« Les fédéraux voudraient bien jouer de la carotte et du bâton. Mais ils n'ont pas de carotte. Il ne leur reste que le bâton. » Pierre Falardeau

Chronique # 7

Biopsie de la campagne post-électorale

La liberté fait toujours peur, au début. Et nous avons honte de cette peur. La peur et la honte. C’est comme ça que le Canada a survécu jusqu’ici.

Chronique de Christian Maltais
samedi 12 mai 2007
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Voilà maintenant les choses revenues à la normale. La campagne est finie. Le dernier mot a été dit : Mario Dumont est le grand gagnant, avec sa cryptique voie du milieu. L’Honorable Jean Charest est réélu, avec le mandat clair d’obéir à Bay Street et d’applaudir aux inepties néo-coloniales de Stephen Harper. Quant au Parti Québécois, sa déconfiture est due au conservatisme québécois, homophobe (message conçu pour alimenter notre honte collective d’exister) et réactionnaire (ce qui est censé nous consoler). On n’emploie pas le mot réactionnaire, bien sûr ; cet épithète est réservé pour notre volonté d’émancipation, notre « nationalisme ethnique », que nous aurions dit-on rejeté en reléguant le P.Q. au rang de troisième parti. Non, le triomphe proclamé de la droite égoïste, racoleuse, aveugle à la souffrance qu’elle cause, mais rapide à ameuter les matraques quand le désespoir donne lieu à la rage, cette purulence réactionnaire a le droit de se draper des noms les plus nobles. La raison a parlé, voyez-vous. Nous voilà enfin entrés dans la modernité, n’est-ce pas. Le capitalisme est la source de tous les progrès du vingtième siècle, comme qu’y disent.

Mario Dumont a gagné le cœur des Québécois ; c’est ce que j’apprends en ouvrant le journal (n’importe lequel), ou en écoutant la radio, ou en allumant le meuble insignifiant avec des images qui bougent et des annonces de shampoing. Triomphe de la droite. Les pauvres séparatistes divisés et anéantis par leur cuisante défaite. Le Canada enfin libéré du règne de l’ingratitude des nègres blancs, nous les fourbes, désormais ralliés à la loi du plus fort. Coupons tous les programmes sociaux. Abolissons le salaire minimum. Acceptons dans l’allégresse les désastres écologiques provoqués par nos pharaons de la grande entreprise. Allons tuer des Arabes. Vive le progrès.

Je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui cloche dans cette belle unanimité. Le genre d’impression qu’on a quand un vendeur de voitures usagées nous apprend que la splendide Pinto 77 qu’il va nous faire à un prix imbattable est en parfait état, ayant appartenu à une bonne sœur qui ne s’en servait pour ainsi dire jamais. Ou quand un acteur à la retraite nous vante les mérites d’un produit miracle qui fait pousser les cheveux, ou d’une poêle à frire révolutionnaire. C’est sûrement vrai : ça passe à la télévision. Pourtant, je m’interroge. Alors, pour passer le temps entre deux manifestations massives à la gloire de notre glorieuse Reine, je m’amuse à faire des liens sans importance. Des calculs innocents. Des petites observations insignifiantes.
Note : je n’ai pas l’orgueil de me croire aussi brillant que les grands esprits du Journal de Montréal ou de Salut Bonjour. Si Radio-Canada invite tout le temps les éditorialistes de La Presse pour nous dire quoi penser, c’est qu’elle sait ce qu’elle fait. Et si tout ce beau monde dit la même chose, c’est sûrement parce que c’est la seule conclusion intelligente qui existe, et certainement pas parce que leur job est de dire ce que le Boss veut qu’ils disent. Si je croyais une telle chose, je serais extrémiste, et les extrémistes, c’est pas beau. Alors si mes calculs insignifiants laissent entendre que tout ce qui se dit dans les médias est de la propagande absurde, énorme et grotesque, c’est forcément que je dois être un extrémiste, parce que tout le monde qui se méfie des journalistes et des politiciens est un extrémiste. Honte à nous. Astheure, adonnons-nous au plaisir sulfureux de nous rappeler ce que c’est que d’avoir l’esprit critique.

