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Je n’ai pas de goût pour la pensée magique et la politique fiction.
Quand on parle des "idées" et des "projets" qui seraient porteurs comme l’autosuffisance énergétique non pétrolière pour donner le goût de l’indépendance du Québec et qu’on rattache ces idées à un homme politique à demi retraité comme s’il était le seul à pouvoir les porter, ce que fait Me Cloutier, nous sommes bien obligés de parler de cet homme qui malgré son expérience, son engagement passé et une certaine compétence n’est pas très populaire auprès des Québécois pour diverses raisons mais surtout à cause de son manque de solidarité avec les chefs péquistes.
Quand on a un peu de mémoire, on se souvient.
Bernard Landry, chef du Parti québécois, n’a pas été capable de défendre Jacques Parizeau quand Jean Charest, en plein débat télévisé des chefs, lui a sorti une soi-disant déclaration qui aurait répété "l’argent et les votes ethniques". Déclaration politiquement inopportune mais strictement exacte au niveau des faits. Landry aurait pu dire à Jean Charest ce soir-là : "Charest quand tu auras fait pour le Québec le quart du dixième de ce que Jacques Parizeau a fait comme haut fonctionnaire et comme homme politique, tu pourras te permettre de le juger de haut. Toi, le député de Sherbrooke, est-ce que tu approuves la conférence de presse donnée conjointement par les leaders juifs, grecs et italiens avant le vote du référendum de 1995 demandant aux Grecs, aux Italiens et aux Juifs de voter non en bloc ? C’est ça un vote ethnique. Charest, ce n’est pas Parizeau qui a inventé les votes ethniques : il n’a fait que les dénoncer et il avait raison." Au lieu de cet appui courageux et solidaire à Jacques Parizeau qui aurait été apprécié de la population, Landry a passé son temps à répéter le ridicule : audi alteram partem devant les journalistes comme on a pu le voir dans le film : A hauteur d’homme. Comme si Parizeau était en procès.
Au début de la dernière campagne électorale, Bernard Landry a passé une journée à la radio et à la TV à descendre André Boisclair. Vous vous en souvenez, j’espère. Est-ce que c’était se comporter comme un homme d’Etat que de varger sur un chef qui en avait déjà plein les bras.
Pauline Marois est chef du Parti québécois. Sur le projet de loi sur la citoyenneté québécoise, Landry s’est fendu d’une déclaration sur le droit de se présenter aux élections de citoyens qui ne sauraient pas le français et donc n’auraient pas accès à la citoyenneté québécoise. Sur la fusion des bourses de Montréal et Toronto, même style d’intervention au timing parfait jusqu’à ce que Parizeau et d’autres disent la même chose que Pauline Marois et François Legault. A propos de la réforme dans le domaine de l’éducation, il a demandé un moratoire. Il est intervenu comme grand-père, comme citoyen, comme professeur et comme quoi encore. J’ai écrit là-dessus ici même un texte intitulé : Bernard Landry, le déstabilisateur. Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer en quoi tenter de déstabiliser l’actuelle cheffe du Parti québécois peut faire avancer la cause de l’indépendance du Québec ? Toutes ces interventions non solidaires ont projeté une image désastreuse de division.
Et on a maintenant Pierre Cloutier qui après avoir attaqué systématiquement le Parti québécois et sa direction, fait un plaidoyer laborieux en faveur de Bernard Landry qui aurait conçu une politique énergétique miraculeuse dont la principale caractéristique est l’imprécision et le vague. Non seulement l’avocat militant écrit-il des analyses qui relèvent de la politique-fiction et de la pensée magique, tant au niveau des "projets" qu’au niveau de "l’action" mais il prépare la suite en prévoyant déjà la défaite de Pauline Marois (qu’il souhaite peut-être...) aux prochaines élections... et en la prévoyant, il y contribue comme son homme messianique l’a fait en attaquant Boisclair, puis Pauline Marois.
Bernard Landry, homme d’Etat dites-vous M. Cloutier. A considérer sa façon de traiter les chefs du Parti québécois Parizeau, Boisclair et Marois à coups de jarnac, je ne vois pas là le comportement d’une homme d’Etat.
Si Bernard Landry avait un peu de sens de l’honneur, il pourrait commencer par s’excuser de ne pas avoir été solidaire avec les chefs du Parti québécois. On pourrait alors peut-être considérer ses autres capacités qui sont actuellement occultées pour le peuple qui n’aime pas les donneurs de coups de poignards dans le dos. En politique, il faut aussi certaines qualités humaines...
