2009, l’année du 250e anniversaire de la naissance du peuple distinct et souverain du Québec
Vigile dans sa fenêtre de haut de page cite Charles de Gaulle :
« Après que [la Conquête] eût arraché de ce sol la souveraineté inconsolable de la France, les ’Français canadiens’ sont convaincus qu’après le siècle d’oppression qui suivit pour eux la conquête anglaise, un second siècle écoulé sous le système défini par l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867 ne leur a pas assuré, dans leur propre pays, la liberté, l’égalité et la fraternité... »
« L’arrachement » de la « souveraineté inconsolable de la France » sur le sol québécois s’est produit parce que le Souverain de France, Louis XV, notre Souverain à l’époque où nous étions partie du peuple de France en Nouvelle-France, a abdiqué son devoir premier qui consiste à protéger son peuple de l’envahisseur. La Conquête de la partie du peuple de France en Nouvelle-France que nous étions, a fait d’un peuple sans Souverain, un peuple souverain, distinct du peuple de France et de tout autre, et ce, 30 ans avant la Révolution française et avant que le Souverain de France soit déchu de son habilité à incarner la souveraineté du peuple de France.
Par la Cession de ses territoires en Amérique, Louis XV a abdiqué sa souveraineté personnelle du peuple de France, mais pas la nôtre. Elle est la nôtre depuis qu’il a refusé d’en être la personnelle et charnelle incarnation en notre nom. Il n’a plus été en mesure d’incarner la souveraineté de cette partie du peuple de France vivant en Nouvelle-France dès lors qu’il nous abandonnait aux assauts d’un Empire concurrent et conquérant.
Comme si un peuple pouvait être objet de Cession !?
La défaite des armées du Souverain de France, lancées contre nos avis dans la bataille des Plaines d’Abraham le 13 septembre 1759, marque la naissance du peuple souverain du Québec, un peuple orphelin de Souverain. Un peuple dès lors souverain, contraint de vivre sous l’autorité d’occupation d’un État conquérant qui s’impose depuis à lui sous divers états. Des États qui se sont succédé sans jamais que le peuple souverain du Québec ne soit nommément appelé à approuver les Actes qui les ont fondés, constitués et gouvernés, et ce, de la Conquête et l’occupation militaire à l’État unilatéral imposé d’autorité en 1982 par un rapatriement constitutif jamais nommément soumis à l’approbation du peuple.
Les États passent, les peuples restent
Ce peuple orphelin, né dans la douleur et le sang versé le 13 septembre 1759 en tant que peuple souverain, vit depuis, hors l’État. Aucune Constitution d’aucun État ne reconnaît ne serait que son existence en tant que peuple démocratique, pacifiste et souverain. Réciproquement, aucun État n’a été, n’est toujours, nommément et démocratiquement reconnu comme existant et valide par le peuple démocratique et souverain du Québec. Et pour cause, les États qui se sont succédé depuis l’occupation britannique jusqu’au Canada unilatéral de 1982 qui a cours aujourd’hui, n’a ou n’aurait pu obtenir l’assentiment ou l’adhésion à « majorité claire » du peuple souverain du Québec. Ce peuple distinct de tout autre a refusé d’appartenir à la Couronne britannique, refuse toujours d’appartenir à un État qui ne le reconnaît pas comme existant, et refuse la souveraineté de l’État du Canada sur son territoire.
Ce qui ne l’a jamais empêché et ne l’empêche toujours pas d’exister, ni de se manifester comme existant et souverain. Il l’a fait et le fait toujours, tous les jours, par sa culture et son histoire, par « ses parlers et ses dires », celles et ceux qu’il crée ou dit pense ou chante chaque seconde de chaque minute de chaque heure du temps qu’il passe, éveillé dans son activité sociétale, culturelle, économique et politique. Il le fait à travers ses réalisations, celles de ses mères et pères, frères et soeurs, cousins cousines, anciens et nouveaux arrivants, celles des ouvriers et ouvrières, celles de ses élites, celles de ses artistes, et ce, depuis 400
ans en tant que partie du peuple de France et depuis 250 ans en tant que peuple distinct du peuple de France, en tant que peuple souverain du Québec.
Le Conquérant fédéré dans son appartenance fière à la Couronne de ses Souverains et Souveraines, même éclairé qu’il était par les lumières de la Civilisation qu’il prétendît défendre et illustrer là où le soleil ne se couchait jamais, ou par l’avis de ses meilleurs conseillers, Lord Durham en tête, n’a jamais compris qu’un peuple pouvait exister et vivre, souverain, hors l’État, hors l’adhésion à l’État de leurs Souverains. Ce peuple sous tutelle, supposé « sans culture et sans histoire » devait périr et s’assimiler à l’État de leurs Souverains, et renoncer à son sentiment d’être.
Cela n’a jamais été le cas. Ce peuple a fait mentir l’Histoire, pour peu que l’Histoire soit bien celle qu’a voulu penser et influencer ces tuteurs canadianisateurs et assimilateurs. En refusant obstinément d’appeler le peuple souverain du Québec à adhérer à cet État du Canada qui se dit démocratique alors qu’il s’est toujours imposé, qu’il s’impose toujours d’autorité, ces autorités politiques et intellectuelles pensent pouvoir s’imposer indéfiniment sans même que le peuple souverain ne soit appelé à le valider en toute légitimité. Cette illégitimité foncière du Canada est sa honte, une honte qui le pousse dans ses derniers retranchements quand il ne s’abstient pas de s’avilir en proférant des menaces de représailles économiques, culturelles, sociétales et politiques, sous la houlette d’activistes jusqu’auboutistes aveugles et sourds.
