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Babel en Québec (1)
Malgré tout, il faut espérer que madame Marois maintiendra le cap. Ça passera ou ça cassera. Le temps du niaisage est terminé.
Gilles Ouimet
Tribune libre de Vigile
mercredi 7 novembre 2007      107 visites      3 messages


Par les temps qui courent, le Québec fait penser à la fable de La Fontaine « Les Animaux malades de la Peste », malades de la tête devrait-on dire. Nous baignons dans une bordélique cacophonie, une pathétique confusion propice à tous les dérapages. Regarder aller « la belle province » laisse en effet bien perplexe. Bien malin celui qui peut prévoir ce qui sortira de tout ça.

Deux sujets monopolisent et alimentent les opinions : la Commission Taylor-Bouchard et le "projet" de loi Marois. Cette commission, créée par un premier ministre qui voulait gagner du temps et se débarrasser d’une patate chaude en pleine campagne électorale, est en train de battre des records de participation pour ce genre d’exercice. Je l’aborderai dans un prochain texte. Quant au "projet" Marois, il a été initié pour reprendre le temps perdu par le Parti Québécois sur la question identitaire.

Ce "projet" de loi contient certaines bonnes choses et a l’avantage d’être clair. Mais dans le jargon parlementaire, il s’agit bien d’un "projet". Il peut donc être bonifié si jamais on lui permet un jour d’être étudié et discuté. Bon, que ce projet ne tienne pas la route devant la charte fédérale, on le sait. Mais à partir du moment où il pourrait rencontrer un appui significatif dans la population, il pourrait jouer un rôle pédagogique important parce qu’il existe un moyen de se débarrasser de la charte canadienne si on acquiert la conviction qu’elle travaille contre nous sur ce sujet. Il n’est donc pas étonnant que Jean Charest se soit empressé de balayer le tout sous le tapis. Pas étonnant non plus que nos mercenaires de la plume l’aient attaqué si férocement, ce "projet". C’est le signe que le "projet Marois" vise plutôt juste.

Bien sûr, le Parti Québécois cherche à reprendre l’initiative dans le débat identitaire et, à l’image des Québécois depuis longtemps, il le fait à l’envers. On s’est déjà donné un drapeau, même avant le Canada, on a déjà parlé d’un hymne national, on s’affiche comme nation et on flirte avec des velléités de constitution. La charrue avant des boeufs. Toujours. Les Québécois sont en général entreprenants, efficaces, compétents, ouverts mais collectivement, ils souffrent d’un manque de confiance en eux. Ils hésitent, tergiversent, branlent dans le manche, comme on dit. Malgré tout, il faut espérer que madame Marois maintiendra le cap. Ça passera ou ça cassera. Le temps du niaisage est terminé.

À ce sujet, n’était-il pas indécent de voir les Libéraux de Jean Charest crier à tout vent que l’on voulait créer deux classes de citoyens et que ce devoir bâclé ne méritait même pas d’être étudié vu qu’il était porteur de division. Ne sont-ils pas ceux qui, en coupant drastiquement dans les sommes consacrées à l’accueil des immigrants, auront le plus contribué justement à créer des citoyens de seconde zone et à cultiver cette division ? Quand on ne l’a pas fait, son devoir, il peut être tentant de dévaloriser celui qui en a fourni un.

Évidemment, ce n’est pas avec un Jean Charest qui n’a pas encore bien compris toutes les subtilités de la fibre québécoise ni avec l’attitude benoîte du ministre Pelletier qu’il va se passer quelque chose de ce côté. Jean Charest a plutôt préféré mépriser nos institutions parlementaires en faisant paraître une lettre ouverte dans les quotidiens, qui tend à diviser encore plus les Québécois et à les enfoncer encore plus dans la confusion. Vraiment, les Libéraux n’ont rien d’autre à proposer que la placide soumission à la charte canadienne et notre étiolement progressif dans une province aux horizons clôturés. Ils sont confortablement assis sur une imposture.

Quant à Mario Dumont, il n’y a pas grand’chose à en dire. La question identitaire, c’est pourtant son bébé, la Commission TB, c’est à cause de lui. Depuis ces temps électoraux, plus rien. Il n’en parle plus. Motus aussi sur la constitution. Il est clair qu’il s’est fait damer le pion par le PQ. Il a donc condamné aussi ce "projet" qui se révèle finalement très instructif. Il apparaît clair maintenant que jamais nous n’irons quelque part avec Mario. Paroles, paroles, paroles, chantait Dalida. Un pas en avant, deux pas en arrière, dérisoire chorégraphie pour adeptes du sur-place. La cause semble entendue.

