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Boulevard de la Péquisterie
Avec le temps, il est devenu lumineux que le problème existentiel du Parti québécois est insoluble : les Québécois ne veulent pas de la sécession. Et ils ne consentent à voter PQ ou à voter « oui » en proportion appréciable que lorsque le projet est, soit mis en veilleuse, soit à ce point édulcoré qu’on peut le confondre avec une proposition de fédéralisme renouvelé.
Mario Roy
Éditorial - La Presse
jeudi 17 mai 2007


Dans un monde idéal, un parti politique propose un scénario clair contenant le rôle qu’il estime devoir être celui de l’État. Ce rôle peut être à peu près semblable à celui qu’il joue déjà. Ou il peut prévoir des changements draconiens, par exemple, la constitution d’un État indépendant. Toujours dans un monde idéal, un parti obtient aux urnes le soutien de l’exacte proportion de l’électorat gagné à sa cause. Si cette proportion est suffisante, il accède au pouvoir d’effectuer la souveraineté, par exemple, s’il s’agissait du scénario proposé.

Le drame historique du Parti québécois est de n’avoir jamais, ni par élection ni par référendum, été capable de concilier l’offre claire de l’indépendance et l’accès démocratique à la possibilité de la déclarer.

De René Lévesque à André Boisclair, tous les chefs du PQ s’y sont cassé les dents de toutes les façons possibles et imaginables. Aujourd’hui, après un épisode presque bouffon de portes ouvertes et fermées, d’entrées côté cour et de sorties côté jardin, Pauline Marois hérite donc de la mise en scène de cette pièce injouable, pourtant inlassablement donnée sur le boulevard de la Péquisterie.

Avec le temps, il est devenu lumineux que le problème existentiel du Parti québécois est insoluble : les Québécois ne veulent pas de la sécession. Et ils ne consentent à voter PQ ou à voter « oui » en proportion appréciable que lorsque le projet est, soit mis en veilleuse, soit à ce point édulcoré qu’on peut le confondre avec une proposition de fédéralisme renouvelé.

Or, cela ne changera pas.

Mais ça n’a jamais cessé de gripper les rouages de la machine péquiste. Car les deux problèmes fondamentaux du parti depuis sa fondation découlent de là. Celui de l’écartèlement forcé du chef, et du programme, entre la droite et la gauche. Celui de l’écartèlement forcé du chef, et du programme, entre le nationalisme dur et - pardonnez l’expression...- l’accommodement raisonnable.

D’une part, la social-démocratie molle du PQ est difficile à dépoussiérer parce que la fibre du parti s’est tissée dans un univers où l’entrepreneur et l’altermondialiste sont contraints, pour le bien de la « cause », à la coexistence pacifique. Mais tirez un fil à droite ou à gauche et le tissu se défait.

D’autre part, pour la simple raison qu’il est une créature à destin unique, le parti a historiquement été tenu en otage par la puissante oligarchie des nationalistes durs. Et il ne faut jamais perdre de vue que le nationalisme, et la religion, sont les moteurs des plus irrationnelles intransigeances.

Tout cela relève de l’évidence, bien entendu.

Pourtant, dans les diagnostics portés au chevet du grabataire, on feint d’ignorer ses faiblesses génétiquement programmées. Et dans les pronostics jovialistes, on ne cesse de prévoir que, oui, le parti pourra encore une fois se remettre sans médication lourde.

Or, cela n’arrivera pas.

Les militants péquistes ont fait une grave erreur, il y a 18 mois, en préférant André Boisclair à Pauline Marois, celle-ci ayant sur celui-là des avantages - en termes d’aptitudes, d’expérience, d’intelligence politique, d’image populaire - qui crèvent les yeux aujourd’hui. En dépit de quoi elle ne fera pas de miracle, elle non plus.

Pauline Marois n’a en réalité qu’un seul scénario en main. C’est celui qui donne au PQ un rôle clair, défini, d’une scrupuleuse honnêteté intellectuelle, d’une totale transparence dans ses convictions. Indépendantiste pressé et abonné à la gauche classique ? Les plus zélés militants du parti seront à l’aise avec cette position, et il y aura de la noblesse à la défendre. Autonomiste et réformiste ? Ces voies-là sont encombrées, certes, mais pas toujours assez intelligemment balisées.

En somme, un seul fait est maintenant avéré : le Parti québécois ne peut plus monter deux pièces à la fois sur les mêmes planches. Cela ne conduit qu’à des bides.

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