La Droite a le triomphe un peu facile

D’abord, le "tsunami", le "raz de marée", la "vague de fond", la pluie de sauterelles adéquiste. Avec tout le respect, sincère, que je dois aux Québécois qui se sont sentis assez frustrés ou désespérés pour voter pour eux, il faut bien dire que la Droite a le triomphe un peu facile. L’ADQ est arrivée en deuxième place dans un contexte de gouvernement minoritaire. Le nombre de sièges qu’il a récoltés ne tient pas, on le sait, de l’expression proportionnelle de la volonté populaire, mais des aléas de la carte électorale. C’est d’ailleurs ce fait incontesté qui permet à la caste fédéraliste de proclamer à chaque victoire électorale indépendantiste que les résultats ne veulent rien dire. Ils sont bien placés pour le savoir. Si on veut avoir une idée réelle de l’esprit des électeurs, il vaut mieux commencer par un chiffre qui, lui, n’est pas insignifiant : le pourcentage des votes.

"Mais", entends-je dire les sycophantes habituels, "on les connait les résultats : 32 % pour le PLQ, des bons Canadiens Loyaux ; et 31 % pour notre belle Droite dorée de l’ADQ, Dieu bénisse son nom. Québec, tu es en mon pouvoir. Vive le Canada ! "
Ça se peut-tu !

Prenons un grand respir, et regardons les chiffres. Tous les chiffres. C’est-à-dire en incluant le grand négligé des arguties de nos moines de l’Ordre de Saint-Herméneute, la petite Aurore des politologues patentés, la statistique-martyre, j’ai nommé : le taux d’abstention.

Le taux d’abstention est de 29 %. Première constatation, évidente : près d’un Québécois sur trois, dont votre humble serviteur, a manifesté son enthousiasme pour le discours des trois partis en restant chez eux. Pour un peuple qui lors du dernier référendum a participé au vote à hauteur de 97 %, cette abstention n’est pas sans signification. Bien sûr, ce que ce silence électoral cherche à envoyer comme message restera de l’ordre de la conjecture. Aucun journaliste n’a daigné s’abaisser à savoir ce que le bon peuple pense vraiment. Détail insignifiant, après tout. Nous sommes en démocratie. Buvez Coke.

Néanmoins, on peut faire au moins une supposition : c’est que, selon nos braves médias d’information objective, l’ADQ avait le vent dans les voiles. Si vous vouliez voter pour ce parti, votre heure était venue. Le petit Mario, dont on nous chante la gloire depuis des années (il-est-jeune-il-est-beau-il-incarne-le-vrai-changement), allait enfin accéder au trône tant mérité. L’objectif, pour ceux à qui la manoeuvre aurait échappé, étant de faire sortir au maximum le vote adéquiste. C’est donc dire qu’il a selon toute vraisemblance fait le plein des votes qu’il est capable d’aller chercher. Ce qui était d’autant plus important que le parti de Méga-Mario était, trois mois avant les élections, à l’article de la mort. Lui et ses "idées". Le Devoir se lamentait telle une pleureuse au tombeau d’Égisthe : "De deux choses l’une. Ou bien le message ne passe pas, faute d’un argumentaire solide. Ou bien le messager ne parvient pas à faire vibrer les cordes sensibles." L’article s’appelait Non aux Lucides. C’était le 11 janvier, signé de la plume de Gérard Bérubé. Même le président de CROP en remettait, atterré par la solidarité pathologique de la peuplade tribale : "Les Québécois sont très attachés à leur social-démocratie. (...) Contrairement à nos hypothèses de départ (notez le parti-pris, NdA), les jeunes générations ne semblent pas particulièrement (notez l’euphémisme, NdA) enclines à vouloir réduire les services de l’État pour réduire la dette qui leur reviendra (notez la plogue idéologique, NdA). Au contraire, ils semblent plus que tous, proportionnellement, attachés à la social-démocratie québécoise".

"Il y a une limite à ce qu’on peut biaiser notre questionnaire", avait rajouté le maître es sondages, sans susciter de surprises. (Citation extraite d’un autre article de la même édition du Devoir, Les Québécois plus solidaires que lucides, par Alexandre Shields).

