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Bernard Amyot, dans un texte publié le 18 septembre 2006 dans les pages du Devoir, se propose de rétablir en bonne et due forme la mémoire collective des Québécois à propos d’un des personnages politiques de notre belle province, nul autre qu’Adélard Godbout. Dans sa lettre titrée « Adélard Godbout, la mémoire occultée », il tente de rétablir et de sauver envers et contre tous l’honneur du premier ministre québécois qui précéda, dans sa fonction, Maurice Duplessis. Or, il me semble que l’auteur des lignes en question verse soit dans l’hypocrisie, soit dans la propagande ou soit dans l’ignorance.
Tout d’abord, M. Amyot s’appuie sur une conception de la démocratie plutôt farfelue pour qualifier Godbout de démocrate. En effet, il confond deux choses : démocratie et conscription. Selon lui, Godbout se distingue des politiciens de son temps non seulement par les mesures progressistes qui ont caractérisé son règne (droit de vote aux femmes, école publique gratuite, Hydro-Québec), mais aussi par les mesures rétrogrades et anti-démocratiques qu’il imposa à la nation canadienne-française.
Ainsi, il louange sans retenue la décision de Godbout d’imposer la conscription de concert avec Mackenzie King (qu’il qualifie aussi de démocrate). Inutile de rappeler, je l’espère, que King avait remporté les élections sur la promesse de ne pas imposer la conscription ; promesse dont il s’est libéré après un référendum national. Pour M. Amyot, cette décision s’inscrit dans un cadre anti-fasciste. C’est tout comme si ceux qui refusent la conscription refusent aussi de se battre contre le régime nazi. Il n’en est pourtant rien. Le refus de la conscription représente le refus d’un peuple d’être obligé de se battre, et non un appui au camp adverse. En 1942, 71% des Québécois étaient opposés à la conscription. Le 30 septembre 1939, Adélard Godbout, avait déclaré : « Je m’engage sur l’honneur, en pesant chacun de ces mots, à quitter mon parti et même à le combattre, si un seul Canadien français, d’ici la fin des hostilités en Europe, est mobilisé contre son gré sous un régime libéral, ou même un régime provisoire auxquels participeraient nos ministres actuels dans le cabinet de M. King ».
C’est par un lien pernicieux que M. Amyot dérive ensuite sur le nationalisme qu’il prend bien soin de lier à des mots tels « nazi, Duplessis et clérical ». C’est un discours que l’on entend très souvent lors des différentes campagnes de peur organisées par le fédéral (souvenons-nous du « naziste » de Jean Lapierre, ou encore de « la grande noirceur » de Jean Charest qualifiant la période péquiste avant son élection). C’est aussi excessivement facile, démagogue et intellectuellement malhonnête. Amyot soutient aussi que Godbout a contribué à émanciper les Canadiens Français. Je me demande comment un parti aussi lié et soumis au parti libéral que put l’être celui de Godbout aurait pu aider à émanciper les canadiens français. En les envoyant se battre de force, une botte sur le visage ? Bref, voilà une autre chose qui aurait mérité un peu plus de nuance. Passons.
L’auteur semble percevoir un lien intrinsèque entre nationalisme et duplessisme. Encore une fois, il se met le doigt dans l’œil. Il faut lire André Laurendeau sur le sujet, qui développe le concept de « roi-nègre ». Par son apparence nationaliste, Duplessis a gardé le pouvoir tout en maintenant la population dans un état de domination. Chose qui s’est vue, aussi, dans les colonies africaines. Le « roi-nègre » conserve son titre afin que la domination blanche puisse subsister sans qu’il y ait risque de soulèvement. Duplessis n’a jamais, pourtant, fait la promotion de l’indépendance du Québec. Il n’a jamais, non plus, été aidé par Le Devoir, tel que l’auteur le soutient. Le Devoir fut l’un des seuls journaux qui n’était pas sous le contrôle du premier ministre, et ses journalistes étaient d’ailleurs exclus des conférences de presse. Mais où donc M. Amyot est-il allé chercher toutes ses informations, je me le demande.
Amyot finit par nous dire que les dirigeants nationalistes sont restés ancrés dans un esprit clérical et rétrograde. Ces généralisations me portent à croire que c’est lui-même qui est resté ancré dans une ère duplessiste passée depuis belle lurette. Où était-il lorsque le mouvement nationaliste a propulsé le Québec dans l’ère de la modernité, lorsque le nationalisme a obligé le fédéral à bouger, à mettre « les sièges en jeu », à essayer de trouver des solutions aux problèmes socio-économiques du Québec ?
Là où l’auteur frôle la raison, c’est lorsqu’il nous dit que le Québec possède une « culture de victime ». Adélard Godbout en fut un exemple, lorsqu’on considère son assujettissement complet au parti libéral fédéral et à ses directives.
Il est cependant dans l’erreur lorsqu’il affirme que les nationalistes (pour ne pas dire souverainiste, bien entendu) vilipendent sans cesse Godbout. C’est d’ailleurs Jean-Pierre Charbonneau, alors président de l’Assemblée nationale - aussi clérical et rétrograde, si l’on en croit les propos de M. Amyot - qui prononça un discours plus que flatteur pour les mesures progressistes de l’homme politique lors de l’inauguration d’un monument en l’honneur de ce personnage soi-disant « occulté ».
Pour finir, il semble évident qu’Amyot tente d’exprimer sa haine aveugle à travers un texte visant à rappeler la mémoire d’un personnage de notre histoire. Les liens malhonnêtes succèdent aux invectives insensées dans un texte où l’on peut constater une absence complète de toute nuance.
Que l’on se souvienne, soit. Là, je suis d’accord. Mais que l’on se souvienne bien !
Xavier Dionne
Étudiant au Bacc en science politique à l’UQAM
Montréal, 18 septembre 2006
Bonjour M. Dionne. Je vous félicite pour votre analyse,
C’est bien vrai que l’on doit à Adélard Godbout trois mesures progressives : 1-« La restauration du vote des femmes au Québec. » J’ai bien dit restauration et non « donné ou accordé » Les femmes du Bas-Canada s‘étaient arrogés le droit de vote en 1791, (Voir le document histoire du vote au Canada).Ce doit de vote fut aboli en 1849 par le Canada Uni les femmes n’ayant pas le droit de vote au Haut Canada. (Ce chapitre de notre histoire a été occulté)
2-L’instruction obligatoire pour les enfants de 6 à 13 ans.
3-La création de l’Hydro-Québec en 1943. Cependant la première nationalisation eut lieu sous le régime Duplessis en 1947 (Montreal Lignt Heat and Power)
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Une impardonnable mollesse
— Cependant, le gouvernement Godbout a cédé les droits de taxation sur les revenus des particuliers au gouvernement fédéral pendant la guerre. Une prérogative qui était du champ de compétence du Québec de par la constitution de 1867.
— -Lors du plébiscite de 1942 sur la conscription alors que le Québec avait voté Non à 72% et le Québec français à `85%, il n’avait pas voulu se prononcer. Il voulait laissé libre de se prononcer. On disait alors que c’était NOUI
— Dans son appui à l’effort de guerre, dans une envolée à l’Assemblée législative il avait déclaré que si on en lui donnait l’ordre « il irait ciré les bottes de nos soldats en Europe »
Il faut se méfier de ceux qui veulent en faire un grand homme. C’est presque un modère de sujétion.
Mes cordiales salutations, Jacques Vaillancourt, Québec. i

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