Un ami m’a dirigé, la semaine dernière, vers une publicité produite par Citizenship and Immigration Canada / Citoyenneté et Immigration Canada et diffusée sur Youtube. Plusieurs d’entre vous l’ont probablement vue, sinon précipitez-vous au http://www.youtube.com/watch?v=NJrby-i7XS0.
Cette publicité est révélatrice de la vision que cette agence entretient de la culture canadienne, c’est le moins qu’on puisse dire ; au beau milieu de la mer de drapeaux canadiens qui donnent un peu le tournis (ou la nausée, c’est selon) trône une chose indéfinissable aux couleurs du Québec, sur laquelle la caméra prend bien soin de s’attarder un instant. Or, il est important de le remarquer, la présence de la nation québécoise est illustrée par cette chose bleue (vers la fin de la publicité, on distingue qu’il s’agit d’un chapeau, en fait).
Ce chapeau trône sur un sac à dos, signe évident désignant la notion de voyage, de liberté, d’indépendance... Dois-je en dire plus ? C’est comme si l’on invitait le peuple québécois à prendre le large, à assumer ses responsabilités et son désir refoulé d’affranchissement. On n’a qu’à penser à tous ces jeunes qui, dès l’âge adulte, partent sac au dos à la découverte du monde, symbolisant par ce voyage initiatique l’atteinte d’une maturité qui permet le véritable libre arbitre. Il n’y a pas à dire, le symbole est fort ; on pourrait presque y voir, avec beaucoup de naïveté, une invitation à la souveraineté.
Cela dit, la présence de la culture québécoise est souvent reprise dans cette publicité pour définir la culture canadienne :
le sirop d’érable ;
la poutine ;
la ceinture fléchée en étoffe du pays ; notons que la ceinture fléchée est un symbole identitaire puissant depuis le milieu du XIXe siècle, alors que les Patriotes en recommandaient le port pour symboliser la résistance à l’hégémonie britannique sur le commerce canadien (je sais, je sais, celle qu’on nous montre ici n’est ni authentique ni fléchée, mais l’orignal est en peluche, le joueur de hockey et un comédien et l’agent de la GRC est probablement factice, il n’y a rien de choquant là-dedans !) ;
la veste de bûcheron que porte l’orignal.
D’autres signes distinctifs de la culture canadienne présentés dans la vidéo présentent un lien indubitable avec le Québec :
l’hymne national : hymne nationaliste chantant la gloire et le courage du peuple canadien-français, il a été composé à la demande de la Société Saint-Jean Baptiste. Ce n’est que plus tard qu’il a été traduit et trahi par les anglophones, qui en ont fait l’hymne national du Canada en 1980, après l’échec référendaire du 20 mai ;
la feuille d’érable, empruntée elle aussi au Québec jadis, fut même l’emblème de la Société Saint-Jean-Baptiste en 1834 ;
le hockey, dont la version moderne a tout de même été développée à Montréal.
Les signes canadiens empruntés à d’autres cultures sont souvent signifiants :
la couleur rouge, empruntée à l’Angleterre ;
la photo de la reine (élever l’assujettissement au rang de signe identitaire, c’est révélateur d’un système de valeurs très particulier !) ;
la musique country, qui nous vient de nos voisins du sud ;
le curling, un jeu d’origine écossaise.
Les signes proprement canadiens, de leur côté, se limitent à :
l’orignal ;
les références à l’hiver (skis alpins, tuque, « casque de poils ») ;
la GRC, dont la présence multiple et forte pourrait intimider un réfugié d’un État policier ;
le bilinguisme officiel sur le calendrier, le t-shirt, et dans la bouche maladroitement doublée de l’agent de la GRC. Notons que l’anglais vient évidemment en premier.
Les deux premiers ne sont que des éléments de décor, alors que les deux derniers font grincer des dents. Je ne dirai rien de plus et vous laisserai tirer vos propres conclusions, d’ailleurs.
Je ne parlerai pas des nombreuses erreurs de continuité que le montage laisse apparaître, elles sont normales dans ce genre de production.
Enfin, il est difficile de ne pas remarquer que seule la nation québécoise est présentée comme distincte dans cette vidéo. Rien ne rend compte, par exemple, de réalités autochtones, de la spécificité culturelle des pêcheurs des Maritimes, de ce qui caractérise les Prairies ou de l’importance du multiculturalisme canadien et de l’apport de l’immigration. Pour Citizenship and Immigration Canada, étrangement, le Canada se résume à deux groupes culturels. Étrange paradoxe, non ?









