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Au PQ, où l’âme souverainiste s’auto-détruit en se trahissant
Pour ne pas oublier le passé il faut le mettre devant soi
Jean-Louis Pérez
Tribune libre de Vigile
jeudi 17 mai 2007      204 visites


"Ceux qui peuvent abandonner une liberté essentielle — dans ce cas, la souveraineté nationale du Québec — en échange d’un peu de sécurité immédiate ne méritent ni liberté ni sécurité." Benjamin Franklin

Dans le domaine de l’intelligence politique, la volonté de disposer d’outils performants afin de traiter les flux d’informations repose, d’une part, sur la confrontation quotidienne à l’augmentation de la quantité d’information politique disponible et, d’autre part, sur un impératif de performance maximale, qui procède du caractère stratégique de l’activité sociale et économique. L’action politique doit en effet être explorée méthodiquement avec les seules ressources de la raison, et montrer qu’il existe toujours une inadéquation profonde entre la volonté imposée et la volonté voulue des responsables politiques et gouvernementaux. D’où proviennent les défaites politiques et les refus des électeurs.

La synchronisation qui doit prévaloir au PQ pour reprendre le pouvoir aux prochaines élections, est avant tout une action pragmatique des propositions sociales et politiques, montrant par cette atitude rationnelle que la meilleure manière d’être nationaliste et souverainiste québécois, c’est d’agir de façon cohérente et responsable, c’est de souffrir et d’aimer les idéaux qui incarnent la trajectoire de la nation québécoise ; c’est aussi d’aimer, se fare respecter et d’adhérer au mouvement souverainiste pour conquérir la pleine LIBERTÉ du peuple québécois.

Pour ne pas oublier le passé il faut le mettre devant soi

Dessein d’une prodigieuse fécondité de conquête politique, économique, sociale et culturelle, la trajectoire de la gouvernance de l’État par le PQ nous fait découvrir le sens de l’existence de son organisation en étudiant sa logique nationaliste, en mettant à jour ce qu’elle implique, et, ce faisant, réfutant le défaitisme des échecs électoraux sans manquer, pour autant, de revendiquer sa foi souverainiste, le rationalisme nationaliste démocratique et sa raison d’être comme force politique contraire au fédéralisme centraliste canadien. L’objectif des souverainistes qui se doit d’égaler les volontés voulues à la plus profonde volonté collective convergente, appelle ce choix qui, s’il se produit, ne peut que renforcer cette volonté. Cette conciliation des exigences de la foi et des requêtes de la pensée nationaliste-souverainiste québécoise continue à demander, plus que jamais, un esprit vigoureux et rigoureux et une qualité d’âme exceptionnelle, pour surmonter les incompréhensions, désarmer les préventions et redresser les interprétations déformantes de ceux qui privilégient leurs intérêts particuliers plutôt que ceux de la collectivité destinés à la survie de celle-ci. Car aujourd’hui, pour les intérêts privés de certains hauts responsables du PQ, les plus dangereuses de ces atitudes matérialistes éphémères et politiquement destructives ne sont pas des plus "malveillantes", comme le révèle l’examen attentif d’une prodigieuse trajectoire politique parvenant à donner à l’État québécois le contrôle des secteurs clefs de l’économie du Québec. Mais le paradigme de la mémoire politique souverainiste de ces mêmes hauts responsables "péquistes" fait oublier facilement cette prodigieuse trajectoire de nationalisation économique par la même attitude d’auto-trahison, faisant que l’assaut pour le contrôle par des multinationales étrangères sur ces secteurs économiques québécois puisse aujourd’hui se réaliser(1). Ce qui revient à dire : privatiser les bénéfices des compagnies et services nationalisés par l’État québécois pour éponger les déficits encourus par des politiques populistes incongrues, cela, dû à la perte de vision d’un projet socioéconomique cohérent pour un pays à réaliser.

L’urgence de choisir pour redevenir une majorité décidément souverainiste

Aujourd’hui, à quelques jours de la démission d’André Boisclair, il faut tenir compte des pressions psychologiques qui ont agi sur lui, pour comprendre la dynamique débilitante de son leadership organisateur. Ces harcèlements orchestrés l’ont empêché de procéder à l’analyse essentielle qu’il devait faire pour moderniser le parti. En effet, cette tactique d’harcèlement est une sorte de corruption pratiquée contre son leadership et s’est manifestée dans des comportements qui violent les principes éthiques des relations entre des membres du parti et les électeurs qui refusent ce comportement relié aux intérêts partisans et antidémocratiques des groupes organisés, tant à l’intérieur que hors du PQ. L’intentionnalité de la critique, ci-haut rapportée, n’est nulle autre que révéler le danger de ces comportements claniques pour la stabilité organisationnelle et la division interne du PQ, tels que manifestés avant et pendant la dernière campagne électorale. C’est pourquoi le Parti Québécois qui est redevenu minorité parlementaire depuis le 26 mars, ne redeviendra une majorité décisive de gouvernement que si les intérêts de l’ensemble du peuple québécois prévalent sur les intérêts privés de quelques uns.