C’est beau la démocratie. Trois mois plus tard, au lendemain d’une élection précipitée pour tirer profit de la déconfiture d’un chef péquiste néo-libéral, voilà qu’on nous apprend que le Québec, le mystérieux Québec profond, sage (parce que réactionnaire) et pourtant consanguin (parce que Québécois), venait de découvrir la vertu transcendante des coupures sociales et de la maximisation des profits, le tout teinté d’un bon vieux repli sur soi crypto-raciste. Bien plus, ces résultats ne démontreraient-ils pas que, nonobstant l’article dévastateur du Devoir, dont l’encre venait à peine de sécher, nonobstant le mécontentement universel suscité par le banditisme légalisé du réingiénieur en chef (bonjour le Mont Orford), nonobstant notre refus catégorique et ininterrompu du radical-capitalisme de Mike Harris, Ralph Klein, et autres George W. Machin, nonobstant notre dégoût viscéral du profit impérial et du parfum sanglant des pétro-dollars, nonobstant enfin tout contact avec la réalité la plus criante, on nous apprenait que le Québec avait toujours, dans le fond, été à Droite, qu’il avait toujours méprisé les pauvres, et baigné de larmes de remerciements les bienheureux pieds des Seigneurs de Bay Street. Hosannah au plus haut des cieux.

Tout ça parce que le petit Dumont a fait 31 % des votes exprimés. EXPRIMÉS.

Retournons à la réalité partagée par 98,97 % de la population terrestre, qu’on appelle aussi la raison. Pour ce faire, décortiquons une fois pour toutes les résultats de la dernière élection. Mais cette fois, soyons plus respecteux de l’intelligence de tous les Québécois, en l’occurence la vôtre, et ajustons les chiffres en tenant compte du taux d’abstention. En prenant compte des électeurs qui ont choisi de ne pas voter, quel pourcentage des Québécois a réellement voté pour chacun des partis ?

Voici ce que ça donne :

Abstentions : 			29 %
PLQ : 				23 %
ADQ : 				22 %
PQ : 				20 %
Partis progressistes :	 6 %

22 % pour l’ADQ

Vous conviendrez que ce n’est pas tout-à-fait un triomphe digne d’Alexandre. Idem pour les deux autres "gros partis", d’ailleurs. En termes de résultats, finalement, c’est plutôt Schtroumpf Vert / Vert Schtroumpf. It is the kif-kif.

Les "accommodements raisonnables"... Pactole pour le Régime

Maintenant, voici un brin d’analyse sans conséquence, n’étant pas homologuée par la Ligue de Défense Objective du Fédéralisme et de la Grande Entreprise, Bénis Soient Leurs Noms.

ADQ : A fait le plein des votes en tablant sur les difficultés financières de la classe moyenne, blâmées naturellement sur les assistés sociaux qui profitent du système, contrairement aux milliardaires que nous subventionnons grassement ; a touché le gros lot en capitalisant sur le malaise dit des "accommodements raisonnables", prenant bien soin de l’envenimer dans les limites de l’indécence. A pris bien soin de taire le fait que si les Québécois réagissent tant à cette dernière question, c’est pour deux raisons bien simples :

1) Le Canada, non content d’assimiler notre peuple, nous a interdit par la honte et la calomnie de nous nommer, et d’exprimer notre culture. Céline Dion qui chante la chanson de Titanic à la fête du Canada : voilà la culture Canadienne-Française que nos amis Anglais nous permettent. Sinon, vlan ! Un exposé dans le New Yorker ou le Spiegel sur notre antisémitisme génétique, notre haine farouche de la liberté, notre alcoolisme, nos mauvaises manières, notre mauvais parler, notre débilité, et la grâce infinie de nos maîtres victoriens qui condescendent à laisser notre troupeau profiter d’une aide sociale généralisée qu’il ne mérite même pas. Nous sommes bêtes et laids, car nous ne sommes pas Anglais, eux dont la langue est celle des affaires, la langue internationale, comme le latin l’était aux belles heures de Rome.

Le nouveau chef de l’Opposition a saisi cette frustration, et lui a donné une voie, Ô combien modeste, pour s’exprimer. Et aujourd’hui qu’il a convaincu le troupeau des damnés à se rallier à lui, le preux Mario propose de signer l’inique constitution de 1982. Pour faire accepter cette trahison, et détourner notre colère, nul doute qu’il nous convaincra du bien-fondé de casser la gueule aux méchants extrémistes musulmans.

