Souvenons-nous des raisons qui motivent les velléités indépendantistes du Québec. Elles tiennent pour l’essentiel à la volonté de rompre le rapport dominant/dominé qui, souvent et plus ou moins subtilement, teintent et dénaturent les relations entre le Canada et le Québec. C’est beaucoup plus qu’une question de langue et de culture. C’est, surtout aujourd’hui, un rapport économique et politique dont les impacts touchent tous les aspects de la vie : le marché du travail, le système judiciaire, l’éducation, les priorités environnementales et tous les autres choix de société avec en prime, bien sûr, des retombées significatives sur la langue et la culture.
Que tous les Québécois soient parfaitement bilingues ne changera vraiment rien à cette situation. Ce n’est pas parce que nous parlerions tous anglais qu’on s’identifierait davantage à la culture de l’Alberta, où qu’on partagerait d’emblée la vision politique des Orangiste de Sault-Ste-Marie !
Plusieurs exemples le montrent. Pensons aux Néerlandais qui échangent en anglais avec la planète tout en conservant jalousement leur langue et leur façon de penser. Et plus près de nous, bien des nations autochtones, drôlement plus affaiblies que le Québec, maintiennent et souvent même renforcent leur indépendance culturelle face au Canada même si leurs membres s’expriment surtout en anglais.
N’en déplaise aux descendants de lors Durham, parfaire nos habiletés de communiquer en anglais ne nous britannise pas automatiquement ! C’est toutefois ce qui peut nous rendre encore plus habiles à nous imposer dans une foule de domaines où, localement, nous excellons. Croire que nous arriverons à le faire en nous confinant au français est une dangereuse illusion qui risque de nous faire beaucoup plus de tort que de bien.
Certes, il faut défendre et promouvoir le français avec acharnement, mais il ne faut pas pour autant faire semblant d’être sourd.