Ce 250e anniversaire de la naissance de ce peuple distinct et souverain du Québec, pourrait être l’occasion de manifester cette souveraine existence en forgeant un projet souverainiste fondé sur le peuple souverain tel que seul capable de fonder un État valide, exigeant désormais que tous les États, quels qu’ils soient, doivent nommément soumettre à l’approbation du peuple démocratique et souverain, l’Acte qui les fonde, les constitue et les gouverne. Sans cette approbation, tout État prétendant gouverner à bon droit le peuple souverain du Québec serait tenu pour ce qu’il est, inabouti et invalide.
Ne reste qu’à appeler un jour, le moment venu, le peuple souverain du Québec à se prononcer à cet égard. Un tel appel démocratiquement endossé par le peuple souverain du Québec opère un renversement paradigmatique dans l’état actuel des choses qui place l’État du Canada et ses autorités illégitimes, au dessus du peuple, alors que l’État valide ne peut qu’émaner du peuple et lui être soumis en droit. Ce qui n’est pas le cas dans l’État actuel du Canada. Seule notre incurie à cet égard permet que le Canada puisse s’imposer d’autorité sans recevoir la sanction du peuple, imposant ce faisant un statu quo de blocage délétère et avilissant, tout autant pour le peuple souverain du Canada que pour le peuple souverain du Québec.
Cet appel rétablit la réciprocité et l’équité entre les peuples démocratiques, pacifistes et souverains du Québec et du Canada. Si l’État démocratique du peuple souverain du Québec ne peut advenir démocratiquement que nommément validé par le peuple souverain, l’État du Canada ne saurait s’imposer que dans pareil avènement. Ce qui n’est pas le cas, et n’a jamais été le cas. Et pour cause, l’État actuel du Canada aurait été, est et sera rejeté par le peuple souverain du Québec. Si le Canada avait pu obtenir son adhésion, il n’aurait pas manqué de la solliciter, il ne l’a jamais fait ! Et pour cause, le Canada actuel était et est toujours majoritairement rejeté par le peuple souverain du Québec. C’est la honte refoulée du Canada.
Ce défaut, cette absence de claire adhésion au Canada permettent d’entretenir une funeste illusion. Celle qui nous fait croire que le Canada est bel et bien validé par les élections auxquelles nous participons à bon droit. Cette illusion place l’État en lui-même au dessus du peuple puisque le peuple n’est appelé qu’à choisir le gouvernement de l’État et non appelé à choisir l’État qui gouverne le gouvernement. Cette illusion nous fait croire que nous vivons dans un État démocratique et légitime. Certes il impose la légalité, il n’en tient qu’à nous le peuple souverain de lui imposer notre légitimité en dénonçant nommément dans l’État, sa propre illégitimité. Cette supposée légalité n’est qu’un leurre. Cet État n’est pas le nôtre, il est le leur, et ils font comme s’il était le nôtre alors même qu’ils savent bien que jamais nous ne l’aurions fait, ne le ferions nôtre si d’aventure la question nous avait été ou nous était posée. Ce défaut de légitimité impose aux uns ce à quoi se refusent les autres, et ce, en toute asymétrie et iniquité.
Le Canada, un pays inabouti
Cette démocratie inaboutie n’a jamais pu s’affranchir ni de son passé ni de son passif impérial et autocratique. L’État du Canada n’a jamais été fondé par et pour le peuple du Canada, pas plus que par et pour le peuple du Québec. Sa fondation est sans cesse reportée par notre incurie à l’invalider. Son affranchissement s’effondre dans le refus du peuple du Québec d’y adhérer.
La particularité de notre situation de peuple sans État, nous fait refuser l’État toujours hors l’État. Le refus de cet État-là, comme le peuple qui le refuse, se vit hors l’État, dans le vide constitutif du refus d’appeler le peuple à se prononcer à son égard et dans le vide dans lequel nous plonge l’absence des souverainistes sur ce terrain du refus de l’État dans l’État. Que l’Assemblée nationale se prononce n’est que l’avis d’une composante d’un État invalide. Même les souverainistes s’abstiennent d’appeler le peuple à se prononcer dans une institution de l’État validée nommément, précisément et directement par lui, et à incarner nommément dans l’État ce refus de l’État du Canada. L’imminence de l’avènement de l’État souverain a un temps justifié cette incurie. La perte de l’imminence pourrait changer la donne à cet égard. Nous avons maintenant du temps pour établir les bases que l’État du peuple souverain sur celles de l’invalidation de l’État actuel du Canada.
L’indépendance passerait par l’éclatement du PQ ? Vraiment ?
De la perte de l’imminence - Tribune libre de Vigile – 2008 11 23
Puisse cette 250e année d’anniversaire de la naissance du peuple distinct et souverain du Québec ouvrir la porte de cette voie d’accès qui est à notre portée et qui ferait s’incarner dans l’État la démocratique et souveraine volonté du peuple du Québec : vivre dans un État valide qui émane de lui, et à défaut, incarner dans l’État son refus de vivre dans un État invalidé par ce refus d’adhésion.
Bonne et souveraine année 2009
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

