Avenir du Québec : un problème mal posé

Plus le temps passe, plus je désespère de voir avancer la cause de la souveraineté du Québec, qui me tient tant à cœur.

mercredi 3 novembre 2010

Membre du Parti québécois depuis sa fondation en 1968, j’ai longuement milité au sein du parti à divers titres, notamment comme président de l’exécutif de circonscription de Kamouraska-Témiscouata pendant quelques années. Plus le temps passe, plus je désespère de voir avancer la cause de la souveraineté du Québec, qui me tient tant à cœur.

Depuis une trop longue période en effet, la majorité des membres qui s’expriment sur l’avenir du Québec sont obnubilés par le « comment » de la création d’un pays alors qu’il faudrait plutôt se pencher sur le « pourquoi ». On a de plus en plus tendance à présenter la souveraineté comme une fin en soi alors qu’elle n’est que le moyen d’améliorer notre avenir collectif, quand on ne se contente pas plutôt d’en parler comme d’un « rêve ».

Tant que nous nous contenterons d’en rêver, le pays ne se créera jamais tout seul : il faut en faire un projet, qui devra mettre à contribution nos meilleurs talents et nos meilleures énergies. Je me rappelle très bien des nombreuses « assemblées de cuisine » que nous tenions au début des années 1970 : au départ des réunions, plusieurs participants se montraient assez sceptiques quant à la nécessité de nous doter d’un pays à nous, mais à la fin des assemblées, le taux d’adhésion augmentait sensiblement parce que les gens comprenaient bien quels avantages ils pourraient tirer de l’indépendance, qui était bien perçue comme un moyen d’obtenir plusieurs autres bénéfices qui les intéressaient...

En fait, la création d’un pays doit redevenir un objectif enthousiasmant dont les bénéfices et les bienfaits devront être clairement présentés à la population en général, comme nous le faisions autrefois. En effet, le message à véhiculer désormais par le PQ devrait porter résolument sur une présentation des possibilités de contrôle de notre avenir comme peuple, moyens qui nous font présentement défaut et que la souveraineté permettra désormais de nous offrir : solide protection de la langue française et de son évolution dans le monde comme outil de communication et de support de notre culture, appui institutionnel à nos artistes et créateurs, position proprement québécoise sur le contrôle des armes à feu, protection renforcée de nos institutions financières, modèle québécois original concernant le traitement des délinquants, positionnement québécois concernant l’armée, les dépenses militaires et le soutien actuellement accordé à des régimes étrangers avec lequel nous ne sommes pas d’accord, cadre d’accueil des immigrants pour qu’ils appuient clairement les intérêts du Québec, protection du modèle québécois sur de nombreux sujets comme l’assurance maladie, le financement de la santé et des médicaments, la gestion des garderies subventionnées, etc.

Nous sommes constamment forcés d’endurer les prises de position du Canada sur une foule de questions, même si elles correspondent rarement aux intérêts spécifiques du peuple québécois... Il est complètement anormal que toutes nos priorités comme peuple nous soient constamment imposées par la majorité canadienne, qui établit toujours ses priorités en fonction de ses propres intérêts, sans jamais tenir compte de nos intérêts à nous comme peuple. Les occasions se multiplient de rappeler aux citoyens du Québec où sont leurs intérêts et comment la position canadienne les met en péril : on entend pourtant rarement des dénonciations par le PQ, qui rate ainsi de nombreuses occasions de faire la pédagogie de l’indépendance ou de maintenir une saine capacité d’indignation des citoyens. En fait, si toutes les positions canadiennes qui ne tiennent pas compte des intérêts du peuple québécois étaient dénoncées au fur et à mesure, cela pourrait créer une dynamique telle que les citoyens sentiraient d’eux-mêmes le besoin de débattre de la nécessité d’un pays et réclameraient un référendum.

La récente controverse entourant le leadership de Pauline Marois est la conséquence directe de cette obsession du « comment » au détriment du « pourquoi ». Le PQ regroupe un grand nombre de membres clairement convaincus, mais qui ont tendance à demeurer seulement entre convertis. C’est l’élargissement de ces perspectives qui est la clé de notre avenir : consentir à investir enfin sur le « pourquoi » de la souveraineté auprès de la population en général permettra de mettre fin au débat stérile qui provoque encore une fois une crise de leadership au PQ...

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Claude Martin - Québec


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