J’aimerais réagir à deux textes publiés dans Le Devoir, le premier daté du 26 avril sous la plume de Martin Aumais, un texte intitulé « Le PQ doit se redéfinir », et un autre texte, celui-là rédigé par Antoine Robitaille, titré « Revenir à Lévesque », publié le 23 avril .
Dans un premier temps, j’aimerais aborder la perle clientéliste suivante de M. Aumais : « Le PQ ressemble à un club sélect où le programme est développé par et pour les militants. On est loin des préoccupations des Québécois, qui ont peu à faire des débats sur les référendums ou sur les élections référendaires. Il faut arrêter d’avoir peur de perdre la base radicale militante qui dicte le programme du parti. Qu’on soit d’accord ou pas, les électeurs ont toujours raison. »
Ma première question : dans ce parti où M. Aumais nous explique que le programme est, normalement, développé par et pour les militants, quelle est cette base radicale militante dont le parti devrait se départir ?
Si le PQ ressemble à un club select, ça n’a rien à voir avec une supposée base militante radicale. Cela relève plutôt de cette mentalité d’autruche montréalaise du leadership du PQ, inspirée par ce nationalisme civique trudeauiste que le PQ singe depuis le départ de Jacques Parizeau.
M. Aumais semble ignorer volontairement un fait important, c’est que le leadership du PQ est débranché de sa base depuis longtemps et que certains militants du PQ, tout aussi radicaux qu’ils puissent l’être, ont très peu d’influence auprès de ce leadership.
Un exemple pertinent et récent de cette déconnexion avant les élections de mars 2006 : la nationalisation de l’éolienne proposée par le SPQ Libre et le refus d’André Boisclair avec son entourage néolibéral, qui veillent plus aux intérêts de Bay street, plutôt que de ceux de la société québécoise.
Je crois que la lecture de M. Aumais des préoccupations des québécois par rapport aux débats référendaires passe à côté de certaines évidences : c’est que beaucoup des membres du PQ ne sont pas du tout obsédés par la tenue d’un référendum suite à une élection hypothétique d’un gouvernement du PQ, même minoritaire.
En tant qu’indépendantiste, pour moi, le référendum n’est rien d’autre qu’un des outils potentiels en vue de l’accession à l’indépendance de notre nation. Comme bien des membres de ce parti, je suis animé du désir de voir naître le pays du Québec et je veux m’assurer que c’est également la volonté du leadership de mon parti d’en faire la promotion coûte que coûte, avec un chef qui, au-delà des idées à la mode et des sondages sur les référendums, tiendra toujours le même discours, c’est-à-dire, la promotion de l’indépendance culturelle et économique d’un Québec français.
Ce parti doit revenir à l’essentiel, c’est-à-dire qu’il doit travailler sans relâche à rallier tous les québécois pour ce projet d’accession à l’indépendance. En 1995, on a réussi à rallier plus de 60% des québécois de souche. Mais, avec ces règles du jeu dictées par nos maîtres, ce n’était pas suffisant.
On ne devrait pas être révoltés et rester calmes face à ce constat !
Non. Beaucoup de militants du PQ sont très déçus de voir que le leadership du PQ arbore cet inoffensif manteau du nationalisme civique, ce qui a eu l’effet de diviser et de démobiliser les québécois.
Je vous mets au défi de parler à n’importe quel québécois indépendantiste et je crois que vous trouverez qu’il y a un consensus à savoir que la quête pour l’indépendance du Québec tire ses origines d’une volonté d’émancipation, cette volonté est issue d’un cadre identitaire commun qui est à la base même de notre récit historique, un volonté de préserver un Québec français.
C’est justement sur ce plan qu’il faut voir que des types comme MM. Michaud et Parizeau sont devenus des boucs émissaires commodes pour ce nouveau type de leadership du PQ, Lucide Bouchard en tête.
