Le voyage du pape Benoît XVI a permis à bien des Québécois de déverser leur hargne sur l’Église catholique, de propager des discours réducteurs, des propos falsifiés sur la visite papale en terre africaine. Chez nous, c’est devenu coutume de ne pas lire les textes officiels produits par le Vatican et de se faire une opinion à partir d’un article pondu par un journaliste dont le but évident est de faire la première page du journal du lendemain.
Une certaine presse verse de plus en plus dans la désinformation. Elle en profite pour ridiculiser celui qui a encore le courage de porter et d’annoncer certains principes fondamentaux, certaines règles morales universelles, sans lesquelles l’humanité, malgré les avancements de la techno-science, risque de tomber dans un tohu-bohu prévisible. Le sida, maladie grave s’il en est, est en train de nous empêcher de réfléchir sur notre condition humaine. Le préservatif qui devrait l’empêcher, impose subtilement une sexualité sans risques, qui dégagerait l’être humain de toute responsabilité dans sa vie sexuelle. Le préservatif, petit à petit, est en train de créer une mentalité inquiétante, à savoir une sexualité en kit, jetable après usage.
Une sexualité sans risques ?
Je n’ai pas l’intention ici de défendre les propos du pape lors de son dernier voyage. Il est assez grand pour se défendre tout seul. Mais qu’a-t-il dit au juste ? Voici ce qu’il a dit, au sujet du sida, sur l’avion qui le conduisait en Afrique, il y a quelques jours.
« On ne peut vaincre ce problème du sida uniquement avec de l’argent. S’il n’y a pas l’âme, si les Africains ne s’aident pas, on ne peut résoudre ce fléau en distribuant des préservatifs ; au contraire, cela risque d’augmenter le problème. On ne peut trouver la solution que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui implique une nouvelle façon de se comporter l’un envers l’autre ; et le second, une amitié vraie, surtout envers ceux qui souffrent. »
Notre société valorise la pulsion pour elle-même alors que celle-ci ne peut être finalisée que dans la relation à l’objet. Les maladies transmises sexuellement, sont le plus souvent le résultat d’un comportement sexuel irresponsable. La responsabilité est l’un des critères de la personne libre. Or, cet appel à devenir des personnes qui peuvent répondre de leurs actes est aujourd’hui rapidement évacué du discours pour être remplacé par une opinion dominante, prêchée aux jeunes et au moins jeunes, par une propagande insidieuse et dévastatrice. On pourrait la résumer ainsi : Fais ce que tu veux, satisfais tes désirs comme ils viennent, évite toute frustration. Tu as droit à la relation sexuelle, tes parents et tes éducateurs n’ont rien à te dire. Ce qui résultera sera pris en compte par la société. Oui, fais ce que tu veux comme tu le veux. Tout est possible grâce à la merveilleuse invention du préservatif. »
Il ne s’agit pas ici de savoir si on est pour ou contre le préservatif. Il s’agit de se demander de quelle manière l’être humain peut et doit construire une sexualité authentiquement humaine. La sexualité, on le sait d’expérience, est une manière d’être en relation les uns avec les autres. Elle est finalisée, en grand partie, par la relation avec l’autre. Comme la tendance actuelle tire dans la direction de la déshumanisation de la sexualité, le risque est que la sexualité devienne uniquement instrumentalisée.
La mentalité actuelle repose sur le fait qu’une sexualité sans risques est possible. Celle-ci s’incruste lentement dans les spots publicitaires, même dans les manuels de biologie scolaire. Remettre en cause cette approche mécanique des rapports sexuels entre les humains, déclenche rapidement des réactions passionnelles et agressives et empêche de s’interroger collectivement et personnellement sur le sens des rapports sexuels entre les hommes et les femmes de bonne volonté. Oser écrire et dire que ce modèle est réducteur et ramène l’être humain à une machine à plaisir, c’est courir le risque de se voir épinglé le qualificatif de moralisateur. C’est aller à l’encontre du modèle sexuel admis de nos jours, un mode qui est le plus souvent irrationnel et sans fondements. Notre société moderne aurait-elle découverte le moyen de mettre la vie sexuelle des humains à l’abri des contingences de l’existence ? Au nom des maladies transmises sexuellement, faut-il exclure toute réflexion morale au sujet de la sexualité et surtout mettre sous le boisseau tout discours anthropologique sur le sens de l’amour humain ? Est-ce vrai que tout semble possible dans les rapports sexuels entre humains dans la mesure où l’on se protège ?
