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Il est ironique et même dramatique que ce soient des francophones du Québec, d’abord Pierre Trudeau puis Jean Chrétien et Stéphane Dion, qui aient convaincu les anglophones de la justesse de leur vision d’une seule nation au Canada. - Gregory Baum
             
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La commission Bouchard-Taylor
Babel en Québec (2)
Ça sort dru, tantôt posé, tantôt cru, des fois généreux, des fois douloureux.
Gilles Ouimet
Tribune libre de Vigile
vendredi 9 novembre 2007      216 visites      1 message


La commission Bouchard-Taylor, quoi en penser ? Utile ou futile ? Nécessaire ou dérisoire ? Curative ou porteuse de pathologie ? Chose certaine, elle est partie d’un motif pas très noble. Un premier ministre pris au dépourvu qui ne cherche qu’à pelleter en avant un malaise mis en lumière par un code de vie, celui d’Hérouxville, malaise habilement exploité par l’ADQ pour se faire du capital politique rapide pendant que le PQ se débattait avec les subtilités d’un nationalisme civique. Hérouxville mettait le doigt sur un inconfort, un peu maladroitement, mais un inconfort réel. En mode panique, Jean Charest relégua la patate chaude à cette commission créée en catastrophe. Force est maintenant de constater que la popularité imprévue des audiences est en train de transformer en enjeu important ce qui semblait anodin au départ.

Donc, si l’on en juge par l’affluence à ces audiences, difficile de dire que c’est inutile. Les gens s’expriment et beaucoup. Le sujet semble pour le moins inspirant. Ça sort dru, tantôt posé, tantôt cru, des fois généreux, des fois douloureux. Assistons-nous à un début de thérapie collective ou à une entreprise d’érection de murs ? Chose certaine, nous sommes en terrain délicat, presque miné mais les participants et les auditoires se comportent généralement de manière exemplaire, ce qui dénote une certaine maturité politique. Cette commission aura été utile si elle débouche sur un rapport qui propose des pistes de solution à partir de ce qui aura été entendu. Cela suppose que les co-présidents ne se contentent pas d’entendre mais qu’ils sachent écouter. Par contre, elle aura été absurde si les auteurs du rapport s’emploient à nous faire la leçon en nous alignant sur le multiculturalisme à la canadienne ou encore si le tout aboutit sur une tablette comme ramasse-poussière.

L’exercice apparaît maintenant nécessaire. Le Québec est déjà une terre d’immigration importante et cela va s’intensifier dans les prochaines années. C’est non seulement inévitable mais nécessaire. Par contre, le Québec est une nation enclavée qui n’a pas la pleine maîtrise de bien des dossiers, y compris celui de l’immigration. Dans l’état actuel des choses, il faut bien vivre avec cela. On peut comprendre les nouveaux venus. Changer de pays nécessite du courage et génère insécurité et inquiétude. Mais à cause de notre situation de minoritaires, nous vivons nous-mêmes dans une certaine précarité et une certaine peur. Il faut donc élaborer quelque chose qui fasse un compromis entre ces deux inquiétudes. Il faut fixer des balises et surtout construire des ponts pour s’entendre sur notre vie collective à venir. Si l’on arrive à quelque chose dans le voisinage de cela, l’opération aura été nécessaire. Mais l’effet aura été pervers si le tout aboutit à l’intolérance, à la méfiance et à la peur.

On devrait s’entendre pour dire que s’exprimer, c’est sain. Même quand ça sort tout croche, il faut poursuivre. Qu’il y ait tant de participants est en soi une bonne nouvelle. Pour une fois que l’on demande davantage aux citoyens qu’un chèque en blanc à tous les quatre ans. Il faut y voir un exercice démocratique réel. La sagesse populaire affirme que c’est à parler qu’on se comprend et qu’on apprend à se connaître. « L’ignorance a le mépris facile » disait Félix Leclerc. Si, au sortir de cet exercice parfois douloureux, nous sommes tous un peu plus ouverts, nous aurons fait un grand pas et nous aurons un peu grandi.

Par contre, il y en aura toujours pour monter en épingle certains propos minoritaires pour tirer de grandes conclusions, émettre de grands principes, élaborer de grands systèmes pour essayer d’y voir un refus de l’autre, une xénophobie maladive, une frilosité coupable, voire même une espèce de racisme larvé. Pour cette élite bien pensante, tout ce qui n’est pas conforme au multiculturalisme officiel et à cette charte, qui est venue se superposer à la nôtre il y a 25 ans, constitue une dangereuse dérive, un dérapage inacceptable. Souvent habitués à tordre la réalité pour la faire entrer dans leurs savants concepts, il leur arrive d’oublier que chez les gens dits ordinaires, il existe le gbs, le gros bon sens et ça, ça vaut souvent autant que bien des diplômes. À cette élite, de plus en plus coupée du peuple et qui a tendance à se boucher le nez ou les oreilles devant certains propos entendus à la commission, il faut dire que les raisonnements simplistes ne sont pas l’apanage exclusif du bon peuple et il faut rappeler aussi cette phrase de Montesquieu : « J’aime les paysans, ils ne sont pas assez instruits pour raisonner de travers. »

En conclusion, ce geste improvisé de créer une telle commission semble en train, peut-être, de porter des fruits inattendus. Ce geste de désespoir est peut-être finalement porteur d’espoir. Il est cependant nettement trop tôt pour pavoiser. Il faudra attendre ce fameux rapport pour voir comment réagiront les deux intellectuels qui président et ensuite voir ce que le gouvernement fera avec ce document probablement d’une ampleur imprévue.

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Vos commentaires:
  • Babel en Québec (2)
    9 novembre 2007, par Jean Pierre Bouchard

    Par leur présentation convaincue en début de séances des accommodements raisonnables et surtout par leurs antécédents intellectuels on se doute bien que ces messieurs Bouchard et Taylor vont réaffirmer le principe du multiculturalisme à travers son encadrement par quelques aménagements plutôt mineurs.

    Le principe excessif de précaution en terme de normes l’emporte toujours sur la prise en compte de la réalité d’une collectivité nationale. C’est la peur d’avoir peur.




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