Comme conclusion pour son texte, M. Aumais finit avec ces mots : « Les militants devront comprendre que le PQ ne peut dicter ses volontés aux Québécois, car en réalité, ce sont les Québécois qui dictent leur volonté aux partis politiques. Et c’est ce qu’ils ont fait le 26 mars en votant massivement pour l’ADQ. »
Là, M. Aumais nage dans la fiction pure. Il faut voir que les électeurs réagissent à ce que proposent les leaders des différents partis, ceux-ci endossant une approche provincialiste de gouvernement, même le PQ. En terme d’exemples de ce que j’avance, il faut se souvenir des promesses de baisses d’impôt de Jean Charest en 2003 et en 2007 ; les positionnements de Mario Dumont sur la constitution du Québec et les accommodements raisonnables ainsi que ses propositions fiscales ciblant les familles, notamment un chèque hebdomadaire de 100$ par enfant. C’est évident qu’André Boisclair ne faisait pas le poids avec sa feuille de choux provincialiste. une plate-forme qui évacuait le côté identitaire de ce que revêt notre lutte. Beaucoup de ses autres promesses de la campagne de 2006 sont déjà oubliées chez beaucoup de gens.
De surcroît, je ne connais aucun indépendantiste qui tient à dicter quoi que ce soit à qui que ce soit. Il me semble que si beaucoup des membres du PQ ont des problèmes avec certains leaders récents de ce parti, c’est que ces leaders n’ont tout simplement pas su livrer la marchandise et ce, malgré un contexte favorable à notre cause. Je pense ici aux révélations découlant du scandale des commandites et les nombreuses démonstrations de l’incompétence et de la corruption du parlement canadian et les services gouvernementaux fédéraux, particulièrement ceux de l’environnement, des finances, des transports, de la GRC et de l’armée.
***
Maintenant, j’aimerais passer au texte passéiste d’Antoine Robitaille nommé « Revenir à Lévesque ».
Tout d’abord, voici la conclusion de son texte : « « Depuis la gaffe de Jacques Parizeau » au sujet de « l’argent et des votes ethniques », les péquistes sont « honteux », dit Robert Comeau. « Ils ont voulu se blanchir en disant qu’ils n’étaient pas nationalistes, qu’il fallait abandonner les mots "majorité francophone", en ne parlant plus des racines historiques de ce projet », dit-il. Ce nationalisme éthéré, désincarné a peut-être poussé bien des nationalistes québécois vers l’ADQ, aux dernières élections, elle dont le patriotisme semblait peut-être plus incarné. « Au fond, le PQ devrait revenir aux idées de René Lévesque », conclut Robert Comeau qui était à la fois un Québécois enraciné et un nationaliste. »
Contrairement à M. Comeau, à Lucien Bouchard ou à d’autres des hautes sphères du PQ, je ne crois pas qu’il y ait eu beaucoup de membres du PQ – ou de simples citoyens québécois francophones quant à ça - qui auraient été frappés de honte ou offusqués face aux propos de M. Parizeau le soir du référendum de 1995. Au contraire, après onze ou douze ans, je pense que beaucoup de gens ont compris, suite aux révélations sur Option-Canada et les tendances des votes des nouveaux arrivants assimilés au ROC, que M. Parizeau avait tout à fait raison de soulever ce viol flagrant du processus démocratique québécois par le pouvoir fédéral et certains groupes culturels, et ce, afin que tous les québécois puissent en débattre sur la place publique, en incluant ceux des groupes culturels qui votent à 90% et plus pour les libéraux et contre l’indépendance dans les mêmes proportions, pour qu’on puisse enfin accéder à un débat que devrait animer les forces indépendantistes pour essayer de dialoguer avec ces communautés récalcitrantes à l’endroit de notre cause.
Il faut bien se rendre à l’évidence que la volonté d’émancipation des québécois, se manifestant de génération en génération, rencontre une certaine hostilité de la part des anglos et de leurs sympathisants assimilés, d’un bout à l’autre du Canada.
L’histoire du Royaume-Uni et de l’Irlande du Nord, de même que notre propre histoire - en tant que peuple - devrait nous faire comprendre que nous sommes ici confrontés à des ennemis implacables en regard de notre cause. Ces loyalistes et leurs serfs ne ménagent rien pour nous mettre des bâtons dans les roues. Alors, on devrait fermer notre gueule et faire comme ce gentleman ghandiste Benoit Pelletier et tendre l’autre joue en attendant que le fruit devienne mûr, ou pourrisse ?
L’ultime fruit de nos efforts sera un pays. C’est ça le message qu’il faut passer.
Je suis d’accord avec l’idée qu’en tant que peuple, nous devons faire l’indépendance pour nous-mêmes. Mais, selon moi, c’est pas pour autant qu’il faut être complaisant envers nos ennemis...
Il faut se prononcer en ce sens et engager tout le monde sur le terrain des débats publics qui se présentent à nous.
À r’voyure
Daniel Sénéchal
Montréal
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

