denis Lessard
La Presse
jeudi 13 avril 2006


Québec - Conclu sur un apparent armistice entre Thomas Mulcair et le premier ministre Jean Charest, le dernier caucus des députés libéraux a donné lieu à des échanges d’une rare intensité derrière des portes closes.

Pour la première fois, la question du leadership du premier ministre a été soulevée devant le principal intéressé.

Éjecté du Conseil des ministres, M. Mulcair a vu plusieurs ministres et députés défiler pour le critiquer. On lui reprochait d’avoir multiplié les entrevues aux médias, essentiellement pour bien souligner qu’il était opposé à la vente du mont Orford. Ce faisant, l’ex-ministre avait carrément contredit les déclarations de son chef Jean Charest, ainsi que des ministres Claude Béchard et Monique Gagnon-Tremblay.

Mais quand sa collègue Michelle Courchesne, titulaire de l’Emploi, est allée au micro pour souligner elle aussi le manque de solidarité de son ex-collègue de Laval, Thomas Mulcair a décidé d’administrer un électrochoc au caucus. Mme Courchesne a relevé que si M. Mulcair avait redit sa loyauté envers le PLQ et son programme, il avait sciemment refusé de manifester son allégeance envers M. Charest.

" Tes propos m’étonnent, Michelle, car toi-même tu as déjà dit devant moi que le parti avait un problème de leadership ", a laissé tomber, en substance, M. Mulcair, selon les nombreux députés interrogés depuis par La Presse.

" Mulcair a frappé fort. C’était comme une bombe ", relate un député, encore embarrassé une semaine plus tard. Souvent émotive dans ces réunions, Mme Courchesne est restée un bon moment bouche bée. Jean Charest paraissait impassible. Par la suite, devant ses collègues, elle a nié avec la dernière énergie avoir tenu de tels propos.

Après ce coup de butoir, aucun ministre n’a voulu s’attaquer à Thomas Mulcair.

Pas de commentaires

Comme d’habitude, les acteurs principaux se refusent à commenter des échanges qui, lorsqu’ils sont rendus publics, les mettent dans l’embarras.

Hier, M. Mulcair n’a pas voulu discuter de ce qui s’était passé la semaine dernière avec sa collègue.

Invitée à commenter l’incident, Mme Courchesne a d’abord fait rappeler La Presse par le whip du PLQ, Norman MacMillan. " Il y a eu des discussions énergiques au caucus impliquant Mme Courchesne, mais elle a toujours été derrière M. Charest ", a-t-il martelé, furieux.

Par la suite, Mme Courchesne a tenu à préciser : " Je n’ai jamais contesté le premier ministre et je ferai les prochaines élections avec Jean Charest. "

Elle a catégoriquement refusé de discuter des échanges survenus au caucus.

En lançant sa bombe, sans une ombre d’émotivité semble-t-il, M. Mulcair aurait même précisé que Mme Courchesne avait tenu ces propos controversés devant témoins dans un comité d’organisation à Laval, lors de la campagne électorale de 2003.

À la fin de la réunion de la semaine dernière, M. Mulcair a prévenu que si on tentait encore de soutenir qu’il était en faveur d’un projet qu’il réprouvait- comme l’avait fait M. Charest-, il n’hésiterait pas à accepter d’autres demandes d’entrevue.

Le cas Paradis

Mais cette réunion réservait d’autres émotions fortes.

Pour une très rare fois, le député de Brome-Missisquoi, Pierre Paradis, laissé-pour-compte lors de la formation du gouvernement il y a trois ans, a affronté ouvertement Jean Charest. Cette séance du caucus avait d’ailleurs débuté par un échange aigre-doux impliquant M. Paradis.

D’entrée de jeu, le président du caucus, David Whissell, a déclaré que " l’affaire Mulcair-Paradis " était à l’ordre du jour. De son siège, mais assez fort pour que plusieurs l’entendent, M. Paradis a répliqué du tac au tac : " M’as t’arracher la tête si tu répètes ça ! "

Perçu comme un éternel dissident, M. Paradis intervient rarement au caucus hebdomadaire des députés, où il est assez souvent absent d’ailleurs.

Comme l’avait fait, il y a trois semaines, le député de Notre-Dame-de-Grâce, Russell Copeman, M. Paradis a parlé assez longuement d’un problème de gouvernance généralisé au gouvernement, devant un Jean Charest toujours de glace.

Selon M. Paradis, le gouvernement libéral commençait à se relever dans les sondages en janvier. Il s’agissait de renforcer cette impression avec un remaniement ministériel qui aurait suscité des manchettes positives, un message inaugural percutant et un bon budget. Or, de ces trois conditions, une seule a été au rendez-vous : le budget de Michel Audet, bien accueilli. Le remaniement qui devait célébrer l’arrivée de Raymond Bachand en provenance du camp péquiste s’est soldé par le psychodrame de Thomas Mulcair. Quant au message inaugural, il a eu tout au plus un effet neutre sur les électeurs, a dit en résumé M. Paradis.

David Whissell, qui préside ces séances, est intervenu pour couper court à ce plaidoyer embarrassant. " Tu as assez parlé ", lui a lancé sans ménagement M. Whissell, soulevant du même coup la désapprobation de quelques députés.

Encore là, pas de réactions chez Jean Charest. Mais à la clôture de la rencontre, le premier ministre a longuement fixé le député Paradis durant son allocution. " Le message inaugural était bon ", a lancé sans appel M. Charest, ont raconté des témoins.

Ces mêmes députés se retrouvent attablés ce matin pour le troisième anniversaire de leur élection. C’est leur premier contact depuis le tumultueux caucus de la semaine dernière.










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