Les chefs de tous les partis politiques au monde doivent apprendre à nier la réalité quand ça va mal. Ça fait partie de leur description de tâches. Dans le cas de Stéphane Dion, il paraît de moins en moins convaincant quand il affirme que le Parti libéral est sur la bonne voie.
Plutôt que de chercher 56 000 excuses à gauche et à droite pour expliquer ses malheurs, Stéphane Dion devrait regarder dans sa cour arrière. La famille libérale est sur le bord d'une grosse chicane.
Imaginez-vous donc que dimanche dernier, le directeur général du Parti libéral du Canada, Jamie Carroll, en a lâché une bonne, au cours d'une rencontre privée du comité de gestion du PLC, à Ottawa.
Aux militants francophones qui réclament que le quartier général du parti et le bureau du chef de l'opposition fassent une plus grande place aux Québécois, Mister Carroll a répondu: «Si j'embauche plus de Québécois, est-ce que je vais aussi devoir embaucher plus de Chinois?»
Il y a eu comme un malaise dans la pièce. Un gros malaise qui résume le problème des libéraux: ce parti est contrôlé par des Anglais de Toronto qui ne comprennent rien au Québec, pour qui les Québécois et les Chinois, c'est du pareil au même.
On se demande ensuite pourquoi ce Mister Carroll et ses amis se seraient fait passer sur le corps par un train plutôt que de reconnaître la nation québécoise!
Les deux peuples fondateurs, ça vous dit quelque chose, Mister Carroll ? Pour lui comme pour bien des Canadiens anglais, les Québécois ne sont qu'une des minorités peuplant cette merveilleuse mosaïque qu'est le Canada. Vive le multiculturalisme!
Une blague
Quatre sources m'ont confirmé les propos de Jamie Carroll sur les Chinois et les Québécois, dont la sénatrice Marie Poulin, présidente nationale du PLC, qui dirigeait la rencontre de dimanche. «Il a fait une blague. Ça ne veut pas dire que c'était de bon goût ou de mauvais goût, mais c'était une blague», m'a assuré la sénatrice Poulin, hier.
- Il y avait 10 personnes dans la pièce. Est-ce que les gens ont ri de la blague?
- Moi, je n'ai pas ri. À bien y penser, personne n'a ri. Mais je n'ai pas senti de malaise, a-t-elle précisé.
Ce n'est pas pour vous contredire, mais il y a bel et bien eu un malaise, madame la sénatrice. Remarquez, le malaise ne date pas d'hier: les batailles entre militants ontariens et québécois font partie de la légende du parti. C'est normal. Il n'y a rien de mal à ça.
«On a tous failli un jour devenir souverainistes à force de côtoyer nos collègues du Canada anglais», me dit en riant un militant libéral de longue date.
Même chose au Parti conservateur. Des membres canadiens-anglais du gouvernement Harper ont avalé leur café de travers quand le premier ministre s'est levé aux Communes pour reconnaître la nation québécoise.
Ce qui enrage bien des militants du Parti libéral, c'est que leur chef s'entoure sans broncher de gens totalement inconscients de l'importance du Québec. Ce parti, qui a toujours soudé les anglophones et les francophones dans ce pays, a perdu son instinct gagnant.
On dit que M. Dion a compris le message. Le chef s'apprête à annoncer des nominations en haut lieu. Est-ce que ça sera suffisant pour freiner l'érosion des appuis au PLC? Les libéraux agonisent à 11% chez les francophones du Québec, derrière le NPD.
Et c'est ici que se jouera en grande partie le sort du prochain gouvernement.