2) Parlons-en des musulmans. Voilà cinquante ans qu’ils se font bombarder par "le monde libre". Quand ils élisent des modérés, on les massacre. Quand ils tentent de renverser les dictateurs mis en place aux bons soins de l’Occident, on les massacre. Quand un de ces dictateurs refuse d’obéir aux ordres, comme en 1990, on les massacre. Quand, l’URSS étant écroulé, le complexe militaro-industriel a besoin d’un nouveau Frankenstein, on les massacre. Et quand une poignée de musulmans en a marre, et qu’ils se tournent vers ce qui paraît le moins mauvais d’une liste de choix catastrophiques, et adoptent l’intégrisme... Alors, on les traite de sauvages, jusqu’au dernier, et on les massacre.

Le peuple québécois n’est quand même pas si bête qu’on aime le faire croire. Vous étiez de quel bord, vous, quand l’État d’Israël a encore une fois bombardé le Liban ? C’est pour cela que la polémique sur les accomodements raisonnables est une telle aubaine pour nos gérants de la succursale impériale. Nous avons une réaction épidermique à l’intégrisme musulman, parce que nous avons connu l’intégrisme catholique. Nos bons curés, tandis qu’ils réécrivaient l’histoire pour se donner le rôle de sauveurs de l’âme canadienne française, excommuniaient les patriotes et allaient voir les marchands britanniques pour leur promettre qu’ils tiendraient en laisse le peuple rebelle. Marché conclu. Pendant ce temps, les petits marchands collabos, ayant survécu à la répression de 1837-1838, et devenus rois-nègres, se sont fait honneur de nous vendre aux colonisateurs britanniques en 1867. Et puis, les barons-voleurs, potentats du chemin de fer, avaient besoin d’une population servile pour payer l’expansion nécessaire à ses profits. Ils étaient dans le trou. Nous avons payé leur dette. C’est cela, le pacte confédératif. Avec le bénéfice supplémentaire d’une nouvelle police montée, fondée dans le but avoué de massacrer les métis et les travailleurs récalcitrants. The mounties always get their man. C’est eux qu’on envoie traditionnellement nous mitrailler quand nous refusons de prendre les armes à la gloire de l’Empire. Bénies soient ces balles.
Nous avons enduré tout cela. 123 ans de clergé. Un long siècle de honte, à genoux s’il-vous-plait. Puis nous en avons eu assez. Fini les sermons à la gloire de la famine et de la soumission éternelle.

Mais un peuple à qui on refuse le droit d’exister n’a pas le droit de dire son histoire. Ces choses, nous devons nous les réapprendre nous-mêmes. Et ça prend du temps. Monsieur Dumont, lui, n’a pas ce handicap. Il peut dire ce qu’il veut, quand il veut : il a toujours derrière lui trente chroniqueurs objectifs pour le trouver brillant. Issu d’un peuple vaincu et écrasé, mais qui a appris à se relever, ce politicien, promis aux honneurs qu’on doit aux commis de province, donne à notre colère confuse un ennemi facile, qui ne réalise pas la maladresse d’afficher sa rébellion derrière un voile qui nous rappelle trop de choses. L’intégrisme nous fait injure sans qu’on n’ait jamais pu, faute d’être libres, lui expliquer pourquoi. Les soi-disant extrémistes musulmans, cachés dans chaque Merguez, un couteau entre les dents, comprendraient-ils la cause de notre intolérance ? Comprendrions-nous celle de la leur ? Ce n’est pas dans le Canada qu’on va le savoir. On ne dialogue pas dans un Régime oppressif. On écoute le maître nous dire ce que nous devons dire. C’est comme ça qu’on sait que le régime est oppressif. Ce n’est pas par l’inconfort : c’est pas l’obligation constante, et toute naturelle, de nous écraser. La politesse de parler anglais. L’impolitesse de parler français. On nous a appris à intégrer cela.

Les "accommodements raisonnables"... Pactole pour le Régime. Divisez pour régner. Air connu. Nous n’avons pas le droit d’exister, mais nous avons le droit d’haïr, pourvu qu’il s’agisse d’un autre opprimé. Et tandis que s’entredéchirent les natives qu’il tient sous sa botte, le fils de Britannia pleure des larmes sèches devant tant de barbarie, et se félicite d’être de la plus belle civilisation au monde.

Voilà pour Mario. Un frelateur de colère. Un homme, à tous égards, petit.

