Brève histoire de l’Église catholique au Québec

novembre 2007

" On comprend mieux l’histoire de l’Église au Québec et de ses rapports avec la société québécoise si on évite d’en faire une sorte de cas en soi et si on la replace plutôt dans la perspective du catholicisme mondial. " Ainsi Lucia Ferretti conclut-elle sa brève histoire religieuse du catholicisme québécois, exprimant de la sorte une des conquêtes de la nouvelle historiographie qui inspire cette brillante synthèse. Le lecteur est ainsi renvoyé à une double dimension de l’histoire catholique québécoise : un processus de confinement de la destinée d’une nation qui s’imagine et se veut catholique à partir du milieu du dix-neuvième siècle, dans l’espace qui se rétrécit de l’Amérique française initiale aux frontières d’une province, et la nécessité de placer cette destinée sur la scène internationale du catholicisme pour en expliquer correctement le parcours.

Personne n’avait tenté une synthèse condensée de l’histoire du catholicisme québécois depuis l’ouvrage rédigé à la hâte par Nive Voisine en 1970 à la demande de la Commission d’enquête sur l’Église et les laïcs. Durant cet intervalle est parue la grande collection dirigée par Nive Voisine (Histoire du catholicisme québécois, 1984, 1989, 1991, deux tomes parus ; on attend toujours celui portant sur le Régime français). La même période a connu une explosion de la production historiographique de la nouvelle génération et la présente synthèse tire profit du nouveau regard rendu possible, même si, paradoxalement, la thématique religieuse n’a commencé à réapparaître avec une certaine force qu’à partir du milieu des années quatre-vingt.

L’auteure découpe les quatre siècles de cette histoire en six chapitres, dont deux seulement sont consacrés à la période qui va de 1608 à 1840. Elle cerne les principaux aspects de l’implantation d’une Église française en Amérique : utopie missionnaire liée au mouvement dévot et destinée à l’échec, implantation communautaire, établissement des structures normales d’une Église intérieure à l’État gallican, etc. Puis vient le passage à l’État anglican, avec le long effort de reconnaissance politique négocié en priorité par un épiscopat qui ne peut qu’offrir son loyalisme en échange d’une certaine intégration dans le corps des lois de l’État. La relative brièveté de cette partie s’explique sans doute en partie par l’impopularité de cette période chez les historiens contemporains. La partie la plus innovatrice de la production savante, celle portant sur les contacts entre européens et autochtones, aurait pu être davantage intégrée.

Les chapitres trois et quatre (" L’ère Bourget (1840-1875) " et " Transition (1875-1918) ") constituent la section la plus fouillée de l’ouvrage, reflétant ainsi la prédilection des recherches récentes pour le dix-neuvième siècle. Le lecteur circule à l’aise dans une histoire qui combine l’observation des conduites populaires à l’analyse des politiques institutionnelles romaine. Deux thèmes ressortent ici, celui du renouveau religieux et organisationnel de cette Église et celui de son confinement graduel dans l’espace québécois sous l’influence d’une politique romaine parfaitement calquée sur la politique impériale britannique. La découverte de Hamelin et Gagnon, relayée avec une autorité définitive par Roberto Perrin, nous révèle le largage des " francophones hors Québec " par la puissance même qui était l’objet de toute leur adoration durant ce siècle, le Siège romain. Les deux chapitres restants traversent à la course l’apogée et le déclin de l’Église nationale ainsi que le début d’une quête d’identité à partir de 1960.

Je suis plein d’admiration pour cette brève synthèse. Tout ce que nous savons s’y trouve logé et interprété d’une manière équilibrée et sûre. L’auteure n’a pas le temps d’en faire un instrument qui problématise l’histoire et qui initie aux débats savants qui heureusement l’animent aujourd’hui. Ce n’est pas son propos. Elle entraîne le lecteur dans une course assez palpitante pour éveiller de nouveaux intérêts et elle le fait au surplus dans une langue étonnante de vivacité. Ce livre est aussi l’œuvre d’une écrivaine.

Lucia Ferretti, 1999, Brève histoire de l’Église catholique au Québec, Montréal, Boréal, 205 p.

***

Louis Rousseau

Université du Québec à Montréal

- source


FERRETI (Lucia).

Brève histoire de l’Église catholique au Québec. Boréal, Québec, 1999, 203 p. (bibliogr.).

Ce livre est certainement le bienvenu. Bien informé, il nous propose une synthèse
rapide de l’histoire de l’Église du Québec depuis le moment des premiers colons jusqu’à notre
époque. En 1971 Nive Voisine, avec Histoire de l’Église catholique au Québec, permettait de
sortir avec bonheur des horizons idéologiques triomphants de Lionel Groulx à la gloire de
l’institution. Depuis, certains discours affirmaient au contraire que celle-ci avait fini d’exister.
Il semble que L.F. ait trouvé le ton juste pour nous faire saisir toute la logique des évolutions
au-delà du simple exposé des faits.

Pour cela, dans un style concis avec des formules choisies, elle évoque régulièrement
le contexte général de l’Église universelle (rappelant en particulier les positions du Siège
Romain), les dimensions sociales, culturelles et économiques du pays et du monde, sans
oublier bien sûr la situation politique et les rapports avec l’État. D’autre part son diagnostic,
qui aurait parfois mérité plus de nuances, est éclairé par la pertinence des analyses
théologiques et sociologiques pour ce qui concerne la religion et la société.

Par ailleurs, L.F. a intégré les nombreuses recherches ciblées des historiens québécois
de ces dernières années. Cela lui permet de choisir un certain nombre d’exemples avec
discernement. Ceux-ci ne sont pas majorés pour eux-mêmes, mais sont au service de la
compréhension de cette logique générale. La concision des explications ne nuit généralement
pas à leur clarté. Ainsi, en quelques paragraphes on comprend pourquoi et comment Rome, à
la fin du dix-neuvième siècle, par sa politique de nomination des évêques, a fait le choix de
miser sur une Église anglophone au détriment des fidèles canadiens français pourtant
majoritaires. L’épisode des patriotes, symbolique pour beaucoup, est bien sûr souligné, mais
simplement resitué dans son environnement géopolitique, social et religieux plus général.

Ainsi, l’Église du Canada fut une Église de mission avant d’être une Église coloniale.
Loyale à la couronne anglaise, elle s’identifia ensuite au pays et au peuple canadien français.

Elle devint une Église nationale, « une Église ethnique par défaut ». Institution longtemps
dominante d’un peuple dominé, elle fut l’organisatrice de ce peuple et de la société. Ces
dernières années elle est une Église en quête d’elle-même ; il y a un éloignement du peuple.
Mais L.F. pense qu’il n’y a pas rupture ; le message chrétien de fraternité et d’espérance
persiste dans la société.

Ce livre renouvelle les connaissances et les perspectives, il est à conseiller à tous ceux
qui s’intéressent d’une manière plus ou moins proche au Québec. Aux Québécois bien sûr qui
sont déjà au fait de leur histoire. Mais également à tous les chercheurs qui veulent avoir un
accès à la fois rapide et informé sur cette sphère religieuse de ce pays.

Raymond Courcy.

Archives de sciences sociales
des religions

Numéro 120 (octobre - décembre 2002)

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Livres - revues - 2010

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