Instructives ces réactions certes, mais difficile d’en analyser certaines autres parfois. Si l’on comprend aisément le travail de sape des Gagnon, Pratte et Dubuc, ce trio infernal de la première vague du jeu de puissance fédéraliste, on s’explique mal l’hostilité de certains commentateurs habituellement plus sympathiques et ouverts aux aspirations québécoises. Je fais allusion à Josée Legault et à Michel Venne. Je comprends qu’ils puissent avoir des réticences sur certains aspects, moi-même j’en ai. Mais il me semble que puisqu’ils reconnaissent des aspects positifs à ce "projet", il serait dans la logique des choses de travailler à le bonifier plutôt que de le balayer en bloc sous le tapis de la confusion.

Difficile à interpréter également la position de la CSN et de la FTQ. Peut-être une étude trop succincte du "projet". D’habitude, ces organisations aiment privilégier un maximum de clarté dans les débats. Ce "projet" possède l’avantage de la clarté et constitue une bonne base pour une négociation visant à l’enrichir. Serait-ce que, souvent habituées à rejeter en bloc des offres patronales, ces organisations se soient employées dans ce cas précis à brûler la forêt pour mettre en évidence l’arbre qui la cachait ?

Quant à monsieur Landry, je l’aime bien et je l’aime encore mais il a raté, cette fois, une belle occasion de se taire. Habité encore par le regret du coup de tête qui l’a amené à démissionner de son poste, il devrait attendre d’être défrustré avant de s’exprimer encore sur certains sujets. Il n’en demeure pas moins un type d’une grande compétence qui peut encore très bien servir le Québec.

Et pour ce qui est de Québec-Solidaire maintenant ? Étonnant ? Pas vraiment. Encore plus proche des milieux syndicaux, ils ont eu une réaction très montréalaise où l’on ne ressent pas la situation de la même façon qu’en province. Ce fut le drame d’André Boisclair, un manque de sensibilité extra-montréalaise. Québec-Solidaire est un parti encore plus idéologique ou dogmatique que le PQ, ce qui n’est pas peu dire. Très facile de s’enfarger dans les fleurs du tapis et de refuser en bloc un "projet" qui pourrait permettre de commencer à débroussailler cet espace en friche de notre vécu collectif. Finalement, dans ce chapitre, ils parlent comme les Libéraux, faisant la preuve que sur certains sujets, les idéologies extrêmes finissent par se rejoindre pour entretenir la confusion.

Bref, le débat est mal engagé. On ne parle pas des vraies choses. On s’accroche à une petite portion du "projet" pour en condamner l’ensemble. C’est évidemment de bonne guerre pour les adversaires du mouvement indépendantiste mais, dans d’autres cas, cela ressemble à de la paresse intellectuelle. On vit dans un monde où triomphe souvent le superficiel. Combien de bébés faudra-t-il encore jeter avec l’eau du bain avant de comprendre ?

Tout ce débat reflète aussi deux clivages inquiétants. D’abord, il y a un fossé entre Montréal et ce qu’on appelle de façon un peu méprisante, le Québec profond. Ce n’est pas d’hier mais c’est devenu de plus en plus évident. Ensuite, il se crée une faille, une ligne de fracture préoccupante entre la population et ses élites intellectuelles. À partir de là, toutes les dérives deviennent possibles, tous les dérapages peuvent survenir. Le Québec a un urgent besoin d’un leadership porteur d’une vision. Madame Marois, êtes-vous prête ? Peut-on enfin cesser de s’ajuster aux sondages et arrêter de s’emplir la bouche d’échardes avec notre langue de bois ?

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Vos commentaires:
  • Babel en Québec (1)
    7 novembre 2007, par Georges-Étienne Cartier

    Je pense totalement comme vous, sauf sur l`incompatibilité du projet avec la Charte fédérale ( là je pense comme Marc brière, y compris sur ses suggestions plus radicales que j`envisageais moi aussi avant même de le lire ).

    Avec Mme Marois, on retient son souffle : la vision et le leadership ou les sondages ?

    En tout état de compte, ce sondage démontre la futilité d`une lutte comme la nôtre sans medias de masse : journal, radio et tv où plus de 70% des québécois trouvent ce qu`ils estiment être la vérité. Et NOUS n`y sommes pas .

    En attendant, il ne nous reste qu`à tenir pour sauver le fort, sans guère espérer plus !


  • Babel en Québec (1)
    8 novembre 2007, par Gilles Ouimet
    C’est évidemment d’une tristesse sans nom de voir comment nous sommes absents dans l’espace médiatique et de voir comment le monopole de ces entreprises de presse travaille à notre aliénation. Il y a là-dedans quelque chose de profondément déprimant.
  • Babel en Québec (1)
    9 novembre 2007, par Inquiet
    Monsieur Cartier, Mon mémo semble être tombé dans les craques du plancher mais je rappelais vos espoirs récents sur possibilité de mouvement coopératif pour une presse libre. Je suis indiscret ou bien vous êtes en train de nous dire : "A la prochaine fois..."

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