Aujourd’hui avait lieu au Québec le lancement du livre « Maîtres chez nous, 21e siècle (MCN21) »
Voici un extrait d’un article à ce sujet dans Rue Frontenac :
"Quarante ans plus tard, estimant que le Québec pense encore comme un peuple de colonisés lorsqu’il est question d’énergie, un groupe d’environnementalistes chevronnés reprend le slogan Maîtres chez nous, 21e siècle et remonte aux barricades avec un projet de société visionnaire pour permettre au Québec de « prendre et de conserver le contrôle de son avenir économique et écologique en devenant le plus largement possible indépendant des énergies fossiles, importées ou non »."
Ici vous avez un lien pour découvrir la Table des matières du livre.
Voici ma très, très modeste participation extérieure à ce livre concernant la Suède :
Je suis heureux de partager avec vous ma vie au quotidien à Göteborg en ce qui a trait au transport et à l’énergie. Québécois ayant émigré en Suède depuis 2007, je ne peux m’empêcher de faire des comparaisons entre le Québec et ma nouvelle terre d’accueil, entre autres pour ce qui est des questions de transport et d’énergie.
Le contexte de Göteborg
Je demeure à Göteborg, la deuxième plus grande ville et moteur industriel de la Suède. Göteborg est la ville centrale de l’Ouest du pays, d’où proviennent entre autres Volvo et SAAB, mais également des entreprises pétrolières ainsi qu’une industrie maritime aujourd’hui en déclin. Jadis l’endroit le plus pollué de Suède, la région métropolitaine de Göteborg est en forte croissance depuis les années ’90, entre autres pour ce qui est de la question du développement des entreprises environnementales1. Göteborg et le Västra Götaland (nom de la région où elle est implantée) sont également leader en biogaz comme biocarburant mais travaillent également à rendre plus environnementale l’industrie maritime et la chimie, entre autres les carburants et les huiles. Étant situé au carrefour d’Oslo (Norvège), de Copenhague (Danemark) et de Stockholm (Suède), Göteborg est ainsi le plus important port de la Scandinavie.
Au niveau politique, Göteborg est dirigée par une coalition dirigée par le parti social-démocrate et le conseil municipal paritaire est dirigée depuis peu par une femme, Anneli Hulthén.
Le transport à Göteborg
Le partage de la route
En arrivant ici, la première chose qui m’a frappée, c’est la tranquillité relative en ville alors que l’on jouit d’un système de transport en commun très développé. Plusieurs rues sont réservées aux piétons ; cela donne une ambiance et un cachet unique à la ville. À Göteborg comme partout en Suède, il y a des traverses piétonnières à profusion et la loi impose aux automobilistes de faire un arrêt pour laisser traverser les piétons. Je vivais à Montréal auparavant et s’il y a une chose dont je ne m’ennuie pas, c’est bien de la circulation automobile très dense et cette mauvaise sensation que la ville a été créée pour les « machines », non pas pour les êtres humains.
À Göteborg, au centre-ville, on ne voit principalement que des autobus, des tramways, des taxis et quelques automobiles, à un point tel que j’oublie parfois qu’il existe des voitures pour particuliers.
La ville de Göteborg ayant comme entreprises Volvo et, à proximité, SAAB, et possédant un important port, le transport a toujours été une priorité, ce qui est particulièrement visible ici. Ce qui est frappant, c’est le type de modèle de voitures en circulation. Ce n’est pas tant la question qu’il y a beaucoup de petites voitures, comme en France : de façon générale, on dit que les Suédois aiment bien leurs grosses Volvo et leurs grosses SAAB. Mais c’est surtout qu’on ne voit que très rarement des VUS (véhicules utilitaires sportifs, mi-camion, mi-voiture) et beaucoup de voitures environnementales (Prius, bi-fuel, les controversées flexifuel à l’éthanol, les Smart, les voitures au « diésel vert », etc.) On m’a informé à savoir que, grâce à des politiques du gouvernement et de la ville, les gens ont été encouragés à acheter des voitures compactes et « vertes » et que ce programme a eu beaucoup de succès. Par exemple, quelqu’un qui possède une voiture hybride ou au biogaz peut se stationner gratuitement dans les espaces de stationnements municipaux, et ce, tant pour les stationnements en rue que dans les immeubles appartenant à la ville, ce qui inclut entre autres un grand nombre de blocs-appartements. La ville de Göteborg est également pionnière en biogaz comme biocarburant, et ce, tant pour la production que la distribution du biogaz2. Il y a donc un peu partout des stations-service FordonsGas, qui permettent l’approvisionnement en biogaz pour les voitures personnelles et celles des parcs automobiles publics et privés. Concernant les autobus et les taxis, je sais qu’une très grande partie de ceux-ci fonctionnent au gaz naturel et biogaz, ces deux gaz ayant la même propriété chimique, le CH4. On reconnaît les autobus au biogaz/gaz naturel à leurs cylindres installés sur le toit mais, contrairement à Montréal et les autobus roulant à 5 % de biodiésel, on ne fait pas mention en Suède du fait qu’il s’agit de véhicules pouvant rouler au biogaz, ce qui est dommage, selon moi…
