Un fiasco sur toute la ligne. Non seulement Lulu y laisse-t-il beaucoup de plumes, mais la crédibilité de l’industrie sort durement amochée de son association avec lui, peu importe le « spin » qu’on va tenter de donner à son départ

Bouchard quitte l’Association pétrolière et gazière

L’ancien premier ministre Lucien Bouchard a quitté, jeudi, la présidence de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ).

M. Bouchard présidait l’APGQ depuis janvier 2011 dans le cadre d’un mandat que lui avait confié Talisman Energy. Jeudi, le géant albertain a annoncé son retrait de l’APGQ, ce qui a eu pour conséquence la démission de Lucien Bouchard de la présidence.

L’automne dernier, Talisman a radié en totalité les investissements de 109 millions de dollars qu’elle avait effectués dans le secteur du gaz de schiste au Québec au cours des dernières années. L’entreprise a notamment invoqué la faiblesse des prix du gaz naturel et sa décision de se concentrer sur les actifs qui génèrent des liquidités à court terme.

Dans une déclaration publiée jeudi, Talisman a dit avoir « apprécié la contribution de l’Association à la construction d’un dialogue avec les Québécois sur le potentiel de l’industrie pétrolière et gazière ». L’entreprise a ajouté n’avoir « pris aucune décision définitive quant à ses plans d’avenir au Québec ».

Au cours d’un entretien téléphonique, le directeur général de l’APGQ, Stéphane Gosselin, a convenu qu’il aurait « préféré » que Talisman et M. Bouchard demeurent au sein du regroupement. Il a noté que le mandat du président de l’APGQ ne dépasse habituellement pas deux ans, tout en reconnaissant que les membres étaient disposés à conserver « le plus longtemps possible » un président du « calibre » de Lucien Bouchard.

M. Gosselin a assuré que le retrait de Talisman n’allait pas mettre en péril l’APGQ. Celle-ci compte sept autres membres, dont Forest Oil, Lone Pine, Questerre, Gastem et Junex. Pétrolia, qui fait de l’exploration pétrolière en Gaspésie et à l’île d’Anticosti, n’en fait pas partie.

Le conseil d’administration de l’APGQ choisira le nouveau président au cours des prochaines semaines, a précisé Stéphane Gosselin.

Le porte-parole du Regroupement interrégional sur les gaz de schiste dans la Vallée du Saint-Laurent (RIGSVSL), Serge Fortier, a quant à lui indiqué que l’organisation qu’il représente accueille comme une bonne nouvelle le départ de M. Bouchard.

« On s’en réjouit. Mais il se peut qu’il soit remplacé par pire que lui ! Il faut dire qu’il était payé par l’entreprise Talisman et qu’elle a quitté l’Association. Contrairement à nous, je ne suis pas sûr qu’il ait assez de convictions pour le faire gratuitement. Il a probablement d’autres intérêts ailleurs », mentionne M. Fortier.

Les verts heureux

Le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, a annoncé, mercredi, que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) allait tenir des audiences élargies sur le gaz de schiste l’an prochain. Le moratoire sur l’exploration sera maintenu jusqu’à la fin de ce processus, plus long que celui mis en place par le précédent gouvernement libéral. Cette annonce réjouit également le Regroupement dont fait partie Serge Fortier.

En agissant de la sorte, le gouvernement lance selon lui un message clair aux compagnies gazières. « Ça fait 30 mois qu’on court après un moratoire et on a toujours voulu que les études soient confiées au BAPE. Alors c’est certain qu’on est satisfait et que ce sont des bonnes nouvelles », affirme le porte-parole.

Le RIGSVSL entretient cependant quelques réserves concernant le territoire visé par le moratoire. Le ministre Blanchet a clairement indiqué que cette mesure ainsi que les études du BAPE allaient se limiter au Centre-du-Québec et à la Montérégie.

« Nous sommes contre la fracturation hydraulique. Nous trouvons donc anormal qu’il risque de s’en faire ailleurs sur le territoire québécois et qu’elle ne sera pas arrêtée pour autant. Il faudrait voir les raisons pourquoi le moratoire ne s’appliquera pas au pétrole de schiste ou ailleurs dans la Vallée du Saint-Laurent. Il faudrait d’ailleurs savoir quel territoire est inclus dans la Vallée du Saint-Laurent », explique M. Fortier.

Ce dernier tient cependant à saluer la volonté du gouvernement actuel de rouvrir ce dossier. De son côté, le directeur général de l’APGQ n’a pas voulu commenter cette annonce du gouvernement.


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