Il convient maintenant de rappeler la revendication de l’action politique souverainiste que faisait le PQ à la fin des années soixante :

"Que nos vieux démons sont pourtant difficiles à exorciser, et comme les peurs qu’on nous a inculquées ont la vie dure ! Ce mal de chien que nous avons à nous croire, une fois pour toutes, pas pires que les autres. Cet essoufflement auquel nous cédons dès que nos alarmistes professionnels crient casse-cou alors même que nous prenions simplement le rythme de notre temps. Cette lassitude collective qui nous envahit périodiquement (...) et qui nous replonge dans les déprimantes auscultations de nos faiblesses quand ce n’est pas dans l’aventure sans issue de tous les impossibles qui fournissent de si beaux prétextes à l’inaction. Ces rechutes dans l’incertitude et l’insécurité, comme ces envois dans l’irréel, n’arrivent qu’aux peuples qui n’ont jamais eu à diriger leur propre destin, trop longtemps agis par des forces et des institutions qui les dépassaient ou leur échappaient. Quels qu’en soient les camouflages politiques et les déguisements verbaux, ce mal qui ronge notre organisme et mine jusqu’à notre mentalité, ce mal dont il nous est si malaisé et même si angoissant de songer à guérir pour de bon, il porte chez nous le même nom et a les mêmes effets que partout dans le monde : c’est le colonialisme "(2).

Après tant de luttes politiques, de batailles juridiques, de trahisons fédéralistes, de décisions arbitraires et discriminatoires, de vol référendaire, etc., voici ce que veulent et proposent aujourd’hui les responsables du PQ : "Le parti doit plutôt se recentrer sur les besoins et les attentes des Québécois, sans renier ses deux fondements que sont la souveraineté et la social-démocratie. Vouloir renier ces deux piliers, ce serait perdre notre âme. De même, la radicalisation serait une recette assurée pour la marginalisation, pour le suicide "(3). Quand on pense seulement aux prochaines élections pour faire alimenter l’appareil bureaucratique qui procure des votes captifs, "assurant" des intérêts particuliers au lieu de préparer un projet socioéconomique cohérent et soutenable pour un pays à réaliser destiné aux nouvelles et futures générations, le résultat de ce constat d’intérêts privés et des groupes claniques qui tournent autour du pouvoir, est ce lamentable spectacle de division sociale et politique, de pillages des ressources économiques et de trahisons que nous constatons encore aujourd’hui au Québec.

En somme, il s’agit de redécouvrir le déterminisme démocratique et politico-pédagogique de ces grands libérateurs nationaux. Voici l’un d’eux, Mahatma Gandhi qui nous a laissé un exemple d’une victoire mémorable de libération nationale : si ce grand patriote n’avait point eu une volonté persistante et une détermination dévouée, l’Inde n’aurait pas atteint son indépendance de l’Empire britannique, l’essor économique et la puissance militaire pour sa défense nationale. En d’autres mots, au premier stage de leur libération nationale, les peuples colonisés n’ont pas eux-mêmes les capacités requises pour arriver à cette souveraineté. En effet, en premier lieu, ce sont les élites —l’intelligentsia— qui feront canaliser une solution pragmatique et de fixation de ce défit de libération nationale à réaliser. Cependant, comme on peut aisément le constater aujourd’hui, dans le cas du défit de la décolonisation du Québec l’exercice du pouvoir par le PQ a malheureusement servi à que se soit seulement une minorité du peuple québécois qui puisse arriver à comprendre sans contraintes et à accepter pleinement les enjeux de cet objectif de libération nationale destiné précisément à sa survie collective. On peut donc affirmer que l’échec du Parti Québécois est surtout dû au déviationnisme et à son manque de détermination politique pour faire face aux actions antidémocratiques du pouvoir à Ottawa.

Jean-Louis Pérez (membre du PQ)


1. Consulter la note 2 de mon article intitulé "Le "plan Harper" : un piège pour anéantir l’affirmation souverainiste" ; "Alcan... et après ?", d’André Pratte — Éditorial — La Presse du 13 mai 2007 et l’excellente analyse de Lina Bonamie intitulée "La mégalomanie au service du bien commun ?". Ces informations sont disponibles en Vigile.net

2. Passage extrait du Projet-manifeste "Quand nous serons vraiment chez nous", soumis aux membres du PQ lors du congrès d’octobre 1972.

3. Passage extrait de la déclaration de Pauline Marois au moment de l’acceptation, "sans conditions", de diriger le PQ.

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