Et n’allez surtout pas croire qu’il s’agit là d’un poisson d’avril. Il n’en est rien et je n’ai surtout pas l’esprit blagueur en ce jour où l’espièglerie est à l’honneur. Mais avant de passer aux sujets principaux que je veux aborder aujourd’hui, une mise au point me semble appropriée.
En aparté
Je reprends la plume après un mois d’absence de cette tribune, le temps de mener une campagne électorale dans Beauharnois, sous la bannière de Québec solidaire.
Je tiens à saluer la victoire de Serge Deslières. Je sais que le candidat du PQ a eu maille à partir face à son adversaire libéral Jean-Guy Hudon : vous auriez dû voir les journaux locaux du Suroît durant cette campagne, tous les coups étaient permis entre ces deux belligérants, ce fut une lutte de tous les instants, veuillez me croire. A tel point que les candidats des tiers partis, dont le candidat adéquiste Michael Betts, qui a coiffé Jean-Guy Hudon au second rang du scrutin, les Verts au quatrième et votre humble serviteur ayant recueilli un maigre 1,90% avec 600 votes en dernière place, je disais donc que cette lutte à finir entre Deslières et Hudon aura permis aux autres de mener une campagne de terrain.
Il m’est arrivé sur cette tribune dans un passé assez récent d’évoquer cette dualité que je vis en ma personne au plan des idéaux politiques, vous vous rappelez ?
Je n’ai jamais caché mes valeurs éthiques et sociales conservatrices, jumelées à une pensée économique se réclamant d’une gauche social-démocrate. Je vais épargner au lecteur tous les pourquoi de ce dualisme. Mais comme je l’ai déjà exprimé, je ne vois au Québec aucun parti politique structuré qui porte ce même dualisme surnommé par les Anglais de « Red Torries » (existe-t-il un terme français pour cette expression ?), et ce n’est pas nécessairement une contradiction. Jusqu’à la veille de l’appel au scrutin j’ai vécu une lutte intérieure entre les propositions de Québec solidaire en matière économique, et les propositions touchant la famille et la vie sociale proposée par l’ADQ. Il n’y a absolument rien de neuf à ce que je vous écris aujourd’hui, tout cela je l’ai précédemment exprimé dans « L’ADQ, un clone des Républicains ? ». Finalement je me suis rallié à l’entièreté du programme de Québec solidaire pour cette campagne, sans regret ni honte, bien au contraire. Je suis très heureux d’avoir vécu cette première expérience de campagne et je suis ravi d’avoir eu l’occasion de rencontrer un tas de gens et de bavarder avec les électeurs.
Puis-je me dire déçu des résultats de ce scrutin du 26 mars ? Pour Québec solidaire, les résultats de 4% furent en deçà des attentes du parti qui étaient de l’ordre de plus de 5%. Est-ce que ce résultat s’explique uniquement par une absence totale d’intérêt de la population québécoise en regard des engagements de QS ? Bien malin celui qui voudrait oser répondre positivement à cette question. Bien des électeurs se sont laissé entraîner par l’appel au vote stratégique, qui finalement n’a servi à strictement rien. La preuve est la cause souverainiste vient de subir le pire recul de son histoire récente, mais je vais revenir sur cette idée plus loin.
De l’autre côté, je suis bien loin d’être fâché de voir un certain conservatisme social gagner du terrain au Québec. Nous sommes à des années lumières d’un retour au duplessisme comme certaines langues voudraient le prétendre. Non, il est grandement temps que les valeurs entourant la famille, l’éthique sociale et le retour d’une certaine rigueur en éducation soient valorisées. C’est ce que l’ADQ laisse entrevoir dans ses engagements en cette matière, en plus d’un discours nationaliste identitaire qui plaît à une large partie de la population québécoise.
En somme, ce qui a fait pencher la balance pour que je prenne la décision de faire campagne chez Québec solidaire est la catastrophe du secteur manufacturier québécois, l’enrichissement d’une toute petite partie d’un groupe privilégié au détriment d’une population entière, qui voit sa classe moyenne se diluer dans une classe de plus en plus pauvre. L’équité et la justice distributive en matière d’économie l’ont emporté sur tout le reste. Faut croire qu’il n’y pas qu’un baptiste qui criait tout seul dans le désert à une certaine époque…
Louis Bernard avait raison, et son argument demeure entier.
Lors de la course à la direction du PQ en 2005, le candidat Louis Bernard (que j’avais appuyé), aimait à répéter aux diverses foules à qui il adressait son discours de campagne : « lorsque nous serons en campagne électorale, nous devons avoir le courage de dire aux électeurs du Québec, qui si vous ne voulez pas de la souveraineté, alors ne votez pas pour nous ». Peut-on s’entendre pour dire qu’une affirmation comme celle-là a le mérite d’être très claire, franche et sans aucune équivoque ? Et Louis Bernard dans sa candeur, avait et aura toujours raison !