Robert Barberis-Gervais, Marie-Victorin, 21 juin 2008
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
Complément :
Le manque de solidarité de l’une ne justifie pas le manque de solidarité de l’autre. Je me dois de rappeler que de nombreux militants que je connais ont refusé de voter pour Pauline Marois lors de la campagne à la chefferie gagnée par André Boisclair parce que celle-ci n’a pas été solidaire avec Bernard Landry quand il avait des problèmes difficiles à régler et qu’il aurait eu besoin de son appui. Cela est confirmé par des commentateurs politiques avertis comme Michel David du Devoir. On la revoit sortir des réunions les lèvres serrées. Quand on se demande pourquoi Landry a démissionné avec un vote de 76% des délégués au congrès, on peut penser à la lourdeur de ce manque d’appui qui mine son homme. Je le dis par honnêteté intellectuelle et par équité envers un homme politique qui reçoit le Prix Pierre Bourgault, ce dont je le félicite, pour sa contribution à la lutte pour l’indépendance du Québec.
Ces luttes de pouvoir attristent un militant qui essaie d’être utile depuis 1965 alors que j’écrivais des articles dans le Quartier latin, journal des étudiants de l’Université de Montréal tiré à 10,000 exemplaires, en faveur de l’enseignement de la littérature québécoise avec un compte-rendu pleine première page de la magistrale conférence de Jacques Brault intitulée : Miron le magnifique. Comme nous attriste cette froideur entre Jacques Parizeau et Lucien Bouchard à cause de divergences comme la lutte au déficit qui a conduit à l’abolition des COFIs (qu’il va falloir recréer) et au démantèlement du réseau de santé.
Ce qui m’irrite, c’est bien plus la campagne de promotion du militant Cloutier que l’homme politique encore jeune ( en Chine, on devient leader politique à 80 ans...) qui est censé en bénéficier (ce qui n’est pas sûr). Rien n’empêche Bernard Landry de militer comme l’a fait Marc Brière qui a pris sa retraite de juge à 70 ans et a fondé le Mouvement pour une nouvelle constitution québécoise.
Je vous encourage à lire l’article de Raymond Poulin : En guise de réaction aux articles de Me Cloutier.
Bonne fête nationale à tous et à toutes. Vive la liberté ! Vive l’indépendance ! comme le disent Marie-Thomas Chevalier De Lorimier et son frère Pierre Falardeau. Comme le disent René Lévesque et Gilles Vigneault, nous avons un pays à construire et il nous reste peu de temps pour le faire avec cette ténacité dont parle Georges-Etienne Cartier ici même sur Vigile.net
Robert Barberis-Gervais, Marie-Victorin, 23 juin 2008
Les indépendantistes devraient-ils se désoler du manque de solidarité entre M. Landry et Mme Marois quand l’objet de cette solidarité se limite à la couleur de la gouvernance provinciale ? Bernard Landry peut bien recevoir des prix, je ne suis pas de ceux qui vibrent à l’idée de se congratuler mutuellement (et une petite tape dans le dos avec ça !) alors que la cause de l’indépendance est laissée en friche. Landry a été au pouvoir et sa gouvernance a été marquée par une gouvernance toute soumise aux règles canadiennes écrites et non écrites. Il a refusé d’utiliser le pouvoir d’État pour faire avancer l’option "de toute sa vie". Ses timides tentatives d’affirmation nationale ont été suivies de repli. Il a un ami de longue date dont l’honneur a été injustement sali et il n’a pas pu rendre à cet homme digne sa réputation. Bref il a refusé de constituer un rapport de force de nation à nation. Sur le plan de l’orientation politique, sa pensée n’est pas claire sur beaucoup de questions d’importance (multiculturalisme, qu’est-ce que la nation ?, etc.)il flirte avec la question de Bruxelles, une union canadienne de type européen, soit la reconfédération, et on se demande parfois si la cause qu’il a le plus à coeur n’est pas celle du libre échange nord-américain. Bref, c’est un homme politique imprévisible, ambivalent et dont les actions ne vont pas toujours, et c’est un euphémisme, le sens de ses convictions.
Je ne m’attaque pas ici à Bernard Landry, je m’attaque au type de leadership dont le PQ ambivalent a accouché au cours de son existence.
La solidarité, c’est un joli mot. Pour les indépendantistes, la solidarité, la seule qui vaut notre adhésion, c’est celle qui nous pousse, en dépit de toute autre considérant, à soutenir et à joindre ceux qui se battent pour l’indépendance, ceux qui la veulent de toutes leurs forces et qui ne ménagent pas les efforts pour y arriver. Puisque c’est la St-Jean nationale, je souhaite que les indépendantistes fassent preuve d’unité et de solidarité sur la base de leur adhésion commune au seul objectif politique capable de les souder les uns aux autres, l’indépendance du Québec. Foin de tergiversations !
Gilles Verrier

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