Oui, l’amour, ça se protège
La sexualité humaine n’est pas réductible à la quête du plaisir. Les propos tenus par Benoît XVI, lors de sa conférence de presse dans l’avion qui l’amenait au Cameroun il y a quelques jours, ne fait que rappeler ce point de vue ecclésial. Quelques journalistes, particulièrement ceux de l’Europe (France et Allemagne en particulier), n’ont retenu de ses dires qu’un mot ou deux : préservatif et avortement. Tirés de son contexte, ils peuvent être interprétés de différentes façons.
Le christianisme n’est pas une mode. Un courant de pensée manipulable. Falsifiable selon les désirs de chacun. Pour lui, la sexualité doit être orientée, élevée et intégrée par l’amour qui, seul, la rend vraiment humaine. Préparée par le développement biologique et psychique, elle croît harmonieusement et ne se réalise en plénitude que par la conquête de la maturité affective qui se manifeste dans l’amour désintéressé et dans le don total de soi-même à l’autre. Chacun, dans la relation, est renvoyé à l’autre, car il admet qu’il n’a pas sa fin en lui-même. L’amour amène l’autre à se réaliser par le don désintéressé de lui-même. Et chacun, dans le rapport qu’il entretient avec l’autre dans un engagement fidèle et définitif, prend sa source dans le fait qu’il est créé à l’image de Dieu, source de tout amour. Ici, l’amour n’est pas un sentiment ni une simple émotion. C’est avant tout « un projet à réaliser et une structure relationnelle dans laquelle les sentiments et les émotions prennent sens ».
C’est ce type d’amour que l’Église a sans cesse protégé. Il implique le libre choix des partenaires, leur consentement mutuel, l’égalité entre l’homme et la femme, l’acceptation des responsabilités conjugale et parentale dans la fidélité.
Entre l’idéal et la réalité
Le discours pastoral de l’Église catholique a sans cesse rappelé, - depuis l’apparition entre autre du sida - la nécessité de se protéger, de ne pas mettre en péril la vie d’autrui. Le regretté cardinal Lustigier fut l’un des premiers évêques français à le rappeler en 1988, lors d’une soirée consacrée au sida. « Quant à vous qui êtes atteints de cette maladie, si vous ne pouvez pas vivre ainsi dans la chasteté, prenez les moyens que l’on vous propose, par respect pour vous-même et par respect pour autrui. Vous ne devez pas donner la mort. » Le cardinal Coffy empruntait les mêmes voies : « Je suis face à des gens qui ont des habitudes, qui ont une hérédité lourde, je ne vais quand même pas leur demander de tuer leur voisin, en leur communiquant le sida. Par conséquent, en des cas très précis, il est clair que le préservatif s’impose. Le salut, la vie d’une personne compte plus que toute autre chose. » Le porte-parole de la conférence des évêques de France, Mgr di Falco corroborait les paroles de ses confrères dans l’épiscopat en 1995 : L’Église catholique propose de objectifs, un idéal. Certains refuseront jusqu’à l’idéal lui-même. (…) L’Église croit que la sexualité est belle, et fragile, et qu’elle est indissociable de l’amour. L’Église croit que l’on ne peut pas répondre aux questions justes et légitimes des jeunes par des considérations uniquement médicales, voire vétérinaires. Alors, c’est vrai, l’Église ne rejoint pas le discours hégémonique et stérile du « Mets un préservatif et fais ce que tu veux. » Elle préfère appeler à la fidélité et à l’abstinence, pas d’abord comme moyen de combattre le sida : d’abord comme moyen de trouver le bonheur. Mais il est bien évident, une fois montré l’objectif, que l’on doit être ni suicidaire ni criminel : il faut utiliser le préservatif si, pour des raisons qu’il ne m’appartient pas de juger, on n’a pas encore atteint l’idéal proposé. »
La clarté du discours de l’Église catholique
L’Église rappelle le sens de l’amour humain. La sexualité est belle et demeure une des modalités d’expression de cet amour. Elle propose et montre les voies à prendre pour atteindre l’idéal de l’amour. Elle ne l’impose pas : elle invite chacun à réfléchir sur le sens des rapports amoureux entre hommes et femmes et invite à chacun à prendre ses responsabilités. Le discours du pape, en ce sens, s’inscrit dans la longue tradition de l’Église. Remettre tout se confiance en un instrument comme le préservatif, ne fait que mécaniser les rapports sexuels entre les humains. L’humanité, pour s’épanouir et grandir, a besoin de plus que cela.
Nestor Turcotte – Matane
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —


