Gros problème ! Le Québec tout entier s’est mis à sa recherche. Imaginez, il avait hésité d’accepter d’emblée une première invitation de se présenter candidat péquiste aux prochaines élections, puis il a reçu une autre offre qu’il a finalement acceptée.
Immédiatement, la machine fédéraliste s’emballe au point de perdre le nord. Les questions fusent. Depuis quand avez-vous une carte du Parti québécois ? Quand avez-vous pris la décision de vous lancer en politique ? Qui vous a approché ? Comment cela s’est-il passé ? Pourquoi avez-vous hésité ? Quand avez-vous avisé vos patrons de Radio-Canada ? Étiez-vous souverainiste quand vous faisiez votre travail de journaliste ? Pouviez-vous être objectif dans l’occupation de vos fonctions ? N’avez-vous pas manqué à l’éthique journalistique ? Etc. Bref, une vraie chasse aux sorcières. Que non pas ! Le public a droit à l’information, n’est-ce pas ? Est-ce que nous vivrons les mêmes tribulations avec madame Christine Saint-Pierre si elle accepte de se présenter pour le Parti libéral du Québec ?
De beaux exemples qui confirment notre chronique de la semaine dernière. Le débat n’est pas démocratiquement égal au plan médiatique entre les forces fédéralistes et les forces indépendantistes. Notre collègue de la chronique de vendredi dernier a bien décrit la situation de Bernard Drainville sous le titre « La crise de famille » parmi les fédéralistes. Il s’est appuyé en plus sur une recherche du journal Le Québécois que l’écrivain Claude Jasmin a résumé dans un commentaire sur son site Internet Poing comme net
Encore une fois, les indépendantistes n’en finissent jamais de fouiller dans les poubelles de l’histoire pour démontrer toutes les mesquineries et les bassesses du conquérant ou de la société dominante. Dans les années 1950-1960, Maurice Séguin notait déjà ce point important dans les relations entre les sociétés. Il écrivait ce qui suit dans son cours sur Les Normes en 1961-1962 : « L’oppression essentielle, c’est-à-dire le simple remplacement, s’accompagne ordinairement d’oppression accidentelle (à cause de la faiblesse des hommes, de ce que l’on appelle « l’hommerie »). » (Université de Montréal, Faculté des lettres, 1961-1962, cours HIST 585 : Introduction à l’histoire du Canada. Voir Fonds Maurice Séguin). En 1965-1966, dans la nouvelle édition de ses Normes, il mentionnait que « cette oppression essentielle ne saurait être écartée, supprimée par la justice, l’attention, la compréhension, le savoir faire, la vertu de la collectivité dominante » (cf. Les Normes, Chapitre premier, section 1, division 2, subdivision 3.7). Ce serait bien le moment pour tous les souverainistes orthodoxes de réfléchir sur cette norme qui se rapporte à la subordination d’une nation et sa superposition par une autre nation, surtout dans le cas d’une nation fédérée, c’est-à-dire annexée.
La nation « annexée » et Les oppressions accidentelles
a) Distinctions
Oppressions accidentelles : il faut d’abord FAIRE CLAIREMENT LA DISTINCTION ENTRE l’OPPRESSION « ESSENTIELLE » et les OPPRESSIONS « ACCIDENTELLES ».
b) Explication
Quand une collectivité remplace une autre collectivité, en plus de l’oppression essentielle due à la substitution même, ce remplacement peut s’accompagner ou peut ne pas s’accompagner de persécution, d’abandon..., d’incompréhension ou d’incompétence.
c) Rôle de la société remplaçante
La société remplaçante peut :
1o - maltraiter, persécuter intentionnellement la société remplacée ;
2o - la négliger, l’abandonner, faute d’intérêt ; faute de renseignements ;
3o - mal l’administrer ou par incompréhension ;
ou par incompétence ;
mais ces modalités ne sont qu’accessoires : elles sont des oppressions qui, bien que parfois très graves, ne sont pas moins des oppressions évitables, contingentes, accidentelles..., quoique la plupart du temps, l’oppression essentielle soit ordinairement accompagnée d’une dose variable d’oppressions accidentelles.
Source : Maurice Séguin, Les Normes, Chapitre premier, section 2, division 3, subdivision 3.
Bien sûr, ces comportements désagréables de la société remplaçante ou dominante nous gênent, nous frustrent et souvent nous révoltent, mais ils font partie de la vie et des conditions de vie. En somme, de l’« hommerie », il y en aura toujours. Les oppressions accidentelles seront d’autant plus désagréables et choquantes qu’elles mobiliseront une très grande partie de notre attention. Cette lutte viscérale ne fera qu’augmenter notre acrimonie et notre rancœur envers la nation remplaçante et dominante, en l’occurrence, le Canada-Anglais. Cependant, ce type de lutte nationale ne changera rien de fondamental dans notre comportement pour contrer l’annexion que subissent les Québécois parce qu’ils demeureront annexés tant et aussi longtemps qu’ils ne mettront pas fin à leur état de subordination sur place et de superposition par le gouvernement fédéral.
L’autorité souveraine et suprême du fédéralisme canadian n’a pas aimé le choix politique de monsieur Bernard Drainville. Elle a traité le cas comme une défection. La question qui se pose souvent : vivons-nous en démocratie, oui ou non ? Peu importe ! L’autorité souveraine et suprême du fédéralisme canadian devait intimider et faire peur aux autres qui oseraient suivre le même chemin. Mais si c’était pour la bonne cause, soit celle du fédéralisme, la chose serait jugée différemment. Il n’y aurait sûrement que des éloges. C’est toujours deux poids deux mesures selon que l’on est dans un camp ou dans l’autre. L’impartialité est nécessairement celle du plus fort !
La leçon à retenir de cet événement consiste à se rappeler que la lutte nationale visant principalement les oppressions accidentelles obnubile les esprits et prend le dessus sur le véritable combat de l’indépendance. Les indépendantistes doivent mettre leur énergie dans la lutte qui les conduira à la conquête des pouvoirs d’une nation indépendante guidée par un État souverain. Le pays qui naîtra de cette conquête pourra agir par soi collectivement sur sa vie intérieure et être présent au monde par lui-même sans une autre nation interposée dont il subit actuellement l’oppression essentielle.
Bruno Deshaies
http://blogscienceshumaines.blogspot.com/