PLQ : Néant. Ne récolte plus guère que les votes de ceux qui de Westmount crient au génocide et appellent à la partition. Plus quelques banquiers, peut-être. Adjoignons à son électorat l’équipe éditoriale de La Presse, journal satyrique bien connu de la région métropolitaine, qu’à force de ridicule tout le monde a appris à ne jamais prendre au sérieux.

PQ : Ah.

Depuis presque quatre décennies, le mouvement de libération nationale s’entredéchire. Faut-il appuyer le Parti Québécois ? Les arguments de part et d’autre, vous les connaissez. Nous les avons tous entendus, et répétés, des milliers de fois. Avec passion, avec colère, avec l’urgence de notre volonté d’être libres.

Le PQ n’a pas cette volonté.

Le Parti Québécois est un outil important dans notre lutte. Mais il n’est que cela. Un outil, parmi tant d’autres. Un parti, opérant dans les limites restreintes d’un Régime dont chaque institution est consacrée à notre soumission ou notre disparition, ne peut pas être notre principal cheval de bataille. Il ne doit pas l’être.

Beaucoup de gens que j’aime militent pour le Parti Québécois. Je respecte cet engagement. Ils le font parce qu’ils croient en notre indépendance. Ils le font parce qu’ils veulent enfin vivre comme des femmes et des hommes libres. Ils le font parce qu’ils considèrent que c’est le meilleur choix stratégique, le meilleur endroit où canaliser leurs énergies.

Ils ne le font pas parce qu’ils considèrent que le Parti Québécois est un grand parti. Ils ne sont pas fous.

Ceci dit, c’est la confiance que nous avons accordée au Parti Québécois pendant si longtemps qui nous a menés à la situation que nous connaissons aujourd’hui. Parce que le Parti Québécois ne travaille pas pour l’indépendance nationale, pour la solidarité avec les autres peuples de la Terre, pour aucune des causes qui nous tiennent à coeur, pas même pour la survie du peuple québécois. Le PQ n’est pas cela ; et, à l’exception peut-être du bref règne de Jacques Parizeau, il ne l’a jamais été. Son unique adversaire, ce n’est pas le Canada, ni le colonialisme, ni l’impérialisme, ni la faim, ni la misère, ni l’injustice, ni rien de toutes ces choses avec lesquelles il s’accommode très bien.

Son ennemi, ce sont les "purs et durs". Et qui sont ces gens ? Ce sont ceux qui refusent la ligne dictée par l’exécutif du parti. Lequel n’a pas été fondé pour faire l’indépendance, au contraire du RIN, que René Lévesque trouvait bien extrémiste ; mais bien pour réaliser une réforme du fédéralisme, baptisée souveraineté-association, afin de réaliser enfin le fantasme d’un état bi-national rêvé par Henri-Bourassa trente ans après la création du plus beau pays au monde, dans un document intitulé Acte d’Amérique du Nord Britannique.
Britannique.
Britannique.
British.

Speak White. L’expression revient à la mode, à ce qu’il paraît. Elle est en tout cas assez bonne pour les commentateurs de la CBC. Ne cherchez pas le second degré. Il n’y en a pas.

À la fin de la conférence de Québec, en 1864, où ont été établies les 72 résolutions adoptées en 1867 pour donner naissance au Canada, le père de la confédération George Brown s’est exclamé, triomphant : "Is it not wonderful ? French Canadianism entirely extinguished ! "

Georges Étienne-Cartier n’a rien dit. Il est parti convaincre les députés canadiens-français de l’excellence de la nouvelle entente. Il a réussi.

Le Canada a pris notre nom. Il a pris notre liberté. Il a pris notre dignité. Et nous avons fait comme tous les peuples opprimés : nous avons appris à aimer nos maîtres, et à redouter leur colère. L’ennemi est devenu non pas celui qui nous méprise, mais celui qui dénonce ce mépris. Et répète la facilité de s’en libérer. Suffit de vouloir. Le pire qu’ils peuvent faire, c’est de nous envoyer l’armée. Et après ?

La liberté fait toujours peur, au début. Et nous avons honte de cette peur. La peur et la honte. C’est comme ça que le Canada a survécu jusqu’ici.

Le Parti Québécois n’a jamais aimé parler d’oppression. "Le Canada n’est pas le goulag", disait l’autre. Et il s’est bâti, on l’oublie trop souvent, en opposition aux méchants extrémistes terroristes assoiffés de sang du FLQ. Quand l’armée héroïque du Canada débarque sur nos terres pour nous montrer qui est-ce qui mène, le Parti a son heure de gloire. Bien sûr, affirme-t-il, il faut comprendre que les felquistes expriment une frustration réelle... mais nous sommes modérés, pas comme ces sales barbus.