La défaite du PQ aux élections du 26 mars dernier n’est pas un recul de la cause de l’indépendance nationale du Québec.
La défaite du PQ est attribuable en partie (car ce n’est pas l’unique raison), à l’incapacité de la direction de ce parti, depuis l’adhésion pragmatique à l’étapisme de Claude Morin, de répéter en toute franchise la déclaration de campagne de Louis Bernard. Les stratèges de ce parti ont tellement de crainte de pas être capables de se faire élire, qu’ils ont peur de leur ombrage, et c’est cette maudite peur qui fait reculer la faisabilité du pays !
Josée Legault, chroniqueuse à The Gazette, l’a merveilleusement illustré au lendemain de l’élection du 26 mars à la radio, et je vais la citer de mémoire (et pardonnez-moi Josée de l’approximation) « voit-on le PLQ reculer sur la force de son affirmation fédéraliste après chaque défaite ? Ce serait une chose insensée. Au contraire la thèse fédéraliste est affirmée avec encore plus de vigueur ».
Alors pourquoi ce qui est bon pour minou ne le serait-il pas pour pitou ? Pourquoi faut-il que les stratèges du PQ aient cette manie de vouloir placer la cause de l’indépendance nationale du Québec sur la glace à chaque fois qu’ils subissent un revers électoral ?
Est-ce que ça va prendre une transfusion de sang irlandais pour éveiller une véritable combativité pour nous l’obtenir notre libération du joug fédéraliste ?
Ce n’est pas de la souveraineté dont les gens sont tannés d’entendre parler, c’est de vous voir avoir les « kételles » juste à l’idée d’être obligés d’en parler, d’en expliquer la nécessité et les fondements sociologiques, culturels, économiques et d’appartenance à la seule nation francophone d’Amérique. Quand est-ce que vous allez comprendre que le peuple en a assez d’avoir affaire à des pissous ?
Et que l’on me comprenne bien ici : ce n’est pas aux vrais indépendantistes de cœur et d’âme que je m’adresse, mais bel et bien aux stratèges péquistes qui ne veulent en aucune manière prendre le taureau par les cornes ! Malgré toutes les belles réalisations livrées au peuple du Québec par le PQ quand il a été au pouvoir, là n’est pas sa vocation fondamentale.
Dites-vous bien une chose, mesdames et messieurs stratèges du PQ : si vous tenez absolument à mettre la cause indépendantiste sur la glace pour être en mesure de reprendre le pouvoir le plus tôt possible, vous venez d’ôter à ce parti l’âme qui est la sienne et le PQ n’a plus sa raison d’être, et il ne restera qu’une chose à faire : Tirer la « plug » et saborder ce parti. Continue, André, tu es bien aligné pour taper le dernier clou dans le cercueil.
En somme, reprenons l’expression de Louis Bernard de manière plus sarcastique : Si nous voulons d’un pays, ne votons plus à l’avenir pour ce parti qui en a peur comme son ombrage. C’est une chose que j’avais bien anticipée à l’arrivée du chef actuel et c’est la raison pour laquelle j’ai claqué la porte. Et c’est pour ça que le PQ est devenu un parti marginal à l’Assemblée nationale du Québec, et en plus, les gens ne veulent pas de ce chef prétentieux, glacial et technocrate comme premier ministre. Tant qu’il en sera le chef, il est m’est assez évident que ce parti est sur le respirateur artificiel.
… Et moi aussi j’avais raison.
Je ne peux m’empêcher de terminer cette chronique par une quasi-boutade.
Lors du retour de la pause du temps des fêtes le 14 janvier dernier, j’avais signé ma première chronique de 2007 du titre « Si la tendance se maintient ». Elle s’est tellement maintenue que c’est exactement ce que j’avais écrit ce jour-là qui s’est produit le 26 mars. Tout ça, grâce à mon pif !
Ça fait deux élections de suite où j’anticipe les résultats à quelques poussières près (au fédéral en 2006 et au Québec cette année), sans l’aide d’une méthode scientifique de quelque nature que ce soit. Uniquement le pif et les oreilles. Et dire qu’il n’y a pas une seule maison de sondage qui fut capable d’en faire autant, même à deux jours du vote du 26 mars.
Perry & Perry, la maison de sondage au pifomètre. Il me semble que ça ferait un beau nom de cabinet ?
Et je vous jure que ce n’est pas un poisson.

