« Dans notre pays, mettre les deux langues sur le même pied équivaut à mettre les deux pieds sur la même langue. »
Joseph Hanse

Bas et hauts-cris autour du projet Marois

Le Couac
jeudi 6 décembre 2007

Quand Pauline Marois dépose son projet de loi sur la citoyenneté, elle admet d’emblée que la chose risque fort de provoquer de grands vents. Elle ne s’est pas trompée. Gros titre une semaine plus tard dans le Journal de Montréal : « Comme au temps de la loi 101, le Canada anglais se déchaine. »

Force est de constater que ce n’est pas seulement le ROC qui s’est déchainé. Dans cette affaire, notre faune médiatique s’est elle-même mise au pas avec le reste du Canada et, cela, malgré un sondage Léger et Léger qui démontrait qu’une majorité de Franco-québécois approuvait le projet Marois. Michel Vastel en fut consterné : « J’ai rarement vu un tel barrage : éditorialistes, chroniqueurs, blogueurs, tous tirent à boulets rouges sur la pauvre Pauline Marois qui n’a pourtant rien à se reprocher. Comme le disait ce matin le sage Jacques-Yvan Morin, “Il faut que les Québécois se tiennent debout !”. » (Le blogue de Vastel : Le Lynchage de Pauline)

Si le sage Morin se sent obligé de réagir, c’est qu’il semble craindre un recul de Pauline Marois en raison d’un manque d’appui de la population pour son projet, ce qui serait, de l’avis du constitutionnaliste qu’il est - et du flaire politique qu’il possède -, un autre grave échec pour le Québec. Et voilà que dans le même temps, Michel David invite la cheffe péquiste à reculer. (Le Devoir, 23 octobre) Entre un constitutionaliste internationalement réputé et un commentateur politique qui n’aurait peut-être pas lui-même le courage de dire qu’il s’est trompé, qui détient le plus de crédibilité ? Au moins David ne profère point de gros mensonges. Comme ce Gil Courtemanche se plaignant que le PQ veuille ostraciser sa pauvre voisine italienne. Imaginez : ces séparatistes qui veulent la priver de certains droits alors qu’elle vit ici depuis 1940 ! (Le Devoir, 27 octobre)

Ou bien Courtemanche n’a pas lu les projets 195 et 196, ou il a la malhonnêteté nécessaire pour faire partie du cénacle de La Presse. S’il s’était un tant soi peu renseigné, il aurait appris que sa voisine serait automatiquement devenue citoyenne à l’heure où le projet de loi sur la citoyenneté aurait force de loi, car celui-ci ne fait obligation de prêter serment de loyauté envers le peuple québécois que pour ceux qui, d’une part, ont obtenu la citoyenneté canadienne et qui, d’autre part, ne résidaient pas au Québec au moment de sa promulgation.

Autre questionnement que, trop pressé à casser du sucre sur la tête de Pauline, l’ensemble de nos commentateurs n’a pas fait, celui de vérifier comment l’intégration linguistique des immigrants se fait ailleurs dans le monde. Et dans des États fédérés comme en Californie où le problème se pose avec l’arrivée massive des hispanophones ? En ce qui concerne l’Europe, Christian Rioux l’a fait. Et bien fait. Il signale que là-bas « l’on ne rigole pas avec l’intégration linguistique ». À ceux qui rétorquent que le Québec n’est pas un pays, il leur dit que, de plus en plus un domaine aussi névralgique pour leur survivance, « les régions imposent leur volonté. » (Le Devoir, 17 novembre)

Nos faiseux d’opinion s’offusquent que le projet Marois oblige tout nouvel immigrant ou tout citoyen canadien qui s’installe au Québec ne puisse, sans acquérir auparavant la citoyenneté québécoise, devenir député, maire, échevin ou commissaire scolaire. Notre régime oblige pourtant tout élu à prêter serment à une reine étrangère. Qu’a-t-on alors à se scandaliser de s’attendre d’une personne fraîchement arrivée au Québec et qui voudrait devenir député, qu’elle connaisse un peu l’histoire du Québec, et qu’elle puisse converser pas trop péniblement dans la langue officielle avec les personnes que, si élue, elle aura le devoir de bien représenter à l’Assemblée nationale ?

Traitant du projet Marois, il fallait s’attendre à ce qu’à La Presse, le trio Pratte-Dubuc-Gagnon se surpasse. De la part du premier, quel mépris envers ses compatriotes quand, le 29 octobre, il titre son édito : La majorité a tort ! Et le 1er novembre, dans le but sans doute d’instruire ce peuple ignare, il lui annonce « qu’il n’y a pas de crise linguistique au Québec ». Trois jours plus tard, c’est au second d’instruire le bon peuple. En lepènisant Pauline : Le PQ, parti de droite. Quant à Lysiane, sa tâche consiste à constamment vilipender intellectuels et artistes québécois « n’ayant pas encore compris que la récréation est terminée ». Le 29 octobre, cette fois dans le Globe and Mail, elle signait What would René say ?, façon bien à elle d’enraciner davantage certains préjugés envers le Québec chez ses lecteurs torontois.

Outre ce trio infernal, que dire de tous ses commentateurs moins mercenairisés et pourtant décriés par Vastel ? Ils ont presque tous condamné un projet aussi simplet que celui de Marois ? Sont-ils tous l’un après l’autre affectés par le syndrome « Que va dire le ROC ». Dans Portait du colonisé, Albert Memmi écrit : « La sclérose de la société colonisée est donc la conséquence de deux processus de signes contraires : un enkistement né de l’intérieur, un corset imposé de l’extérieur. Les deux phénomènes ont un facteur commun : le contact avec la colonisation. Ils convergent en un résultat commun : la catalepsie sociale du colonisé. » (1)

C’est bien d’une forme de néo-colonialisme que vit le Québec à travers notre faune médiatique qui semble avoir intérieurement accepté l’encerclement de « la province » par le Canada. Alors que l’on ne remette pas en cause l’objectivité des journalistes du ROC, et cela, malgré la grande peur qu’ils ont de l’envahissement culturel étasunien et du nationalisme québécois, les nôtres, par contre, ne tiennent aucunement compte de la camisole de force que le ROC impose au Québec depuis l’ère Trudeau. C’est comme si, même dans des questions aussi névralgiques que puissent être la langue et la culture, ils acceptent le chartisme tout autant que l’air qu’on respire. Et c’est sans rire qu’ils se demandent « Qu’est ce que la Cour suprême va dire ? » !

Il reste le cas Josée Legault. Comme elle, j’ai cru un temps qu’il fallait que le PQ se radicalise. Il reste que les militants ont choisi Pauline Marois. Alors, comme l’a signalé Jacques-Yvan Morin, il serait maintenant catastrophique pour la cause qu’elle fasse marche arrière. Si bénin qu’il soit, son projet demeure un geste de rupture comme, à tous les instants, nous le crient les Canadians. N’est-ce pas, ce qu’il n’y a pas si longtemps préconisaient les Laplante et Parizeau ? Tenons-nous debout alors !

(1) Page 99, Les Éditions L’Étincelle, Nouvelle édition québécoise revue et corrigée, Montréal, 1972

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