Quand on découvre le cadavre de Pierre Laporte, la population occupée militairement est doublement sous le choc. Quelle est la part de répulsion ? De peur ? De honte ? De satisfaction ? C’est le grand traumatisme de la répression de 1970. Traumatiser les gens, c’est le but visé. C’est ça, la répression. Les maîtres agissent toujours ainsi. Pour maintenir l’oppression, qui est ce que nous vivons à tous les jours.

Après le choc de 1970, il y a un divorce. Les radicaux, progressistes, sont peu à peu allés rejoindre les Marxistes-Léninistes. À l’époque, ça se défendait. Comble de l’ironie, se basant sans doute sur un vieux texte de Staline, ils ont décidé de devenir fédéralistes. L’union de tous les travailleurs Ad Mari usque ad Mare, et tout ce genre de choses. Ils se sont sabordés après la première défaite référendaire. Les gens n’avaient plus le goût de se battre. Allez savoir pourquoi.

Quand aux indépendantistes, blessés, meurtris, honteux, leurs émotions un capharnaum de contradictions - les felquistes avaient raison, mais ils ont tué un homme - ils sont allés rejoindre le parti même dont le manque de scrupules et l’opportunisme avaient poussé de jeunes militants de la Rive-Sud à se joindre au FLQ 70. Le parti même qui n’aurait de cesse d’exclure et de ridiculiser tous les militants dont le discours libérateur effrayait les apparatchiks. Un parti dont la plate-forme, et les tactiques - à commencer par le fameux référendum, une invention tardive - seraient concoctées par un agent double à la solde d’Ottawa (d’aucuns disent même Washington). Tactiques et discours qui demeurent les mêmes longtemps après que Claude Morin ait été démasqué. On l’invite encore dans les médias, d’ailleurs, Monsieur Morin. En tant qu’ancien stratège péquiste.

Histoire sempiternelle du Parti. La même peur de la défaite, et surtout de la victoire. Le même tabou de la Liberté. Le même aveuglement aux injures, aux préparatifs d’agression, à l’hystérie de ceux qui nous dominent depuis tellement longtemps qu’ils en sont venus à croire que c’est normal. Et pour eux, ce l’est. Notre liberté les obligerait à se remettre en question ; elle est dangereuse. On oublie que le Canada a peur de nous. Presque autant que le Parti Québécois...

On continue d’exclure les "purs et durs", les "intégristes de la langue", ceux qu’un véritable mouvement appelle ses militants. Alors ceux-ci votent ADQ, ou pour le Parti Vert, ou Québec Solidaire. Ou ils restent à la maison.

20 % d’entre eux, 20 % d’entre nous, espèrent qu’ils peuvent encore croire au Parti Québécois. Je crois qu’il y a beaucoup de chagrin chez ces gens. Je peux me tromper.
J’aime bien René Lévesque, malgré moi, parce qu’il nous a quand même rappelé une fois que nous étions "peut-être quelque chose comme un grand peuple". Il avait un côté attachant, ti-poil. Mais ce n’était pas le Messie. Et, amis péquistes, excusez-moi, mais est-ce qu’on peut se parler franchement ? Ni René Lévesque, ni son parti, n’ont jamais été indépendantistes. Ni, d’ailleurs, progressistes, dans le sens où nous l’entendons. Quelques députés, oui, bien sûr. Mais pas le parti. Il n’a pas été fondé pour ça. S’il l’était, après quarante ans, on s’en serait rendu compte. Je sais que c’est dur. Mais le coureur a eu sa chance. C’était à lui de nous écouter. Il ne l’a jamais fait. Jamais. Il nous a dit de lui obéir, pour la cause. Nous l’avons fait. Comment va la cause ?

La cause va bien.

La cause, c’est nous.

Nous tous, avec nos espoirs et nos engueulades, nos petites catastrophes et nos grandes victoires. Dont la plus grande est celle que nous sommes en train de remporter sur nos illusions. Ce n’est pas grave, d’avoir eu des illusions. Ça prouve que nous sommes humains. Ça va.

Nous allons faire l’Indépendance du Québec.

