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Belgique : nouvelles menaces de rupture
Alors, comment se fait-il que la Belgique soit réellement menacée dans son existence par une question qui divise si peu l’opinion et ne la passionne pas ?
José Fontaine
Chronique de José Fontaine
samedi 26 avril 2008      355 visites


Toute l’histoire linguistique de la Belgique depuis 1830 et même avant a été une lente progression géographique du français en Flandre. La chose s’est surtout marquée dans la capitale, Bruxelles, qui, au départ, ne comptait qu’une minorité de francophones, mais qui s’est peu à peu francisée et qui, comme les villes qui connaissent une expansion, a annexé peu à peu les bourgs environnants. Certes, la capitale est définie comme bilingue, mais est en réalité francophone quasiment à 100% dans la mesure où la langue véhiculaire y est en réalité le français. Les Flamands de Bruxelles eux-mêmes l’admettent.

Du coup, la Flandre veut que cette zone bilingue, si avantageuse au français, en fait, ne s’étende plus. La seule chose que les Flamands aient accepté, au début des années 1960, c’est que six communes au nord de Bruxelles consentent certaines possibilités à leurs francophones, dans les rapports avec l’administration, d’user du français (les “facilités”). De même, il y a des écoles francophones dans ce que l’on appelle chez nous “la périphérie”, soit 70.000 habitants dont une majorité importante est en réalité francophone.

Cette périphérie, quoique administrativement et surtout politiquement (juridiquement...), rattachée à la Flandre, élit des conseils municipaux francophones et présente la particularité de faire partie d’un arrondissement électoral comprenant d’autres communes flamandes sans plus et les communes bruxelloises proprement dites. C’est l’arrondissement Bruxelles-Halle-Vilvorde, BHV.

Si je m’étends là-dessus (presque à regret parce que cette question ne m’intéresse qu’indirectement), c’est parce que les Flamands veulent que la partie flamande de cet arrondissement (qui est aussi un arrondissement judiciaire), y compris les communes francophones de fait, soit séparée encore plus nettement de Bruxelles qu’elle ne l’est présentement. La décision doit se prendre au parlement fédéral où les Flamands sont majoritaires. Le 7 novembre dernier, la Commission de la Chambre belge (où les Flamands sont également, évidemment aussi en majorité), avait voté en faveur de la scission de BHV, Flamands contre Wallons et Francophones.

Plusieurs personnalités francophones importantes du gouvernement belge actuel (déjà fort déchiré), ont annoncé que si le groupe parlementaire flamand réitérait en séance plénière le vote qui a déjà eu lieu en commission en novembre 2007, en faveur de la scission de l’arrondissement et son rattachement plus étroit à la Flandre (ou sa séparation plus radicale d’avec Bruxelles), la Belgique entrerait dans une “crise d’Etat”.

C’est bien cette crise qui menace. Nous serons fixés le 8 mai. Il est possible que d’ici le 8 mai, des négociations plus globales aient lieu entre les partis qui soutiennent le gouvernement pour trouver une solution négociée. Sinon, le vote aura lieu, Flamands contre Wallons (et francophones) à la Chambre, et la Belgique sera plongée à nouveau dans une crise grave.

***

Je l’ai dit, comme Wallon, cette question ne m’intéresse que très secondairement. Pour la Wallonie, c’est loin d’être une question de vie ou de mort, et un sondage organisé l’an passé avait démontré que seulement quelques dixièmes de % de Wallons se préoccupaient de cette question. Les Bruxellois francophones, plus proches du problème, ne s’y intéressent également que très tièdement (le sondage en relevait 9%). En Flandre, 19% des gens interrogés se sentaient concernés par la chose.

Il y a eu dans le passé des questions opposant Flamands et Wallons (ou francophones), plus durement. Alors, comment se fait-il que la Belgique soit réellement menacée dans son existence par une question qui divise si peu l’opinion et ne la passionne pas ?

Je dirais que, pour la Flandre, c’est une question de vie ou de mort. Si, en effet, elle cède sur cette question, cela voudrait dire qu’elle ne s’oppose plus à la marée de la francisation qui la menace depuis près de 200 ans et que sa langue pourrait mourir. Et je dirais que pour l’opinion publique wallonne et francophone, un vote à la Chambre belge qui opposerait la minorité wallonne et francophone à la majorité flamande qui déciderait contre elle, même si cette question intéresse peu les Wallons (et à mon sens où la Wallonie n’y a rien à gagner ni à perdre : le problème de la Wallonie n’est pas la défense de sa langue mais le redressement de son économie), déclencherait une crise politique grave, très grave même, parce que, évidemment, il est difficile dans un pays où vivent deux peuples, que l’un de ceux-ci impose son opinion à l’autre, sans même réellement discuter avec lui, même pour une babiole.

A tort, la RTBF prétend que le vote en commission du 7 novembre 2007 est une première dans l’histoire du pays. En fait, cela s’est déjà produit en octobre 1962 lorsque la majorité flamande imposa à la minorité wallonne la réunion de six villages wallons (les Fourons), à une province flamande. Et c’est vraiment à tort que la télévision s’exprime ainsi dans la mesure où le fait que la Wallonie (même plus que les francophones en général), soit minoritaire est un fait tout aussi permanent dans l’histoire de Belgique, sans doute aussi à l’origine (l’une des origines...), des difficultés économiques de la Wallonie.

Mais cette question de BHV est plutôt l’arbre qui cache la forêt. D’une certaine manière d’ailleurs – je ne vais pas le cacher – en défendant sa position, la Flandre défend aussi son existence même par rapport à une métropole bruxelloise qui, si elle s’étendait encore, ferait perdre à la Flandre encore un peu plus de son assise territoriale, linguistique et culturelle. Bien que de manière moins frappante, l’extension de la Ville de Bruxelles vers la Wallonie n’est pas non plus une bonne chose pour la Wallonie. Je souhaite donc que Flamands, Wallons et Bruxellois puissent trouver sur cette question une solution négociée.

Je ne suis certes pas un nationaliste belge, mais si la Belgique devait périr, j’aimerais autant que ce ne soit pas sur une question où les intérêts vitaux des Wallons ne sont pas du tout en jeu, au moins directement (ni ceux des Bruxellois non plus).

José Fontaine

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