Le transport en commun
Je ne possède pas d’automobile, donc lorsque je dois voyager en région, j’ai aussi la possibilité de le faire en autobus ou en train. Au Québec, je n’avais pas de voiture, et j’avais déjà pris l’habitude de voyager de cette façon. Par contre, plus souvent qu’autrement, je louais une voiture car je n’aimais pas le système de transport régional et le prix du train était trop dispendieux. En Suède, le transport régional est incomparable avec celui du Québec. Premièrement, le réseau ferroviaire est, ma foi, au moins 10 fois plus développé qu’au Québec. De plus, contrairement au Québec, le réseau en Suède est électrifié. Pour moi, étant Québécois d’origine, je n’arrive pas encore à concevoir qu’au Québec, un territoire où l’on peut être fiers de produire autant d’hydro-électricité, que les locomotives du réseau ferroviaire fonctionnent encore au mazout (Sylvain, je vais vérifier). Ici, je peux aller pratiquement dans n’importe quel petit village en train ou en autobus, ce qui à mon avis doit permettre d’attirer et de garder les jeunes en région. Plusieurs personnes au Québec répondront que le territoire québécois est trop étendu et que la population n’est pas assez nombreuse pour développer un tel système de transport régional. À mon avis, ces gens ont tout faux. La population de la Suède est comparable à celle du Québec et, contrairement à plusieurs autres pays d’Europe, par exemple, la densité de population en Suède n’est pas plus importante que celle du Québec ; l’argument ne tient donc pas. De plus, les trois principales villes du pays – Stockholm, Göteborg et Malmö -, sont éloignées de plusieurs centaines de kilomètres, un peu comme Québec, Montréal et Ottawa.
Je dois vous avouer que, si je devais revenir vivre au Québec, ça ferait de moi quelqu’un de bien malheureux en ce qui a trait au transport. Lorsque j’ai quitté la province en 2007, les viaducs semblaient vouloir s’effondrer et ce dont j’entendais le plus parler concernant le développement en transport était le projet de construction du pont de l’Autoroute 25 entre Laval et Montréal.
Énergie à Göteborg
De la gestion des « déchets » à la production et utilisation de l‘énergie
Je vis présentement dans un logement à Göteborg et je suis très satisfait de l’organisation en ce qui a trait à l’énergie et au traitement des ordures ménagères, qui sont maintenant pour moi deux choses intimement liées, c’est-à-dire que les deux ont un coût et une valeur, et que l’un sert à l’autre.
Tout est prévu : j’ai accès à des contenants qui me permettent de trier moi-même tout ce qu’il y peut être recyclé, tel que le plastique, le verre, le carton, le papier journal, les batteries usagées et les matières compostables. Les déchets non compostables et non recyclables sont brûlés pour produire le chauffage d’agglomération (district heating), un type de chauffage très commun à Göteborg et dans les pays nordiques. Les déchets compostables, eux, servent à produire du biogaz, qui se retrouve par la suite sous forme de biocarburant dans plusieurs autobus, taxis et automobiles. Comme le biogaz est introduit dans le système de distribution de gaz naturel, je fais cuire mes aliments avec ma cuisinière fonctionnant avec un mélange gaz naturel/biogaz (gaz vert). J’ai vraiment l’impression de faire ma part pour améliorer notre monde et je profite directement de mes actions lorsque je recycle.
Le chauffage est inclus dans le prix de mon loyer. Comme le gaz naturel n’est utilisé que pour ma cuisinière, c’est l’électricité que j’utilise comme autre source d’énergie. Ici, je peux choisir parmi quelques distributeurs d’électricité. Si ces distributeurs utilisent le même réseau de distribution, chacun d’eux achète de l’électricité de différents producteurs. Dans mon cas, l’entreprise que j’ai choisie me donne le choix de payer un peu plus cher pour utiliser de l’électricité produite uniquement par de l’énergie éolienne, solaire et biomasse et non le nucléaire. Le distributeur avec qui je fais affaire, PLUS ENERGI, appartient à une société publique-privée, une formule commune en Suède. Le partenaire public est Göteborg Energi, propriété de la ville de Göteborg alors que le partenaire public est Vattenfall. Il est à noter que Göteborg Energi est également impliqué avec un autre partenaire privé, DONG, pour la production et distribution du biogaz.
Sur ce, j’espère que mon expérience en Suède inspirera les Québécoises et les Québécois pour mettre en place de grands projets stimulants qui soutiendra une prospérité économique en respect de l’environnement et du mieux-être de la société en général, du local au planétaire.
Pour plus d’information sur la Suède, n’hésitez pas à consulter mon blog et le site de Bebop et cie