Car un jour nous serons assez à nous souvenir de ce sentiment, qu’ignorent les partis, cet état d’irrépressible beauté qui est l’état naturel de la race humaine, et qu’on appelle Liberté.

Commentaires

  • cNMNWQUaXABwcKCAve, 26 novembre 2012 17h59

    That’s a stlube way of thinking about it.

  • le souverainiste, 15 mai 2007 17h59

    Franchement vous êtes long !
    Mais que le pq ne soit pas un parti souverainiste ...?
    Une chose est sûr que la vocation du peuple du Québec a été
    détournée par Claude Morin et surtout son maudit référendum ?
    Achetez donc une auto vous sans savoir ce qu’elle représente
    pour vous ?
    Mde Marois a décidé de ne plus se faire piéger par ce maudit référendum sans au moins savoir qu’est-ce qu’on gagne
    avec le Canada ?
    La réponse est venu hier au Communes la Minorisation
    jusqu’à la disparition.
    Alors si on n’a des couilles crissss on décriss d’un
    système comme ça quitte à en perdre la vie ?
    Salutations
    d’un souverainiste qui a été en tôle en 70 parce qu’il dénonçcait
    se système et le dénonce encore tout comme vous !!
    Roch Gosselin

  • Xavier Dionne, 2 mai 2007 14h01

    Il faut être aveugle ou bien fatigué pour ne pas reconnaître ce que M. Maltais décrit. La domination canadienne est toujours très présente. Peut-être est-elle plus subtile, cachée sous une constitution formellement neutre, mais insidieusement élaborée en fonction des intérêts canadiens anglais. Si vous ne croyez pas cela, allez lire le Devoir d’aujourd’hui, vous verez pourquoi le Canada n’est pas réformable ("Le mirage constitutionnel").

    Si vous croyez que parce que les autres provinces se plaignent, ça nous enlève le droit de crier à l’injustice, vous tombez bien bas. Accepter la domination parce qu’elle existe ailleurs et en pire (lorsqu’on parle de l’Afrique), c’est accepter la domination tout court.

    La répression n’est peut-être pas armée (quoiqu’il nous suffirait de retourner que quelques années en arrière pour contester cette affirmation...), mais elle est présente et beaucoup plus subtile et insidieuse.
    Si vous vous culpabilisez parce que l’Ouest et les territoires aussi se plaignent, vous passez complètement à côté du problème. Le problème, c’est pas qu’on est mieux ou moins bon qu’eux, qu’on a moins ou plus de raison de faire l’indépendance ; le problème, c’est que cette indépendance n’aie pas été réalisée, encore, et que plus on attend, plus le cachot se resserre.
    Excellent texte, M. Maltais. Ça fait du bien de lire quelque chose de pertinent, une fois de temps en temps.

  • Guillaume Baillargeon, 2 mai 2007 00h43

    Il y a exagération dans vos propos. Le Québec de 2007 n’est pas opprimé par le Canada. D’ailleurs, le Canada n’est pas un bloc uniforme. Il existe des différences entre les provinces maritimes, l’Ouest, les territoires et le Canada central, c’est-à-dire nous et l’Ontario. Cette idée d’être opprimée est parfois présente dans d’autres provinces.

    Dans l’Ouest, il appelle cela « The West Alienation », ou quelque chose comme ça. Ils disent que les ressources naturelles ont servi les intérêts des provinces manufacturières du Canada central, c’est-à-dire l’Ontario et nous. En maintenant les prix du pétrole bas dans les années 1970, le gouvernement fédéral a protégé les intérêts ontariens et québécois au détriment des intérêts de l’Ouest. Quant à leur vision des Maritimes, ils considèrent que ce sont des provinces en faillite qui ne survivent que grâce à la richesse venant de l’Ouest. Ils considèrent que leur pouvoir politique ne correspond pas à leur pouvoir économique. Diable pourquoi le Sénat ne serait-il pas Triple E ? Un sénat comme ceux qu’on retrouve aux États-Unis et en Allemagne. Parfois l’Ontario en a marre aussi de cette fédération qui lui coûte cher avec la formule de péréquation. Quant aux territoires, ils considèrent qu’elles doivent obtenir le statut de province pour détenir les outils nécessaires à leur développement. Évidemment, les provinces veulent que les territoires demeurent des territoires question de garder un maximum de pouvoir dans la fédération.

    Pourquoi avoir relaté tout ces trucs ? Il est facile de se plaindre, de crier à l’oppression. Votre voisin fait exactement la même chose à votre égard et il est aussi convaincu que vous.

    Et pendant, ce temps, le Canada jouit d’un niveau de vie très élevé et l’Africain qui débarque ici après avoir vécu dans un camp de réfugié trouve que dites n’importe quoi quand vous parlez d’oppression...

  • mimi otis, 27 avril 2007 16h17

    Bonjour à M. Maltais,

    Je vous trouve très arrogant de nous avoir décortiqué dans les moindres détails les résultats du vote du 26 mars 2007. RAISON : vous avez manqué à votre principal devoir de citoyen en n’allant même pas voter. Comment pouvoir expérer un pays un jour ? Franchement vous repasserez...

  • 25 avril 2007 15h37

    Monsieur Lemay,

    Pour faire l’indépendance, il faut du coeur. Il faut surtout faire passer les intérêts de la nation avant ses intérêts personnels.

    J’ai sacrifié les miens pour faire avancer la cause. Trente ans plus tard, je me rends bien compte que les députés du PQ ont été, en général, des artisans non du pays à faire, mais de l’avancement et de la promotion de leur ego.

    Ce parti est maintenant tellement gangréné par l’idée de la reprise du pouvoir en ne nous disant pas, s’ils le prennent, ce qu’ils vont faire avec, qu’il m’est impossible de continuer à rouler avec ce vieux bazou rouillé.

    Oui, il faut un CHEF qui a du coeur et qui doit diriger notre mouvement. Il faut quelqu’un qui s’inspire de certaines intellectuels qui l’entourent, mais qui a la facilité d’exprimer et d’expliquer au peuple ce grand projet mobilisateur. Si on avait ce pédagogue, les choses pourraient aller vite. On a des prestigitateurs, des fabriquateurs de mots, des nombrilistes professionnels.

    Ce CHEF ne doit pas être relié à un parti. On ne doit pas recommencer un deuxième Parti québécois. On voit ce que le premier a donné. Il faut se regrouper autrement. J’ai expliqué sur VIGILE comment procéder.

    Nestor Turcotte
    Matane

  • Lionel Lemay, 20 avril 2007 02h30

    Pour faire l’indépendance, ça prend du coeur, de la fierté, du courage, ce que possèdent certainement ceux qu’on appelle les purs et durs. Il faut aussi que les dirigeants du Parti Québécois se réveillent et expliquent au peuple ce que sera le nouveau pays. Il faut raviver la fierté du peuple québécois et lui faire connaître tous les avantages et bienfaits reliés à la souveraineté. Les fédéralistes utilisent à outrance les médias pour nous bourrer le crâne avec toutes sortes de peurs et désastres reliés à l’indépendance. Je n’entend pas les ténors du PQ promouvoir le côté favorable de la souveraineté.

    Le chef actuel du PQ avait laissé le parti pour étudier à Harvard et ensuite aller travailler à Toronto pour 10 ans. Il avait lancé la serviette et abandonné le navire. Ce n’est que lorsqu’il a vu une chance de devenir le chef qu’il est revenu au parti. Ce n’est pas la personne qui va faire avancer la cause.

    A mon avis, le PQ doit se trouver un nouveau chef le plus tôt posible, une personne convaincue, préférablement de la région de Québec ou toute autre région hors de Montréal, qui pourrait organiser une campagne de promotion dynamique en faveur de la souveraineté. Cette personne devrait avoir une facilité d’expression pour s’adresser au peuple dans un langage compréhensible et surtout convaincant. La balle est dans le camp des députés et présidents de comtés qui se doivent d’agir au plus vite.

    Je verrais d’un bon oeil que le PQ présente un projet de loi à l’Assemblée Nationale pour faire adopter une Constitution du Québec telle qu’élaborée pas Daniel Turp. Si les autres partis s’objectaient, il montreraient leur vrai visage à la population. Aussi, à la prochaine élection, le PQ devrait promouvoir l’idée qu’un vote à 50% et plus pour le PQ serait un signal pour enclencher le processus de l’indépendence, au même titre qu’un référendum.

    J’espère que le PQ, dont je suis membre, saura profiter de la leçon qu’on lui a servie lors de la derniere élection et qu’il agira en conséquence.

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